De l'utilité de reprendre la parole

Au vu du nombre de commentaires sur mon billet précédent, j'ai choisi de publier un article en réponse, étant dans l'incapacité de répondre personnellement à tous ces avis qui ont été exprimés, et que j'ai lus avec attention.

D'abord, merci à tous pour vos commentaires. Je l'avoue, les bras me tombent d'en lire autant, de recevoir autant de messages de soutien. Merci du fond du coeur.

Le nombre de réactions, passionnées, pleines de ferveur, montrent bien que l'éducation est un sujet qui touche tout le monde. Il s'agit après tout de l'avenir de nos jeunes, et, de fait, de notre pays (faut-il rappeler que 15% de la population française a moins de 15 ans ? C'est énorme), ce qui explique que le sujet cristallise autant de débats. C'est un monde sur lequel tout le monde a un avis, car nous sommes tous concernés. En effet, certains ne sont pas d'accord - et alors ? Cela exprime surtout la nécessité qu'il y ait un grand débat public sur le sujet : plutôt que quelques-uns qui ne sont pas dans la réalité décident pour nous, c'est à ceux qui sont concernés par le sujet d'en discuter, ensemble, pour voir ce qui fait l'intérêt général.

A ceux qui toutefois préjugent de mes intentions, je le dis de manière claire : cet article n'avait nulle vocation à "marteler" de quelconques vérités générales (comme on a pu me l'imputer), mais à exprimer un vécu subjectif (ce qui est, par là même, le principe de l'information). Ne connaissant les situations des salariés d'autres secteurs que par ce que l'on m'en raconte, je me garderai d'exprimer un avis sur le sujet. Mais une chose me frappe : nous sommes tous à bout, que l'on soit chômeur ou salarié, retraité ou à son compte.

Je me rends compte qu'à la lecture de mon billet, ceux qui ne bossent pas dans l'Education Nationale puissent trouver enviable ma situation. Certains viennent faire la leçon dans leurs commentaires (je ne serais pas dans le réel avec mes avantages de fonctionnaires, certaines situations sont bien pires et blablabla), mais que ce soit dit : le fait que je décrive une situation qui m'est connue ne signifie en rien que je nie les difficultés des autres.

Les temps sont difficiles pour tout le monde (ou presque), et un article sur l'éducation nationale du point de vue d'une stagiaire lambda comme moi ne balaye pas d'un revers de main les problèmes, revendications, critiques de quiconque sur son propre milieu professionnel. La baisse du pouvoir d'achat, je la vis comme vous tous. La crise, j'en fais l'expérience comme vous tous, et je regarde certains s'en mettre plein les poches pendant qu'on se tape dessus entre petites gens pour savoir qui a le plus d'avantages.

Nous sommes dans une situation de guerre des pauvres contre les pauvres, à se regarder les uns les autres du coin de l'oeil pour voir qui est le mieux loti. Comme les "avantages" sont subjectifs et que l'herbe est toujours plus verte ailleurs, nous pouvons nous étriper des heures durant pour savoir qui a le plus d'avantages, et cela ne fera rien avancer. Pendant ce temps, les nantis, les assistés, les profiteurs (et je parle pas des chômeurs, des Roms, ou de quelconques autres victimes désignées des médias mais des vrais profiteurs : les très riches, ceux qui extorquent l'argent public pendant qu'on est tous en bas à galérer...) peuvent dormir tranquille.

A ceux qui estiment que ma situation est plus enviable que la leur, je dirai : au lieu de vous attaquer à aussi petits, à aussi malmenés, aussi mal traités que vous, ouvrez-la. Vos droits ne sont pas défendus ? Qu'à cela ne tienne : rassemblez-vous, ne restez pas seuls, et défendez-les. Vous ne trouverez jamais quelqu'un comme moi pour vous faire la leçon et dire que vous n'en valez pas la peine. C'est cette manière de se taire par peur (et à juste titre) qui fait que nos droits à tous reculent petit à petit, et qu'on se lorgne, qu'on se méfie les uns des autres, et que le système continue de fonctionner. Indignez-vous, pas après d'autres pauvres, mais après les responsables.

Il est temps qu'on reprenne la parole, et qu'on se mette autour de la table, tous ensemble, pour régler les problèmes auxquels nous sommes, nous les 99%, confrontés.

Jamais vous ne m'entendrez dénigrer, ni cheminots en grève, ni ouvriers qui occupent une usine parce que le patron a décidé de délocaliser en Chine, ni des personnels hospitaliers qui se mobilisent pour éviter la fermeture des services, ni des travailleurs sans-papiers qui réclament l'égalité des droits : j'applaudirai toujours des deux mains, toujours. Parce que je ne suis pas dedans, je considère que ceux qui se battent pour leurs droits ont de bonnes raisons de le faire. Au lieu de râler après ceux qui revendiquent, revendiquez, plutôt, vous aussi. On ne fait pas avancer ses propres droits en faisant reculer ceux des autres. Vous êtes tous abonnés à Mediapart, vous savez ce que signifie le mot citoyen : chacun d'entre nous a légitimité à l'ouvrir pour ses droits. Ouvrez-la. Bien à vous, vous tous, d'accord ou pas d'accord :)

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