(De notre correspondant J. Casanova, au siège du Collectif Les Morts dans la Rue - 72, rue Orfila Paris 12°).
Vivre à la rue mène à mourir prématurément.
En 2013, 15 enfants sont morts dans la rue, parce qu'ils vivaient à la rue. A Bogota, à Calcutta? Dans une horrible dictature, en Corée du Nord ou en Biélorussie? Peut-être aussi là-bas, la misère n'ayant pas de frontières. Mais ce petit 15 ne vient pas du bout du monde! C'est celui que vient de rendre public le Collectif Les Morts dans la Rue, rue Orfila à Paris, oui à Paris en France. Décompte macabre et probablement incomplet souligne l'Association. En hausse par rapport à 2012.
Qui étaient ses enfants? Des tout petits, 5 étaient des nourrissons, vivant dans des bidonvilles, des caravanes ou des cabanes. 4 se sont noyés dans un étang, 2 sont morts dans un incendie, un autre est décédé d'une pneumonie non traitée.
Dangerosité des conditions de vie et manque de suivi médical, voilà à quoi conclut l'Association, ajoutant que ce nombre est "très largement sous-estimé" et qu'il est en hausse par rapport à 2012, rajoutant de façon plus large que plus de 500 adultes, hommes et femmes, ont connu le même sort.
C'est un fait que l'accordéon social, piano à bretelles porté en sautoir et barrant le torse de notre Président, voit là son soufflet totalement déplié: en 2013, 15 enfants morts à la rue, mais 12 milliardaires de plus. Pour les premiers, des cabanes ou des caravanes. Pour les seconds, aujourd'hui à Monaco, heureuse nouvelle: mise en vente d'un appartement de 3000 m², sur cinq étages il est vrai, au prix d'appel de 300 millions d'euros.
Bien évidemment, chers lecteurs, de telles informations ne peuvent permettre de cerner à elles seules la complexité socio-économique aux si multiples entrelacs d'un grand et riche pays de 60 millions d'habitants. Et me direz-vous, les destinées de la vie humaine non pas qu'à voir avec l'argent.
Mais tout de même, méditons sur cette particulière organisation sociale, celle de notre pays qui, de plus, est loin d'être le plus inégalitaire sur cette planète! Quand de telles juxtapositions sont possibles et que la tendance semble être à leur accentuation, n'y aurait-il pas deux ou trois petites choses à revoir?
Message que j'adresse à la toute nouvelle équipe à qui est dévolue depuis aujourd'hui, par délégation de notre souveraineté, la tâche de travailler à la concorde sociale.