Le Maréchalisme, sujet du symposium central des Entretiens de Bichat

Les Entretiens de Bichat sont une session annuelle de formation médicale continue…

                                  

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          Nous étions hier, chers amis, au Palais des Congrès de la Porte Maillot à Paris pour assister aux Entretiens de Bichat.

  Quelques mots tout d’abord concernant l'endroit d'où nous vous écrivons. Les Entretiens de Bichat sont une session annuelle de formation médicale continue, avec un programme de plus de 200 sujets, exposés ou symposiums, interventions toujours suivies de débats, ce qui leur a valu ce nom d'Entretiens. Ils furent fondés en 1947 par les Pr Guy Laroche et Louis Justin-Besançon, tous deux chefs de service, à l'Hôpital Bichat- Claude Bernard. Reconduits tous les ans, les Entretiens n'ont jamais failli depuis dans leur rôle d'actualisation des connaissances  médicales. Maintenus cette année malgré la gravité de la crise sanitaire, ils ont plus que jamais justifié leur réputation.

 

           Le symposium central de cette édition 2020 était consacré à une affection nouvellement connue et faisant l'objet des recherches et des débats les plus passionnés, le Maréchalisme.

                        

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   Attention, chers lecteurs, ce terme médical étrange et encore peu connu de maréchalisme n'a aucun rapport avec une quelconque maladie professionnelle, telles celles que l'on pourrait observer chez les maraîchers ou les maréchaux-ferrants, ces artisans dont le métier consiste à ferrer les chevaux. 

   Non, les Entretiens d'aujourd'hui ont excellemment fait le point de cette question du maréchalisme, et nous allons tenter de vous en restituer la teneur. Elle est riche d'enseignements.

                               

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           La première partie du symposium a consisté en un froid exposé clinique des symptômes qui ont permis l'identification de cette affection, dont vous découvrirez plus loin qu'elle est mortelle pour ceux qui en sont frappés.

   Caractéristique assez particulière, ces symptômes s'expriment étrangement de préférence dans le champ du discours politique. Et, à l'étude du sémiologue, on les voit remonter, même relativement disséminés, à maintenant quelques dizaines d'années.

   Ce furent d'abord « je veux parler aux orphelins de la Droite », puis, plus populo,  « les électeurs ont toujours préféré l'original à la copie », puis, plus sophistiqué, « toutes les civilisations ne sont pas égales... », jusqu'au tout récent, témoignant d'une instruction certaine, « la France est un pays de race blanche ». Voire encore « Je n’ai pas à m’excuser en tant que blanche ».

                                  

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 Vous aviez bien sûr, en leur temps, identifié et jugé comme telles, ces petites et anodines facilités de langage, mais il se trouve que leur accumulation et leur fréquence maintenant répétées ont attiré l'attention de l'Institut de Vigilance Sanitaire et de la Haute Autorité de Santé, lesquels n'ont pas manqué de commander une étude à ce sujet. C'est le terme de maréchalisme, plutôt que celui de marionisme qui fut en dernier ressort choisi par l'Académie de Médecine pour étiqueter la chose. A ne pas confondre avec celui de maurrassisme, dont le maréchalisme pourrait être cependant une version vulgaire et abâtardie.

 (Le maurrassisme, ancêtre savant et érudit des années 30 du maréchalisme d'aujourd'hui, antidreyfusard, antisémite, antirépublicain et pétainiste – encore un maréchal allez-vous dire – le maurrassisme est le nom donné à l'ensemble des idées philosophiques et politiques de Charles Maurras.)  

           Avant d’en arriver à l’identification du patient atteint, la seconde partie des travaux du symposium a porté sur le débat de Médecine politologique quant au classement nosologique du maréchalisme.

(La nosologie est cette branche de la Médecine qui étudie les critères de classification des maladies en fonction de leur étiologie (origine des maladies) ou mieux, de leur pathogenèse (mécanisme de leur développement). Un des principaux problèmes de la nosologie est souvent la difficulté à classer les affections sans avoir défini au préalable leurs causes ou leurs mécanismes de développement, leur pathogenèse.)

   C'est justement au cours de cette table ronde nosographique que s'affrontèrent les tenants d'une requalification du terme maréchalisme. Les uns, partisans du terme de maréchalite, penchaient en faveur d'une origine infectieuse, par un agent viral ou bactérien, transmis par quel contage, là était la question. Et donc avec l'implicitation d'un possible traitement préventif par vaccination, ou curatif par des agents antibactériens, sulfamides ou antibiotiques, ou antiviraux.

   Les autres, partisans du terme de maréchalose, au contraire, penchaient pour la thèse d'une affection au long cours, de caractère dégénératif, dont le traitement, s'il en existait un, ne pourrait découler que de la découverte de nouvelles molécules.

                               

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                                                                                   Le Dr Hans A. Nieper 

 

 C'est finalement le Dr Adolphe Nieper, petit-fils du célèbre médecin allemand Hans A. Nieper, issu d'une longue lignée médicale et découvreur de l'origine auto-immune de maladies comme la sclérose en plaques et la sarcoïdose, le Dr Nieper, qui dans la foulée des travaux de son grand-père, proposa d'en rester au terme de maréchalisme voire de marionisme, ceci après une brillante explication quant à l'origine et la pathogénie de l'affection.

 

          Venons-en maintenant à l’exposé du cas principal touché par cette infection. Après avoir clairement identifié le porteur actuel, communément inscrit à l'état civil sous le nom de Droite Républicaine Française, le Dr Nieper développa le long schéma physiopathologique qui conduisit le vigoureux bambin né en 1945, 75 ans maintenant, aux portes de l'affection gravissime qui va probablement l'emporter dans les prochaines années, peut-être plus rapidement encore, en tous les cas avant l'échéance de 2022.

   Née en 1945 de la séculaire tradition d'une bonne majorité du corps social français, celle de l'Ordre, de l'Obéissance et de la Tradition, valeurs éminemment respectables, précisait immédiatement le Dr Nieper, la Droite Républicaine Française reprenait le flambeau de l'Ordre des mains déchues du pétainisme collaborationniste, et, sous la nouvelle étiquette démo-chrétienne de MRP, se chargeait dorénavant de la représentation politique de ses figures traditionnelles : Ordre et Obéissance.

  Pérennisée jusque dans les années 70 par sa mue en parti gaulliste (UDR, puis RPR), laquelle enrichissait son patrimoine de la forte thématique de l'Indépendance Nationale, valeur encore plus respectable, la Droite Républicaine se voyait adjoindre un petit cadet rival, porteur de la flamme atlantiste et libérale-marchande, petit frère longtemps baptisé centriste, puis UDF, les disputes de famille n'empêchant pas les amicales et fructueuses retrouvailles au sommet de l'Etat pour le partage des sinécures et des prébendes électorales.

   Arrivé au moment de son exposé, le Dr Nieper insistait. Un événement déterminant s'était insidieusement produit qui, à son terme, allait être porteur de considérables évolutions : à l'Ordre et à la Tradition, s'adjoignait maintenant le Libéralisme Marchand, ce qui, à bien réfléchir, était totalement antagonique et porteur à l'avenir de lourdes conséquences ; même si la chose était au final empaquetée sous la bannière hétéroclite d'UMP, puis de LR.

                                       

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   Et, c'est de la greffe libérale devenue brutalement néolibérale au tournant des années 80, qu'en quelques années, 10 ou 30 tout au plus, le processus de dérèglement immunitaire, longtemps latent, finissait par produire ses ravages au sein de ce grand corps malade. Le conflit apparaissait entre les anticorps de l'Ordre et et de la Tradition et le corps étranger de la greffe Libérale marchande. Et c'était là le paradoxal, gagnée par l'affection, la Droite Républicaine rencontrait la désaffection du corps électoral.

   Pour le Dr Nieper, le maréchalisme n'est que l'expression, chez la Droite Républicaine, des ravages internes à l'échelle tissulaire occasionnés par un système immunitaire déréglé attaquant son propre organisme. À la question d'un intervenant, demandant si tout cela n'était pas de l'ordre de l'épiphénomène, celui d'une course à l'électoralisme le plus crasseux et donc réversible, le Dr Nieper s'est fait insistant. Non, le maréchalisme sera mortel pour ce que l'on continue à nommer la Droite Républicaine. L'évolution irrémissible sera inéluctablement fatale et aboutira à sa décomposition.

                                          

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           Sous les applaudissements, tant la démonstration était brillante, reprenant la formule d'Antoine Lavoisier, formule qui n'était que la paraphrase du philosophe grec Anaxagore : « Rien ne naît, ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent à nouveau », formule elle-même reprise aujourd'hui au comptoir des bistrots avec « Rien ne se crée, rien ne se perd », le Dr Nieper nous confiait son pronostic à moyen terme : décomposition de la Droite Républicaine, une partie, celle de l'Ordre et de la Tradition retournant à l'avatar maurrassien du maréchalisme (formulation édulcorée du jean-marinisme), l'autre, néolibérale, rejoignant celui qui avait déjà posé les balises et les jalons de ce rapprochement quelques années plutôt, Emmanuel Macron, les trois droites n'en formant plus que deux.

                                            

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