(De notre correspondant Jean Casanova - Hôpital Jean-Jaurès - 9-21, sente des Dorées - Paris 19°)
Nous venons d'avoir communication, il n'est pas secret, du rapport d'expertise médical rédigé par un groupe de médecins constitutionnalistes après admission au Service de Soins palliatifs de l'Hôpital Jean-Jaurès d'une patiente de 56 ans en phase terminale. Son identité n'a pas été tenue secrète : la Ve. A la demande de nombreux républicains désintéressés, la mission des experts était, après examen de la patiente, dont il n'est pas sûr que l'on puisse adoucir les affres de l'agonie, d'élucider la pathogénie de l'étrange affection en passe de l'emporter, ce rapport devant servir par la suite de base à des préconisations, encore à définir, pour l'élaboration d'un Nouveau Vivre Ensemble.
Rapport rendu public : « Avant toute ordonnance pour une VIe, nous, médecins experts soussignés, venons de procéder au diagnostic de ce dont se meurt la Ve, emportée de façon irrésistible, à un âge qui était encore pourtant celui de la maturité. Diagnostic et inventaire devant permettre d'éviter à la VIe, à peine née, les mêmes tares congénitales et le même destin.
Nous avons procédé à l'examen (1) des circonstances troublées de sa naissance, (2) de ses années de jeunesse ou s'affirmaient déjà de fâcheuses dispositions, (3) puis de ses années de maturité où apparaissait au grand jour la tare fondamentale du pouvoir personnel, débouchant aux (4) alentours de la cinquantaine sur un syndrome congestif culminant à sa phase d'état dans le « pouvoir d'un seul », syndrome congestif rapidement dégénératif, à manifestations pseudo frontales dans un premier temps, puis lacunaires dans un second. Tous éléments attestant la quasi démence et une issue fatale prochaine.
Ce préambule pour indiquer que la cause de la mort n'est pas accidentelle, traumatique ou infectieuse, en rapport avec un accident ou une affection de rencontre, la malheureuse portant déjà en elle, à la naissance, ce qui conduirait à sa perte. Nous indiquerons ainsi les différents stades évolutifs de cette affection fatale.
(1) La naissance. Et tout d'abord une conception et une venue au monde sous de fâcheux auspices. Enfant de l'arrivée au pouvoir du Général De Gaulle faisant plier le corps républicain malade de la IVe grâce au chantage au coup d'état militaire des factieux d'Alger, la Constitution de la Ve est la seule de nos constitutions républicaines à n'avoir pas été élaborée par une Assemblée Constituante, même celle de la IIIe l'ayant été, sinon par une Constituante, du moins par une Législative. Rédigée par un comité désigné par l'Exécutif et non par une Constituante, la Constitution de la Ve ne se distingue finalement de la Loi Constitutionnelle du 10 Juillet 1940 dont l'article unique stipulait que la Constitution de l'État Français serait rédigée sous l'autorité et la signature du Maréchal Pétain, que par le fait qu'elle sera ratifiée par référendum du peuple français le 28 Septembre 1958, date de sa venue au monde. Tare originelle fondamentale : enfant du despote et non du peuple souverain.
(2) Les années de jeunesse voient rapidement s'affirmer ce qui était en germe dès la conception : la volonté permanente de la mise sous tutelle des Assemblées élues, piliers pourtant, en France et à l'étranger, de tous les systèmes républicains, avec l'élection du Président de la République au suffrage universel direct en 1962, retour 100 ans en arrière avec l'élection du Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte, dont le mandat non renouvelable était à l'origine du coup d'état de Décembre 1851.
Situation qu'un opposant célèbre de l'époque qualifiera de « Coup d'Etat Permanent », formule pertinente et qui fit fortune mais qui ne l'empêchait pas lui-même d'endosser le même habit 20 ans plus tard.
(3) La maturité. Le fondateur disparu, les épigones se succèdent démontrant à leur tour que la tare du Pouvoir Personnel ne tenait pas à l'Homme, mais à l'Esprit de la Constitution elle-même : dissolutions régulières des Assemblées lorsqu'elles cessent de convenir, fait du prince pour toutes les nominations aux hautes fonctions, jusqu'à la maîtrise indiscutée du pouvoir de la guerre et de la paix.
Congestion progressive jusqu'à la pléthore, organisée pour obtenir l'allégeance totale des Assemblées et du Chef de gouvernement dont il est issu, jusqu'à la concentration maximale de tous les pouvoirs autour d'Un Seul avec l'instauration du Quinquennat et d'un calendrier électoral subordonnant à l'extrême l'Assemblée au Président.
(4) La déchéance, car après la congestion, la dégénérescence ! Après l'hystérisation du Pouvoir d'Un Seul sous les traits d'un histrion bling-bling, grossier, narcissique, prêt à tout et poursuivi pour tel maintenant par toutes les instances judiciaires, comme dans la comitialité où à la convulsion succède le stertor, après l'hystérisation qualifiée d'hyperprésidence, nous assistons maintenant à la paralysie de l'hypoprésidence qui semble ne plus avoir prise sur rien. Signes annonciateurs non pas de la fin d'un homme, mais d'un système. »
Ce rapport est rendu public, nous disent les experts, non pour que se l'approprient les habituels manœuvriers et ours savants siégeant en Congrès pour les déjà bien connues révisions constitutionnelles cosmétiques des dernières années, mais pour que le Souverain, c'est-à-dire le Peuple, ses associations, ses comités de quartier, ses intellectuels et tous ses anonymes..., s'en saisisse et élabore, non plus un Cahier de doléances, mais un Cahier de propositions à l'attention d'une future Constituante élue.