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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).
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Billet de blog 29 nov. 2021

Oceano nox

Cri d'alarme des associations humanitaires et caritatives internationales.

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          Cri d'alarme des associations internationales humanitaires et caritatives Heaven Taxes for Happy Few (HTHF), Sauvons les Riches et I don't want to Pay Any More Taxes (IWPAMT) !

  Alors que l'attention médiatique est focalisée sur la Méditerranée et les abords de Lampedusa avec le naufrage de migrants clandestins en provenance du Sahel et de l'Afrique Noire, migrants chassés par la guerre ou la misère, d'autres drames se nouent à proximité de nos côtes, atlantiques celles-là, mais ceci dans l'indifférence la plus totale.

                                       

           Sur des embarcations de fortune, quel autre qualificatif pour mieux désigner ces coques de noix, des dizaines d'exilés fiscaux et leur famille, tentent toutes les nuits et ceci depuis plusieurs années, au départ de petits ports normands, Granville, Portbail ou Diélette, de gagner Jersey ou Guernesey, Îles anglo-normandes, pour y déposer en lieu sûr les pactoles, dividendes, stock-options, goldens hellos ou  parachutes dorés, en bref tout le produit d'une vie de rapaces et de loups-cerviers, que leur dépôt dans les banques françaises ne pouvait plus garantir contre la folie prédatrice de l'Etat Fiscal.

  Ceci depuis que l'homme élu à la tête de l'État, en 2012, l’Hercule de la rupture, François Hollande, avait déclaré la Finance comme son ennemie.

   « La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière », a pourtant réagi Emmanuel Macron. Mais la suppression de l’ISF en 2017, ainsi que l’instauration de la flat tax, purs gestes humanitaires, n’ont pas suffi à apaiser les craintes de ces malheureux.

                                           

           Dans cet étroit chenal de la Manche, encombré d'îlets et de récifs, aux courants violents, surtout en période de forte marée, c'est, de l’avis de tous les marins expérimentés, courir les plus grands dangers que de vouloir prendre la mer nuitamment. Surtout quand, à la violence météorologique, se surajoute l'agressivité criminelle des garde-côtes de la Douane et de la Marine Nationale n'hésitant jamais à ouvrir le feu sans sommations.

          Seuls témoins du désastre aujourd'hui, au petit matin, les corps sans vie rejetés par la mer sur les petites criques de Jersey et Guernesey.

                                         

           Qui étaient-elles ces jeunes femmes, ces douairières vieillissantes encore en robe du soir ? Qui étaient-ils ces vieux messieurs, étui à cigares en or dans les poches intérieures de leur frac ou de leur smoking ? Quelle inconscience, ces frêles esquifs imprudemment surchargés de lingots, à la ligne de flottaison la plus périlleuse et embarquant à la moindre houle de dangereux paquets de mer, retrouvés au petit matin fracassés sur les étocs et les récifs granitiques.

                                   

           Ô flots, que vous savez de lugubres histoires !

   Permettez-nous de poursuivre avec les premiers mots d'Oceano Nox de Victor Hugo :

       « Oh ! Combien de marins, combien de capitaines (jusque-là fortunés et aimés des dieux)

        Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, (secrètement et sans avoir dit adieu)

        Dans ce morne horizon se sont évanouis !

        Combien ont disparu, dure et triste fortune !

        Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

        Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

        Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !

        Vous roulez à travers les sombres étendues,

        Heurtant de vos fronts mort des écueils inconnus »

           Vous nous connaissez, chers lecteurs, maniant souvent la parabole. Heureusement nos exilés fiscaux se portent bien et ce tragique destin leur a été épargné.

  Revenons maintenant à la Méditerranée. Ces pauvres têtes perdues heurtant de leur front mort des écueils inconnus ne sont bien sûr pas celles des enfants de Neuilly, Auteuil où Passy. Ce sont celles des enfants morts aux portes de l'Europe, morts par noyade, de faim ou de froid, cherchant à fuir la guerre ou la misère en Afrique ou au Moyen-Orient.

                                             

  Guerres que l'Europe ou les USA y ont souvent déclenchées. Nous allons libérer la Libye, s'écriait Nicolas Sarkozy applaudi par BHL. Nous allons apporter la démocratie en Irak, jurait Georges W. Bush.

   Misère qu'ils ont toujours entretenue ou ignorée. Néo-colonialisme, plans d’ajustement structurel de la Banque Mondiale et du FMI, soutien aux dictatures dans des pays aux frontières totalement artificielles, pillage des ressources extractives…

           Depuis Janvier 2014, près de 5000 personnes ont péri en mer selon le rapport d'Amnesty International ! La Méditerranée transformée en cimetière pour migrants, c'est aussi le résultat de certaines politiques.

   Selon le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU), le monde fait face, aujourd'hui, à la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre Mondiale.

   Seule réponse de notre Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, au lendemain du naufrage, l’accusation des passeurs : « Des associations de malfaiteurs ! »

                                                 

          Bien sûr, il n'y a pas de solution miracle et immédiate aux racines de ces exodes meurtriers.

    Mais, toujours aussi consternés par de tels drames, nous serions moins honteux si nous voyions l’UE s'engager dans de véritables politiques de coopération économique et de développement avec le monde africain, s'arrêter d'y soutenir les dictatures ou de jouer leur déstabilisation, comme en Libye ou en Syrie, le jour où elles ne servent plus ses intérêts.

   Comme rien de sérieux n'est encore amorcé dans cette direction, il faut craindre que tout continue, noyades en mer et larmes de crocodile.

                                 

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