Le tabassage à mort de Tyre Nichols, jeune père de famille noir de 29 ans tué par des policiers noirs à Memphis lors de l’arrêt à un feu rouge pour prétendue mauvaise conduite , témoigne d'un racisme systémique au sein des forces de l'ordre et de la société américaine. Serait-il mort s'il avait été Blanc ?
Les statistiques officielles sont flagrantes : plus de 1000 personnes ont été tuées par la police aux États-Unis en 2022. Un chiffre annuel stable depuis près de 10 ans. Et pour les Noirs, trois fois plus de risque d'être tués que pour les Blancs.
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D'où, pourquoi, comment et jusqu'à quand cette efflorescence de meurtres racistes au pays célébré entre tous comme celui des « Droits de l'Homme » et du Libéralisme ? Réfléchissons-y.
Il y a plus de 2000 ans déjà, le monde gréco-romain n'ignorait pas les différences. On parlait alors d'ethnos, mais non de race, concept des temps modernes. Le terme de barbare s'appliquait aux peuples parlant une langue incompréhensible, différente du grec, sans qu'il ait pour autant de valeur forcément péjorative.
Le sophiste athénien Antiphon, déclarait au IVe siècle av. J.C. : « Le fait est, que par nature, nous sommes tous, et en tout de naissance, identique, grecs et barbares. Tous, nous respirons l'air par la bouche et les narines ». « Pour un homme, le monde entier est sa patrie », ajoutait Démocrite.
Si les Grecs et les Romains étaient esclavagistes, les Africains, Noirs, n'avaient pas pour autant vocation à être mis en esclavage, les razzias esclavagistes dévastaient autant l'Europe centrale danubienne – le mot d'esclave vient de celui de slave – le monde perse et arabe que l'Égypte et l'Afrique. Il n'y avait pas de mot grec pour désigner les « Noirs ». On parlait alors d'éthiopiens (Aithi-Ops, les hommes au visage hâlé par le soleil).
Plus en avant, la Bible fait recommencer l'histoire de l'humanité après le Déluge, avec les trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhel, les peuples de la Terre représentant la descendance de ces trois frères.
C'est à la fin du Moyen Âge, que la notion de race se fait jour. Peut-être pour justifier le développement de la traite négrière, aux sources de l'esclavage pour la colonisation et l'exploitation du Nouveau Monde. Au fondement du capitalisme moderne, la révolution industrielle dans l'Europe du XVIIIe siècle, n'étant rendue possible que par l'exploitation coloniale de l'Afrique et des deux Amériques. On appelait cela le commerce triangulaire.
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200 à 300 ans plus tard, le racisme est resté un des facteurs fondamentaux de la perpétuation de l'exploitation en dressant travailleurs nationaux et immigrés les uns contre les autres, empêchant la constitution d'une classe anticapitaliste et inscrivant au cœur du salariat –cette transformation de l'esclavage – une division structurelle institutionnalisant le racisme.
Après l'impasse historique confinant à la folie du IIIe Reich, hitlérien, le racisme a repris son cours tranquille au pays des Droits de l'Homme.
Quoi d'étonnant à ce qu'aujourd'hui, à la faveur de la crise qui travaille en profondeur son système, le Capitalisme, dans son temple, depuis plus d'un siècle, les États-Unis d'Amérique, vit, respire et reproduit le racisme. Le racisme qui fait partie de son ADN. Un ADN dans lequel on retrouve le gène génocidaire du massacre du peuple amérindien.
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