La leçon de Machiavel

Des circonstances exceptionnelles, hasards heureux ou malheureux de la fortuna, il faut savoir tirer profit par la virtu (virtu, mot toscan, du latin virtus, le courage). Ou, comme le formulait Nicolas Machiavel, pour prendre, stabiliser et conserver son pouvoir dans l'État, le Prince doit faire preuve de virtu, s'adapter au mieux aux aléas et savoir les utiliser.

                           

                                 

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                                                               Florence sur l'Arno, 1515

             Des circonstances exceptionnelles, hasards heureux ou malheureux de la fortuna, il faut savoir tirer profit par la virtu (virtu, mot toscan, du latin virtus, le courage).

  Ou, comme le formulait à Florence au début du XVIe siècle, Nicolas Machiavel, pour prendre, stabiliser et conserver son pouvoir dans l'État, le Prince doit faire preuve de virtu, s'adapter au mieux aux aléas et savoir les utiliser.

   La fortuna (les circonstances), ce n'est pas le Prince qui la forge. Elle survient ! Sans pour autant être le fruit du hasard, elle se construit à bas bruit, fruit heureux ou vénéneux de politiques et d'actions entamées et menées de longue date, puis fait brutalement irruption. Quelques fois, de façon inattendue, comme une grande pandémie.

   Voilà pour la fortuna, les circonstances !

          Charge au Prince du moment de l'utiliser au mieux pour conserver son pouvoir et en obtenir son maintien aux affaires. Et comment mieux faire, dans cette ambiance de psychose et de peur savamment entretenue par l'appareil médiatique, comment mieux faire que de s'appuyer sur la recette longuement éprouvée depuis des siècles : celle du bon Pasteur protégeant ses brebis rassemblées. Voilà la virtu.

                                   

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                                                                                                 Nicolas Machiavel 

          Curieux de vérifier cette adéquation et de la soumettre à qui de droit, vous-mêmes, nous sommes retournés 500 ans plus tôt, à Florence, à la rencontre de Nicolas Machiavel, le célèbre théoricien de la politique et de la guerre. En 1516, au lendemain de l'écriture de son ouvrage qui a traversé les siècles, Le Prince, ouvrage dans la dédicace duquel à Laurent de Médicis, il écrivait « oser donner des règles de conduite à ceux qui veulent gouverner ». Donner les bons conseils, nous sommes là bien loin de la signification habituellement donnée au terme de machiavélisme.

  Pour Nicolas Machiavel, plus que l'art de bien gérer la Cité, la Politique est celui de se maintenir au pouvoir dans une situation ouverte à tous les retournements.

   « Si tu sais changer ton caractère quand changent les circonstances, alors ta puissance ne changera point » disait-il humblement à Laurent de Médicis. Et de développer : la fortuna est une force non humaine, bonne ou mauvaise qui intervient dans les affaires humaines. La virtu, qualité du Prince, est sa disposition d'homme face à cet évènement. Elle est la souplesse : celle de s'adapter aux circonstances pour se maintenir. Quitte à instaurer pour cela le venin de la discrimination parmi ceux qu'il pense être ses sujets.

                                   

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                                                                     Palazzo Medici, angle de la Via Larga et de la Via Cavour

 

          Nous venons d'arriver au Palais Medici, aujourd'hui Medici-Riccardi depuis son rachat en 1659 par la riche famille de négociants Riccardi. Après avoir traversé sa magnifique cour ouverte à péristyle entourée de façades à bossage rustique et de ses originales inginocchiati de finestre, après avoir longé ses longs bancs de pierre, nous sommes conduits à l'étage pour traverser la Capella dei Magi (Chapelle des Mages).

                                         

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                                                              Grande fresque murale de la Chapelle des Mages

 

          Nicolas Machiavel nous accueille dans sa cellule, dans un recoin de la Galerie des Glaces. 

  Nicolas, l'interrogeons-nous, si la mobilisation aujourd'hui en France, contre le pass sanitaire se poursuit avec plus de 160 000 manifestants ces derniers jours, l'élan en faveur de la vaccination ne faiblit pas pour autant. 160000 Français dans les rues contre le pass sanitaire, ils étaient deux fois plus nombreux à se déplacer pour recevoir leur première dose vaccinale le même jour. Quant au nombre de personnes ayant reçu la première injection, il devrait dépasser ce lundi le cap des 40 millions.

                                     

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   Dans le chapitre IX du Prince, nous répond Nicolas, chapitre intitulé De la Principauté Civile, je traite de la manière de parvenir à l'autorité suprême ou de s'y maintenir pour un bourgeois d'une République devenant Prince par la faveur de ses concitoyens, et cela sans employer ni violences, ni crimes, en général par une heureuse finesse jouant de deux sortes d'humeur : celle du peuple qui ne veut pas être opprimé ou vacciné et celle de l'autre fraction du peuple qui veut se préserver et continuer à vivre en bonne santé. L'aspirant bourgeois à la Principauté civile parviendra à ses fins en jouant de ces humeurs antagonistes

  Car, si en 2018, à l'époque des Gilets Jaunes, l'opinion soutenait le mouvement contre le pouvoir, aujourd'hui au contraire, l'opinion, du moins ce que nous en voyons dans cette inscription massive dans les centres de vaccination, l'opinion soutient l'État. Le pass sanitaire et le vaccin sont une sorte d'opportunité, une chance à saisir pour le Prince.

  Substituer à la fronde sociale, celle de 2018 née de la misère et des difficultés à vivre, celle d'aujourd'hui, en partie justifiée mais irrécupérable par les partis politiques traditionnels, du refus de voir l'État dicter les règles de la protection sanitaire personnelle, voilà l'habileté du Prince, à quelques mois d'une échéance électorale majeure, pour se maintenir au pouvoir.

  Les vaccinés et les aspirants vaccinés constituent de façon schématique un socle sociologique et électoral idéal pour le Prince : populations âgées, instruites et couches moyennes supérieures. Quant à ceux qui s'y refusent, catégories sociales ou opinions politiques confondues, en général hostiles au Prince, ils participent, idiots utiles, à leur corps défendant, à ses insidieuse manœuvres.

  Ainsi de par sa virtu, il pourra disputer avantageusement ce socle sociologique et électoral d'une Droite qui s'en croyait propriétaire attitrée et définitive.

                                         

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     Le locataire du Palais qui, à l'échéance du bail, trouve la maison confortable et la table bien servie, ne veut pas rendre les clés. 

 

 

                         

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