Projet Azimut: suite de l'aventure!

Résumé du projet Azimut: 

Par étape, et en se passant le relais tous les neuf jours, les photographes de Tendance Floue et leurs invités marchent à travers le territoire français pendant 6 mois

Quelques extraits du parcours de Marion Poussier

Marion Poussier Marion Poussier

 © Marion Poussier © Marion Poussier

"Départ ce matin de Paris avec Marc (blablacar) qui en 4h m'amène généreusement à mon point de relais avec Antoine. 4h pendant lesquelles je vois défiler tous les noms de villes traversées en cinq semaines par mes cinq 
prédécesseurs. Marc doit me déposer à Autun mais propose de me conduire jusqu'à Saint-Léger-sous-Beuvray où m'attend Antoine. Il se gare devant la boulangerie de St-Léger. En 1/4 de seconde je fais un voyage dans le temps 8 ans en arrière. J'ai traversé le Morvan en voiture une seule fois dans ma vie et j'ai gardé un seul souvenir du Morvan qui est un souvenir photographique, une image : mon amoureux, en débardeur blanc et casquette de marin...devant la boulangerie de St-Léger ! Je ne me souviens de rien d'autre de ce village, ni sa place, ni son café et il est probable que si je n'avais pas pris cette photographie, je ne me souviendrais pas non plus de cette boulangerie. Je me rappelle qu'il y avait une annonce pour une formation de boulanger et que tous les deux on avait imaginé reprendre la boulangerie, s'installer ici. 8 ans ont passé et nous ne sommes pas boulangers, nous avons deux filles et nous nous aimons.
Plus tard en marchant, je repense à ce voyage avec Laurent 8 ans plus tôt. Un tour de France en voiture, avec une tente, au gré de nos envies. Une aventure à deux qui a donné naissance à notre première fille. Je pense à l'amour qui est toujours là. 
En arrivant à Glux en Glenne, je vois deux arbres enlacés. 
Ce soir j'ouvre le moleskine Azimut. Pour le A de Azimut, Bertrand a noté le mot Amour.
Je n'aurais jamais imaginé vous raconter cette histoire mais voilà, Marc m'a déposé devant la boulangerie de St-Léger-sous Beuvray..."  

Marion Poussier 

 © Marion Poussier © Marion Poussier

 "J'aurais aussi pu commencer mon récit comme ça :


Départ ce matin avec François (blablacar). J'ai les yeux à peine ouvert. Je suis rentrée tard de Bretagne hier et j'ai fait mon sac dans la nuit. Je n'ai même pas eu le temps d'ouvrir la lettre de Cyril trouvée à mon retour. Je l'ouvre dans la voiture qui m'amène à Autun. De là je dois rejoindre Antoine et Julien à St Leger sous Beuvray, en stop sûrement.

Cyril n'est pas mon amoureux, ni mon amant. Je ne l'ai jamais vu mais nous nous écrivons régulièrement depuis 1 an et demi. Il est en prison dans un centre de détention ouvert. Passées les présentations des premières lettres - j'aime le sport et la nature, et toi ? - nous commençons à nous connaître. Je lui ai proposé de marcher "à mes côtés" mais à quelques centaines de km d'écart. Une marche parallèle en somme. Chaque matin, il se mettra en route, comme moi, et marchera toute la journée. Chaque soir nous nous écrirons. Un envoi par la poste. Une correspondance lente, à l'image de la marche.

Dans la voiture je n'ai pas trop envie de parler et je n'entend que d'une oreille le récit de François qui me raconte pourtant sa tentative de suicide il y a 5 ans. J'aperçois les noms des villes traversées pars Bertrand, Gregoire, Gilles, Meyer. Je pense à Cyril. Si il peut marcher toute la journée sur un territoire assez grand, il doit néanmoins revenir à son point de départ pour chacun des 5 appels quotidiens. Une marche en étoile. Allons nous parler de liberté ? D'espace ? D'espace de liberté ? Un jour il m'a écrit que dans un centre de détention ouvert, les barreaux sont dans la tête, c'est encore pire. Et moi, est-ce que j'ai des barreaux dans la tête ?

Je suis toujours dans mes pensées quand François, qui a proposé de me conduire jusqu'à St Leger sous Beuvray, me dépose devant la boulangerie du village. C'est incroyable ! J'ai fait une photo de mon amoureux devant cette Boulangerie il y a 8 ans. J'en suis certaine, je la reconnais. Pourtant je ne reconnais rien d'autre. Faut-il y voir un signe. Quel signe ?

Je fais le tour de la place, une fois, deux fois, trois fois." 

Marion Poussier 

 © Marion Poussier © Marion Poussier

 "Lundi 17 Avril. Je suis dans la voiture avec Sophie (blablacar), ça fait 2 heures qu'on est dans les bouchons, on n'avance pas, j'aurais mieux fait de rentrer à pieds. Je viens de passer le relai à Denis et je me rend compte que vous êtes toujours avec moi devant la boulangerie de St Leger sous Beuvray. Pourtant j'ai marché depuis. Pas loin de 190 km. J'ai fini par choisir un chemin, puis un autre. Je me suis perdue. J'ai rebroussé chemin. J'ai appris qu'à pied, passé une certaine distance, on ne fait plus demi-tour, une bonne manière d'accepter ses choix, ses erreurs.J'ai constaté que traverser la France à pied plutôt qu'en voiture était une expérience éprouvante et intense. Je me suis sentie en complet décalage, dans un temps très différent de la vie qui se passait juste à côté de moi. Au ralenti. Trouver de quoi manger pouvait me prendre un journee de marche mais mes jambes m'ont accompagné sans faillir et l'effort m'a rendue plutôt forte. Aujourd'hui encore j'ai marché en solitaire mais j'étais loin d'être seule. Je savais que pas loin il y avait les 5 marcheurs précédents et les 17 suivants, il y avait Laurent, il y avait Cyril, Marc, Gaël, Nicole, Noël, Axelle, Pierre qui m'imaginaient sur les chemins. Je marchais et je ne me sentais pas seule.Sur la route j'ai fait des Polaroïd, véritables pauses dans mes longues marches. Le Polaroïd demande tout un cérémonial, il faut poser le sac, faire une image, attendre qu'elle apparaisse pour se rendre compte qu'il faut en faire une deuxième, puis une troisième. Il faut imaginer les trois images par terre au milieu des bois en train de sécher. puis il faut les ranger soigneusement. Des images comme des haïkus ou plutôt comme une collection de cartes, pour constituer un tarot divinatoire.


Il ne me reste plus qu'à croiser la diseuse de bonne aventure qui pourra m'aider à y décrypter les signes pour continuer mon chemin, notre chemin, nos chemins."

Marion Poussier

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