Autoroute scolaire acte 3

Nous y voilà. Comme annoncé dans mes précédents billets, le redoublement est mort et enterré.

 Nous y voilà. Comme annoncé dans mes précédents billets, le redoublement est mort et enterré. Voici une note du recteur de mon académie daté du 4 février :  « Le doublement devient exceptionnel à tous les niveaux. Après les classes de 6ème, 5ème, 4ème et 1ère, le passage dans la classe supérieure est la règle. Après la classe de 3ème et de 2nde GT, le doublement ne peut pas faire l’objet d’une
demande d’orientation, ni d’une décision. Le maintien dans sa classe d’origine ne peut être demandé par la famille qu’après le conseil de classe du 3ème trimestre, à l’issue de l’entretien avec le chef d’établissement, lorsque le désaccord persiste et que la famille ne souhaite pas faire appel. Les vœux d’affectation saisis dans Affelnet doivent correspondre à la décision d’orientation prononcée par le chef d’établissement. » Il est donc impossible pour l’équipe pédagogique de prononcer une orientation de redoublement en fin de 3 ème ou de 2 nde GT. "

En pleine période de conseil de classe, je vous laisse imaginer le rebondissement d'une telle publication. On hurle, on brocarde, on s'insurge dans les salles des profs. Mais les conséquences de cette décision prise de manière unilatérale par les différents ministres qui se succèdent, sont catastrophiques. Je ne reviendrai pas sur le pourquoi d'une telle réforme, ce qui est sûr s'est qu'elle pénalise en premier lieu les élèves et leurs familles, puis les enseignants.

Les élèves sont les premières victimes car malheureusement l'orientation est une jungle. Les filières variées et complexes sont ignorées de la plupart des parents, qui ne voient que la filière générale. Seulement, elle n'est pas, et de moins moins, la plus à même de répondre aux besoins des élèves. Trop théorique, ne débouchant le plus souvent que sur des facs ou des grandes écoles, elles sont par essences sélectives. Seulement, elles brillent de mille feux, surtout la filière S. Ah, celle là ! Le jour où elle sera une vraie filière scientifique, on fera un bond dans l'orientation. Les familles ne jurent que par la "S" car c'est celle qui permet de proposer le plus grand choix en post-bac. C'est faux, mais trop long à expliquer ici. Trop peu de familles connaissent les filières techniques (STAV, STL, STMG, ST2S etc ...). Donc en choisissant des filières générales, celles-ci risquent de s'engorger, les élèves de se décourager et l’efficacité du système encore de diminuer.

Les enseignants sont les secondes victimes. Mais bon, on a l'habitude ! Notre expertise sur l'orientation sera systématiquement mise en défaut puisque seul compte l'avis des parents, qui dans un contexte d'infantolâtrie ne pourront pas dire "non" à leur cher rejeton. En conséquence, un parent lambda sera plus expert qu'un prof principal documenté qui, si il fait bien son travail, aura entendu, guidé, conseillé son élève. Certes l'orientation est loin d'être une science exacte mais elle a quand même quelques fondements. Faisons table rase de tous cela. Les élèves les plus en difficultés scolairement et socialement auront leur bac S parce qu'il le "voudront bien" et après ...

 

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