(De notre correspondant Jean Casanova au siège de la Solferinian-Airlines - 8, rue Solferino - Paris 7°)
Chers lecteurs, beaucoup d'entre vous ont encore en mémoire notre dépêche du 30 Mai. Les plus prudents en avaient procédé à l'impression, conscients qu'il lui serait donné suite dans un avenir rapproché. D'autres n'avaient pas pris cette précaution. Voilà pourquoi je vous en rappellerai, avant d'aller plus loin, les grandes lignes. Envoyé alors à Kehl-am-Rhein ( Bade-Wurtemberg), j'y relatais les vaines recherches par des dragueurs de mines français et allemands assistés d'un obligeant sous-marin américain le Blue Note, de la carcasse de l'Airbus A320 de la Solférinian-Airlines disparu deux ans plus tôt, le 21 Janvier 2012, au-dessus de la Forêt Noire, probablement dans le cours du Rhin. Recherches sans succès alors et réactivées le 28 Mai 2014, après la détection de quatre signaux acoustiques provenant du fond du fleuve, à la hauteur de Kehl. Espoirs à nouveau abandonnés les jours suivants, les signaux acoustiques en cause provenant, non de la boîte noire de l'appareil toujours disparu, mais d'un vieux transistor Blaupunkt jeté dans les eaux du Rhin les jours précédents par un riverain peu soucieux du tri sélectif et du recyclage du menu appareillage électroménager. L'émotion était grande à l'époque car, bien que l'équipage ait échappé à la mort en s'éjectant de l'appareil en torche, la cargaison n'avait jamais pu être retrouvée, cargaison dont vous vous souvenez qu'elle contenait le précieux container des Promesses du Bourget.
Nous en restions là, promesses envolées et probablement coulées! Avec les inévitables conséquences en chaîne dans l'opinion publique, conséquences que vous avez toujours en tête : perte de confiance dans le transport aérien des promesses, baisse catastrophique de ce secteur d'activité pour toutes les compagnies, Solférinian-Airlines bien sûr, mais également sa concurrente la Bygmalion-Airlines, seule la PseudoCeltique-Airlines semblant tirer son épingle du jeu dans ce climat général de désaffection pour la promesse aéroportée.
Conscientes de leur perte d'image, fortement chahutées lors des dernières Assemblées Générales d'actionnaires et petits porteurs, les deux compagnies ont dû procéder à de douloureuses restructurations, redéploiements, réductions du périmètre d'activité et d'effectifs. L'issue passe maintenant pour elles par de nouvelles ouvertures du capital, des changements de logo commercial et des redéfinitions des dessertes
Dès la désignation de son prochain PDG, la Bygmalion-Airlines va probablement changer de nom et l'on s'attend à la voir proposer à son autre rivale qui, pour l'instant semble profiter pleinement de la crise des deux majors, la PseudoCeltique, l'ouverture commune d'une filiale ou elles seraient associées 50/50. Certains y voient l'enclenchement, mais rien n'est moins sûr, d'une possible fusion à moyen terme. Pas simple et pas évident en raison des différences de traditions historiques bien que, logiquement, les créneaux d'activité des deux firmes tendent de plus en plus à se confondre. Rien n'est encore joué, Bygmalion-Airlines craignant, dans une fusion incertaine, de perdre de nombreux marchés au centre.
Pour la Solferinian-Airlines, la crise a rebondi ces derniers jours. Une sourde lutte d'influence s'engage entre les principaux actionnaires, le nombre de petits porteurs ayant vertigineusement chuté lors de la dernière ouverture en Bourse. Le débat stratégique, au-delà du changement de nom qui laisserait la compagnie orpheline d'une réputation remontant à l'Aéropostale des années 20, porte maintenant sur la mise en place d'une desserte Paris-Pau que d'aucuns désignent comme peu rentable et nuisant à l'image de la compagnie, les autres en attendant au contraire, au-delà de la desserte béarnaise, des avantages en termes d'image de modernité et d'ouverture.
Signe de la fébrilité des dirigeants et des problèmes de cash-flow de la firme, commencent à être mis en vente dans diverses brocantes et vide- greniers, les vieux écussons historiques de la compagnie, il y a encore quelques années fierté des vitrines d'agence. Petits écussons aux couleurs rouge et rose remontants à l'époque héroïque de l'Aéropostale, casques d'aviateur en forme de bonnet phrygien, roses sans épines sur un poing serré, etc.… tout doit disparaître. Les portraits des anciens et glorieux pilotes piliers de la ligne, Léon Blum et Jean Jaurès, décrochés des agences de province, seraient versés à un fonds d'archives documentaires pour être remplacé par la photo de groupe de la promotion 1980 de l'Ecole Nationale d'Aviation, dont est d'ailleurs issu l'essentiel du groupe dirigeant actuel. Des contacts sont déjà pris avec la compagnie d'outre-Rhin Angelahansa pour la mise en commun de certaines dessertes en low cost.
Reste à savoir et l'on peut craindre que non, si les abonnés traditionnels, piliers de la compagnie, vont lui rester fidèles, nombre d'entre eux ayant vérifié, plus que les ratés à l'allumage, les erreurs de destination, les pertes de containers, surtout ceux enfermant cette marchandise si volatile, promesses et engagements. Sans pour autant, espérons-le, se tourner vers la PseudoCeltique, elle aussi d'ailleurs appelée à changer de nom, après les révélations concernant ses anciennes relations avec le constructeur d'avions Messerschmitt.
Nous en sommes là, chers lecteurs. À la veille de probables événements d'importance, nous restons attentifs à l'évolution de la situation.