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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 28 août 2014

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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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La jeune fille rougissante et abusée et son madré suborneur.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

          Parents, car beaucoup dépend de vous en la matière, et elle est importante, ne laissez jamais à d'autres que vous la tâche de l'éducation et de l'élévation de l'âme  de vos enfants.

C'est une longue histoire ! Mais elle vaut la peine d'être contée.

          Adolescente délaissée, peut-être mal-aimée , confiée, on ne dira pas à l'éducation, mais aux soins quotidiens d'un vieil oncle et de son fils, tous deux, coïncidence, prénommés François, oncle hiératique et cousin inconstant et jouisseur, la jeune Manuela ne connut, à l'âge où se forgent les qualités morales, que l'opportunisme et le cynisme du premier, la facilité et l'ondoyance du second.

  C'est à ce moment-là que, les références et les grands principes étant absents, elle apprit à céder en permanence à l'air du temps : allant jusqu'à mépriser son nom de famille qui lui semblait ingrat et laborieux, "Socialiste", elle n'avait déjà en tête que de nouvelles appellations, plus en vogue disait-elle, plus flashantes et plus clinquantes. Elle tenait déjà d'une vieille fréquentation de la famille, un certain Dany, le goût de choquer en tout et pour tout, "je n'ai pas de tabous" disait-elle avec l'inconsistance de ceux pour qui toute règle est une entrave, cédant toujours à la tyrannie de l'ego, du facile, du futile et de l'opportun.

          Et l'âge des premiers émois de cœur survenant, l'âge où son physique qui n'était pas moins mignon qu'un autre aurait pu lui faire connaître les amourettes auxquelles rêvent toutes les jeunes filles, les ferments, non de sa mauvaise, mais de sa délaissée éducation, ne tardèrent pas à se manifester : jeune et pimpante, elle n'eut d'yeux que pour ces vieux chevaux de retour, s'il vous plaît pas les bien connus parmi nous, cinquantenaires ou sexagénaires abandonnés par un divorce, esseulés par un veuvage, non, ceux, au contraire, qui, toute leur vie, n'avaient fait profession que du commerce, non de l'amour, mais de ses plaisirs et de l'abus des jeunes filles en fleur, ces suborneurs patentés et salaces pour qui toute jeune fille était candeur à piétiner, innocence à bafouer, réputation à flétrir. Et bien sûr, elle finit par le rencontrer.

          A cette journée de fin d'été où il la conviait à la campagne, avec en tête les intentions les plus précises, elle se rendit bien sûr frémissante et étourdie de bonheur. Garden-party ou raout de campagne, pensait-elle, le matin devant sa glace, le rose aux joues.

  Taverne ou café borgne, voilà ce qu'elle trouva ! Et, la soirée avançant, sans qu'on eut eu besoin de l'enivrer, par le simple maléfice qu'il exerçait sur sa personne, personne où la rouerie n'avait pas encore totalement subjugué l'angélisme, elle dût s'exécuter, les jupes retroussées et monter sur les tréteaux d'où l'on avait repoussé verres et vaisselle, et exécuter, sous les yeux les plus pervers, entendant les commentaires les plus licencieux et les plus scabreux, les danses que Shéhérazade n'aurait jamais osé danser devant son sultan.

  Lui tendant alors la main pour l'aider à redescendre, au milieu des cris et des sifflets avinés, on vit alors, à l'œil du vieux soudard, briller toute la lubricité accompagnant ce commentaire à son voisin : "Elle est bonne !"

  Innocente et espérant peut-être de futures épousailles, pensant s'être ainsi attachée par ses coupables abandons ce personnage pervers et dépravé et, impression d'être aujourd'hui la seule à pouvoir répondre à ce goût débridé  de luxure, il ne lui était même pas venu à l'esprit que, ce soir, dans une garçonnière de banlieue, son Roméo, fidèle au principe de "plusieurs poules au pot", retrouvait, qui sait, Marine ou Nadine, Nicole ou Aline.

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