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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).
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Billet de blog 25 août 2022

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L'adieu à Jules Ferry

M. Pap Ndiaye, le dynamique directeur de l'Agence Pôle Emploi d'Epinay-sur-Seine, vient de nous recevoir.

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Illustration 1

          M. Pap Ndiaye, le dynamique directeur de l'Agence Pôle Emploi d'Epinay-sur-Seine, vient de nous recevoir.

  Peut-être attend-il d'ailleurs notre concours de journaliste, tous les moyens sont bons, pour l'aider à trouver issue à sa difficile situation, celle d'un directeur d'agence assailli quotidiennement ces derniers jours en vue de la rentrée de Septembre par les services du Rectorat. Mission : recruter 300 professeurs et professeurs des écoles pour le département de Seine-Saint-Denis pour l'Éducation Nationale sinistrée.

            Nos informations sur ce sujet, non spécifique à la Seine-Saint-Denis, étaient déjà suffisamment alarmantes: au CAPES 2020 ( Concours National d'admission aux Fonctions de Professeur), plus de 12 % des postes offerts au concours n'ont pas été pourvus, avec les taux record de 33 % en Mathématiques et 17 % en Lettres classiques.

  Ceci avec les conséquences que l'on mesure : postes non pourvus au Concours de fonctionnaire de l'Éducation Nationale et donc offerts aux agences Pôle Emploi, charge à elles de recruter sur de vagues compétences, validées on ne sait sur quelles grilles, recruter pour s'occuper de nos chères têtes blondes ou brunes, aux cheveux lisses ou crépus, là n'est pas le sujet. Mission que M. Pap Ndiaye lui-même, malgré la diligence de ses services, nous avoue être incapable de remplir.

  Prudent, devoir de réserve oblige et sanctions ministérielles toujours possibles sur un sujet aussi sensible, n'avait-on pas parlé à l'époque, promesse colossale, voire herculéenne, du recrutement de 60 000 enseignants, M. Pap Ndiaye s'est malgré tout épanché et a consenti à aborder le fond du problème : quelles explications donner à cette crise du recrutement, car c'est bien de cela qu'il faut parler, qu'il s'agisse de fonctionnaires titulaires ou de contractuels payés au lance-pierre et au statut précaire ?

           M. Pap Ndiaye, quelle explication donnerez-vous à nos lecteurs ?

   Elle n'est pas simple, mes chers amis, et probablement multifactorielle comme le disent volontiers les médecins. Tout d'abord, le cursus formateur lui-même ! La mastérisation intervenue en 2010 pour toutes les disciplines conditionne l'entrée dans le métier à bac+5. Niveau auquel on peut être tenté de se diriger vers des horizons professionnels plus rémunérateurs, je ne parle même pas pour les Mathématiques, du trading à la City.

           Mais M. Pap Ndiaye, diriez-vous que la carrière enseignante, une des pièces principales de l'édifice républicain et de l'ossature des couches moyennes, diriez-vous que ce métier est mal rémunéré ?

                                         

Illustration 2

  Mais oui mon ami, contrairement à une idée reçue et volontiers véhiculée dans certains médias, les enseignants ne roulent pas sur l'or en France. Ils sont moins bien payés que la majeure partie de leurs homologues des pays riches de l'UE (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse et Pays scandinaves). Et surtout, selon l'OCDE, leur salaire en terme de pouvoir d'achat recule depuis 1990, de l'indice 110 à l'indice 90. Ce n'est qu'en fin de carrière, au bout de 20 à 30 ans, que tend à se faire le rattrapage. Et le phénomène ne fait que s'aggraver depuis cinq ans avec le gel du point d'indice et la hausse des cotisations retraite. Un chiffre brut : professeur des écoles, début de carrière, 1666 €.

  Je ne veux pas vous dire ce, qu'en plus de la précarité, je suis chargé d'offrir aux contractuels non diplômés que je passe mon temps à rechercher. Mais n'en restons pas à ces données bassement matérielles. Toujours selon une étude de l'OCDE, tout en étant relativement satisfaits de leur travail, seuls 5 % des enseignants en France estiment que leur métier est reconnu et valorisé dans la Société. Contre 50 %, par exemple en Finlande ou en Corée du Sud.

           Mais M. Pap Ndiaye, quelles pourraient être selon vous les explications de ce ressenti de mal-aimés ?

  Cher ami, vous savez que nous-mêmes, agents de Pôle emploi, établissement à caractère public issu de la fusion en 2010, sous la présidence Sarkozy, de l'ANPE et des ASSEDIC, ne disposons plus comme antérieurement du statut de la fonction publique. Mais, issu de ce corps et de ce statut, je suis bien placé pour vous parler de son discrédit dans l'opinion publique.

  Discrédit rampant, progressif et ravageur depuis une trentaine d'années, instillé par nos politiques, complaisamment relayé par les médias jusqu'à devenir le thème préféré de tous les lazzis de comptoir.

                                                     

Illustration 3

                                                                                       Directeur de jardin zoologique, il voulait dégraisser le mammouth

  L'Education Nationale en première ligne : tout récemment encore désignée par L'Express et Le Point comme la première entreprise soviétique du monde avec ses 1 200 000 agents ; le « mammouth à dégraisser » selon la propre expression de son Ministre, Claude Allègre, en 1997 ; les « toujours en vacances », j'en passe et des meilleures… Jusqu'à, coup de pied de l'âne, la formule journalistique utilisée par nos médias chaque fois qu'un délinquant est abattu par la police : « le fonctionnaire a fait usage de son arme de service ».

  Enfin, je vous résumerai la situation sous l'équation : fonctionnaire = démotivation + irresponsabilisme + tatillonnerie + corporatisme + privilèges. Au total = créature budgétivore.

          M. Pap Ndiaye ne mordez-vous pas un peu le trait ? On voit mal qui aurait intérêt à orchestrer, ne sombrons pas dans le complot, une telle animosité vis-à-vis de ceux chargés de servir l'intérêt général : enseignants, policiers, magistrats, infirmières, militaires, car eux aussi sont fonctionnaires.

                                   

Illustration 4

  Je ferai une précision, elle est d'importance. Ce n'est pas tant l'enseignant qui est haï, mais le fonctionnaire. S'il était le salarié privé d'un employeur lucratif, peut-être ne jouirait-il pas d'une telle déconsidération. Rendez-vous compte : titulaire de sa fonction et salarié à vie !

  Horresco referens (« je frémis en le racontant ») aurait dit le regretté Pierre Gattaz. Et ce que disait ou pensait cet excellent homme, beaucoup en tiennent compte. Ramener la Fonction Publique à la française et ses Services Publics à la portion congrue, beaucoup y travaillent et souvent avec succès. N'est-ce pas un des objectifs affichés par notre actuel Président ?

  N'oubliez pas également que c'est un des fils rouges de la Commission Européenne et une des prescriptions incontournables du FMI pour tout plan d'ajustement structurel et de restriction de la dette publique.

          En quittant le bureau de M. Pap Ndiaye, cheminant en quête d'un taxi pour le retour au Journal, nous songions : « Jules Ferry avec l'instruction primaire gratuite et obligatoire, la laïcité et les hussards noirs de la République, instituteurs de nos grands-parents, s'était, lui, donné les moyens de l'instruction de la jeunesse et du combat contre les préjugés religieux ! Mais nous, avec cette école délabrée, qu'allons-nous devenir ? »

                                                         

Illustration 5

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