Pour vous mettre dans l'ambiance, il s'agit d'une chronique rédigé par une moufette (à ne pas confondre avec un putois), qui a voyagé à travers le temps et l'espace, vivant aujourd'hui aux Etats-Unis et commentant ce qu'il se passe en France.
Bien le bonjour mes petits, c’est moi Pépé Le Putois, moufette indépendante à la queue touffue et au parfum boisé. Je vous regarde de l’autre côté de la flaque Atlantique (j’ai emprunté une longue vue à un ancien boucanier, ce qui me permet de zieuter la TV de ma voisine humaine) et il a l’air de s’en passer des loufoqueries dans vos pénates. Parait que dans quelques semaines, vous allez choisir un nouveau chef ! Quelle drôle d’idée de mettre un papier dans une boîte, afin de savoir par qui les ordres vont être donnés. Nous les moufettes, on se réfugie dans nos terriers l’hiver pour dormir en profitant de la graisse accumulée. Le reste du temps, on gambade gaiement dans la nature ou ce qu’il en reste, à la recherche de petits rongeurs, de baies… ou de vos détritus qui recèlent toujours des mets qui mettent en émoi mes papilles gustatives. Personne ne vient me dire ce que j’ai à faire. Je fais. Mais, vous les Sapiens entretenez des relations sociales, avez de multiples langues, vivez dans des sociétés complexes et hiérarchisées, alors vous vous êtes sentis obligés d’avoir un chef !
Pourtant, il y a moult temps de cela, dans l’Europe du Moyen-Âge (j’ai roulé ma bosse de moufette et ce n’est pas pour dire, mais nous les mustélidés vieillissons bien mieux que vous autres hominiens), étaient organisés des carnavals pour le moins déjantés où l’on jouait à mettre le monde sens dessus dessous. Les rôles de chacun étaient échangés. Je me souviens qu’une fois la moufette que je suis a commandé toute une garnison de soldats de sa seigneurie. Je leur avais ordonné de me capturer toutes les sauterelles, grillons, petites musaraignes et autres larves d’insectes qu’ils trouvaient. Je ne vous raconte pas tout ce que je me suis mis dans le cornet. Digne des plus grandes bacchanales antiques. Mais attention hein, j’ai partagé avec les camarades mammifères. Lors de ces fêtes, les gosses du village dirigeaient le gouvernement (autant que je me souvienne (pas de tout, ça y allait fort sur le picrate), ça ne se passait pas plus mal !). Des rois éphémères étaient couronnés. Toutes les positions sociales étaient éparpillées façon puzzle.
Ah c’était le bon temps de ma jeunesse et de l’insouciance. Et encore, ces festivités ne duraient qu’un temps, quelques jours tout au plus et après les choses redevenaient ce qu’elles étaient. Si l’on remonte encore un poil plus loin, les multiples sociétés disséminées partout dans le monde étaient organisées de mille et une façons différentes. Certaines peuplades changeaient même d’organisations en fonction des saisons. Il y a encore un petit siècle, les Inuits se divisaient en petits groupes de chasseurs, pêcheurs avec un chef qui avait tout pouvoir sur ses congénères. Ça c’était l’été. L’hiver, plus de classe, plus de chef, plus de propriété, tout le monde se regroupait dans les habitations autour du feu. J’ai une cousine moufette du Canada qui m’en a raconté des vertes et des pas mûres sur ce qui s’y passait. Il y en a eu de l’agayon et des acrobaties là-dedans.
Prenons aussi le cas des Kwakiutls. Outre leur nom rigolo (prononcez le vite à plusieurs reprises, alors vous imiterez le gazouillis du moineau à la perfection), cette peuplade de Colombie-Britannique était connue pour leur société très stratifiée, par grand froid : des rois se la coulaient douce ; Les roturiers et esclaves obéissaient sans moufter le moins du monde. En revanche, l’été arrivant, ce château de cartes dégringolait. Le jeu était redistribué. De petits clans se formaient, beaucoup plus informel. Les pouvoirs disparaissaient. Tout était tellement différent que les Kwakiutls changeaient carrément de noms durant la période estivale !
Ahh si je pouvais changer de nom… je m’appellerais Natacha… ou Artémis, moi qui suis grande chasseuse devant l’éternel !
Si j’ai bien compris votre fonctionnement bande d’animaux (parce que oui vous restez des animaux comme moi. Des animaux politiques certes, mais des animaux tout de même), en avril on ne vous demande pas simplement de mettre un bulletin dans une urne, mais de choisir la société dans laquelle vous souhaitez vivre. Et soyez imaginatif comme vos ancêtres l’ont été : un carnaval qui durerait un peu plus que trois jours ; une vie de moufette : chasse pour s’engraisser l’été et arpions en éventail l’hiver ; Ne rien changer, parce que c’est bien comme c’est… Tous les choix s’offrent à vous !
Aussi, pour voter en avril, il faut vous inscrire sur les listes électorales. La date limite d'inscription est fixée au mercredi 2 mars en ligne et au vendredi 4 mars en mairie. Cela se fait très rapidement ! Comme le disait mon arrière arrière grand tonton : « Velocius quam asparagi coquantur » ! « c’est plus rapide que la cuisson des asperges ».
Bisous des Amériques, je vais me pieuter.
Pépé le Putois