Mort d'un Noir

Mini a police, Minnesota (USA), 27 Mai 2020…

                               

mort-dun-noir

 

          Minneapolis, Minnesota (USA), 27 mai 2020. George Floyd, 46 ans, vient d'être arrêté dans une rue passante du centre-ville. La police, alertée par un commerçant à propos d'un faux billet de 20 $, intercepte Floyd près de sa voiture garée le long du trottoir. Il est menotté sans résistance, tandis qu'un petit attroupement se forme, l'un des témoins filmant la scène.

  Les mains attachées dans le dos, il est plaqué au sol contre la roue de son véhicule, un des policiers, pesant de tout son poids, maintenant son genou sur sa nuque. Floyd, le visage comprimé sur le bitume, gémit et répète : « Je ne peux pas respirer, je vais mourir ».Les passants intercèdent en vain. Après plusieurs minutes, le policier se relève. Floyd gît inanimé. Transporté en ambulance jusqu'à l'hôpital, il y est déclaré mort.

  Un crime raciste vient d'être commis. Au vu de tous. Le Procureur a déclaré dans la soirée : « Nous allons enquêter aussi rapidement et complètement que la justice l'exige. Parfois, cela prend un peu de temps, et nous demandons aux gens d'être patients ».

                                                 

crime-raciste

 

          Les statistiques officielles sont flagrantes : 1099 personnes ont été tuées par la police aux États-Unis en 2019. Un chiffre annuel stable depuis prés de10 ans. Pour les Noirs, trois fois plus de risques d'être tués que pour les Blancs.

  D'où, pourquoi, comment et jusqu'à quand cette efflorescence de meurtres racistes au pays des « Droits de l'Homme » et du libéralisme ? Réfléchissons-y.

 

          Tout le monde connaît le « plus vieux métier du monde ». Mais le racisme est-il l'idéologie meurtrière la plus ancienne du monde ?

  Il y a plus de 2000 déjà, le monde gréco-romain n'ignorait pas les différences. On parlait alors d'ethnos, mais non de race, concept des temps modernes. Le terme de barbare s'appliquait aux peuples parlant une langue incompréhensible, différente du grec, sans qu'il ait pour autant de valeur forcément péjorative.

  Le sophiste athénien Antiphon déclarait au IVe siècle av. JC : « Le fait est, que par nature, nous sommes tous et en tout de naissance identique, grecs et barbares. Tous, nous respirons l'air par la bouche et les narines ». « Pour un homme, le monde entier est sa patrie » ajoutait Démocrite.

  Si les Grecs et les Romains étaient esclavagistes, les Africains, Noirs, n'avaient pas pour autant vocation à être mis en esclavage, les razzias esclavagistes dévastant autant l'Europe centrale danubienne – le mot d'esclave vient de celui de slave – le monde perse et arabe que l'Égypte et l'Afrique.

                                                

img-0924

 

Il n'y avait pas de mots grec pour désigner les « Noirs ». On parlait alors d'Éthiopiens (Aithi-Ops, les hommes au visage hâlé par le soleil).

  Plus en avant, la Bible fait recommencer l'histoire de l'Humanité après le Déluge, avec les trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhel, les peuples de la Terre représentant la descendance de ces trois frères.

 

          C'est à la fin du Moyen Âge que la notion de race se fait jour. Peut-être pour justifier le développement de la traite négrière, aux sources de l'esclavage pour la colonisation et l'exploitation du Nouveau Monde. Au fondement du capitalisme moderne, la révolution industrielle dans l'Europe du XVIIIe siècle n'étant rendue possible que par l'exploitation coloniale de l'Afrique et des deux Amériques. On appelait cela, le commerce triangulaire.

                                              

commerce-triangulaire

 

          200 à 300 ans plus tard, le racisme est resté un des facteurs fondamentaux de la perpétuation de l'exploitation en dressant travailleurs nationaux et immigrés les uns contre les autres, empêchant la constitution d'une classe anticapitaliste et inscrivant au cœur du salariat – cette transformation de l'esclavage – une division structurelle institutionnalisant le racisme.

  Objectif atteint : la « classe » du travail est ainsi décomposée avant même de pouvoir se structurer en force sociale et politique. Les « Three D - Jobs » (dirty, difficult, dangerous) peuvent ainsi être inégalement distribués entre Blancs et Noirs, nationaux et étrangers.

  Après l'impasse historique confinant à la folie du IIIe Reich hitlérien, le racisme a repris son cours tranquille au pays des Droits de l'Homme.

 

          Quoi d'étonnant à ce qu'aujourd'hui, à la faveur de la crise qui travaille en profondeur son système, le Capitalisme, dans son temple depuis plus d'un siècle, les États-Unis d'Amérique, vit, respire et reproduit le racisme. Le racisme qui fait partie de son ADN.

                                                           

etats-unis

 

  La prochaine élection de Novembre 2020 se jouera sur la capacité à manipuler au mieux ce concept et cette idéologie. Donald Trump le sait.

                                            

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.