Pour le droit universel à l'alimentation

Pour le droit universel à l'alimentation, à l'éducation, à la santé et à un travail décent" -Un blog de capitalisation des pratiques sociales dans la lutte contre la faim et la sous-nutrition.

Pour le droit universel à l'alimentation, à l'éducation, à la santé et à un travail décent" -Un blog de capitalisation des pratiques sociales dans la lutte contre la faim et la sous-nutrition.

Ce blog rend hommage aux travaux de Josué de Castro, Géographe et médecin brésilien et tant d’autres Célèbres et anonymes

Pourquoi ce blog ? Questionnements sur l‘existence de la faim et élaboration de connaissances et actions

Parce que, manger est l’activité fondamentale des êtres vivants. Chez nous, êtres humains, manger est à la fois une nécessité biologique qui détermine notre état de santé mais aussi un acte social donc affectif, intellectuel,… L’origine latine du mot « com+medere » (latin classique veut dire aussi manger « avec », en compagnie de. C’est donc cette double dimension « satisfaire les besoins physiologiques de son corps et partager la nourriture avec autrui qui rend la faim, un état  inacceptable pour nous êtres humains. Et ce, d’autant plus que, la faim a toujours été la compagne fidèle de l’humanité dès son origine jusqu’à présent.

Les progrès de la science en générale et de la science agronomique en particulier, nous faisaient espérer l’élimination de cette présence destructive parmi nous à brève échéance. La dernière  de ces recherches, les OGM dont les annonces lénifiantes n’ont rien changé au phénomène. Ainsi nous constatons que malgré toutes les techniques nouvelles utilisées dans l’agriculture, nous avons encore parmi nous environ un milliard d’êtres humains affamés ou sous-nourris (842 millions de personnes sont sous alimentées.). Cela nous interpelle fortement.

Avec la création de ce blog, nous souhaitons créer un réseau de citoyens chercheurs afin de concevoir et élaborer une synthèse dont les formes pourraient se concrétiser à travers deux axes de recherche : le premier capitaliserait les données géographiques, climatiques, économiques et sociales sur les lieux où sévit la faim et le deuxième axe capitaliserait les programmes et actions existants déjà. Les objectifs seraient de rendre visible le phénomène pour nos concitoyens de la planète) ainsi que renforcer l'action des ONGs fortement impliquées dans cette bataille. Si nous sommes nombreux, nous pourrions agir entre autres (voir plus loin) pour la proclamation universelle du droit à l’alimentation, à la santé et à l’éducation. Ce blog propose donc d'affiner les connaissance de ce fléau majeur d'indignité humaine ou cette "arme de destruction massive" comme Jean Zigler qualifie la faim [1]. Ce complément d'action aux côtés des acteurs impliqués de longue date dans cette lutte prendrait la forme d'une coproduction des savoir-faire sociaux en matière de lutte contre la faim.

Questionnements sur l‘existence de la faim

Dans son édition 2014 "de L’État de l'insécurité alimentaire dans le monde", la FAO[2] présente les dernières estimations des niveaux de la sous-alimentation dans le monde et décrit les progrès accomplis en vue de la réalisation des cibles de lutte contre la faim fixées dans les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et lors du Sommet mondial de l'alimentation (SMA).

« Le bilan de la situation actuelle en matière de lutte contre la faim et la malnutrition montre que des progrès ont été réalisés et que la faim a reculé à l'échelle mondiale et dans de nombreux pays. Dans d’autres pays toutefois, des efforts considérables doivent encore être déployés.  Un engagement politique soutenu au plus haut niveau national et international est indispensable pour parvenir à l’éradication de la faim. Il faut pour cela placer la sécurité alimentaire et la nutrition au premier plan des programmes politiques et veiller à créer un environnement favorable (voir ci-après) à l'amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition.

L’état de lieu de la faim dans le monde (FAO)

Les dernières estimations de la FAO montrent que l'on continue de progresser dans la lutte contre la faim dans le monde: on estime qu'environ 805 millions de personnes étaient en situation de sous-alimentation chronique en 2012-2014, soit une diminution de plus de 100 millions de personnes sur la dernière décennie, et 209 millions de personnes de moins qu'en 1990-1992. Sur la même période, la prévalence de la sous-alimentation est passée de 18,7 à 11,3 pour cent dans le monde et de 23,4 à 13,5 pour cent dans les pays en développement.

Depuis 1990-1992, 63 pays ont atteint la cible de l'OMD 1 concernant la faim et 25 pays ont réalisé l'objectif plus ambitieux du SMA. Sur 63 pays en développement, 11 pays affichent déjà un taux de sous-alimentation inférieur à 5 pour cent (limite méthodologique garantissant la pertinence des résultats différents de zéro) en 1990‑1992 et ils ont réussi à se maintenir dans cet intervalle; ce ne sont donc pas ces pays qui sont principalement visés dans le rapport 2014.

Les chiffres montrent que le premier objectif du Millénaire pour le développement (OMD 1) – à savoir réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de sous-alimentation dans les pays en développement d'ici à 2015 – est à notre portée.

Même si, globalement, la situation s'est améliorée, des écarts importants persistent entre les régions. Globalement, c'est la région de l'Amérique latine et des Caraïbes qui a le plus progressé en matière de sécurité alimentaire; l'Afrique subsaharienne et l'Asie de l'ouest, touchées des catastrophes naturelles et des conflits, ont obtenu des résultats plus modestes.

Il est indispensable, pour éradiquer la faim, d'obtenir un engagement politique soutenu au plus haut niveau et de placer la sécurité alimentaire et la nutrition parmi les priorités absolues. Les études de cas du rapport sur L'État de l’insécurité alimentaire dans le monde 2014 font apparaître que certaines régions, comme l'Afrique et l'Amérique latine et les Caraïbes, ainsi que certains pays, ont renforcé leur engagement politique en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.

La réduction de la faim appelle une approche intégrée, qui doit comprendre les éléments suivants: des investissements publics et privés propres à améliorer la productivité agricole; un meilleur accès aux intrants, aux terres, aux services, aux technologies et aux marchés; des mesures favorables au développement rural; des mesures de protection sociale pour les personnes les plus vulnérables, notamment le renforcement de la résistance de ces personnes face aux conflits et aux catastrophes naturelles; des programmes de nutrition spécifiques destinés à pallier les carences en micronutriments chez les mères et les enfants de moins de cinq ans.

Complexité du phénomène de la faim (FAO)

Le ralentissement de l'activité économique à l'échelle mondiale, survenant après la crise alimentaire en 2006-2008, est à l'origine de la forte augmentation de la faim dans le monde. La crise a amputé les revenus et les possibilités d'emploi des pauvres et considérablement réduit leur accès aux produits alimentaires. Leurs revenus baissant, les pauvres sont moins en mesure d’acquérir des produits alimentaires surtout parce que les prix restent élevés en perspective historique.

Les stocks de nourriture sont distribués d’une façon extrêmement inégale dans le monde. Alors que les pays riches maintiennent des grandes réserves, beaucoup de pays en développement n’ont pas assez d’aliments pour offrir à leurs citoyens une consommation nécessaire pour une vie en bonne santé.

L’utilisation des aliments. En effet, seulement la moitié de la production mondiale de céréale est actuellement utilisé directement pour la consommation humaine. La production agricole est de plus en plus transformée en fourrage pour satisfaire une consommation croissante de viande ou bien elle sert des emplois non alimentaires, comme la production des biocarburants pour aider à calmer des besoins énergiques croissants.

La sous-alimentation affecte plusieurs segments de la population. En particulier, les ruraux sans terre et les citadins pauvres souffrent de la crise du fait qu'ils ne peuvent pas compter sur l'agriculture de subsistance.

Un autre groupe vulnérable comprend les ménages dirigés par une femme car, en raison de ses activités familiales, elle est souvent empêchée de s’engager dans un travail rémunéré et par conséquent n’a pas les moyens d’accéder la nourriture adéquate pour  nourrir son foyer.

La faim n’est pas seulement une inquiétude humanitaire. Elle déprime également le potentiel de développement d’un pays. Face à l’insécurité alimentaire, les ménages s'efforcent de maintenir leurs revenus en émigrant, en vendant des actifs comme du bétail, en empruntant de l'argent, ou en participant à de nouveaux types d'activités économiques, y compris le travail des enfants. En plus, les ménages modifient leurs dépenses au profit d’aliments meilleur marché, riches en calories et en énergie, comme les céréales, au détriment de produits plus chers et plus riches en protéines et en éléments nutritifs comme la viande, les produits laitiers ou les fruits et légumes. Cette situation est particulièrement nuisible pour les enfants et les femmes qui allaitent.

La crise débouche sur des compromis indésirables mais souvent inévitables: retirer les enfants de l'école détruit le capital humain à long terme; la vente des actifs réduit les ressources physiques et financières disponibles, qui sont difficiles à reconstituer; et renoncer à des aliments plus nutritifs pour d'autres qui le sont moins ou simplement manger moins cause la malnutrition, affecte la productivité du travail et réduit le potentiel cognitif de l’enfant.

Elaboration de connaissances et actions

L’augmentation drastique de la faim—mais encore plus le fait que le nombre de personnes sous-alimentées est demeuré au-delà des 800 millions pendant les derniers 40 ans—met en évidence la fragilité du système alimentaire. Pour combattre la faim une approche sur deux fronts reste indispensable, qui doit comporter non seulement des mesures pour une assistance immédiate mais aussi des changements structurels.

À court terme, les filets de sécurité et les programmes de protection sociale doivent être renforcés pour que les plus nécessiteux puissent en bénéficier. Simultanément, les petits exploitants agricoles doivent avoir accès aux moyens de production et aux technologies indispensables pour pouvoir accroître leur production. Ces technologies comprennent des semences de qualité, des engrais, ainsi que des machines agricoles adaptées. Une augmentation de la production locale est indispensable pour faire baisser les prix des denrées alimentaires pour les consommateurs pauvres, tant ruraux qu’urbains.

À moyen et à long terme, la solution structurelle aux problèmes de la faim réside dans l'augmentation de la production dans les pays à déficit vivrier. Il est essentiel de mettre en place des politiques stables et efficaces, des mécanismes réglementaires et institutionnels et des infrastructures commerciales fonctionnelles, propres à promouvoir les investissements dans le secteur agricole.

si on laisse les choses suivre leur cours normal, il ne sera pas possible de réduire la sousalimentation dans la mesure nécessaire. Pour échapper à la faim de façon efficace et durable, les populations ont besoin d'une meilleure gouvernance au niveau national et international.

Les pays à déficit vivrier doivent créer des institutions basées sur le principe du droit à une alimentation adéquate. Celles-ci devront évoluer vers une plus grande transparence et responsabilité, favorisant l'habilitation des pauvres et la participation aux prises de décisions qui les intéressent. Les Directives volontaires à l’appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation adéquate dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale permettront de faire un grand pas dans cette direction.

Au niveau international, une meilleure gouvernance comprend une réforme du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale, qui doit devenir le pilier de la coopération internationale en ce qui concerne la sécurité alimentaire. Le comité devrait opérer comme l’entité politique dirigeante, en assurant la participation de tous les groupes d’intérêts et fonder ses décisions sur l’évidence scientifique.


Maintenir l’agriculture familiale au centre des préoccupations. La crise alimentaire mondiale a projeté à nouveau la sécurité alimentaire et l'agriculture au premier rang des priorités politiques.

Complexité du phénomène

C’est aussi, parce que le phénomène de la faim est un problème d’une extrême complexité que ce blog est né. Les travaux de Josué de Castro[3], médecin et géographe brésilien, ancien président de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture avait déjà insisté sur  l’immense complexité du phénomène. Plus modestement, ma recherche sur la construction sociale de la faim[4] a essayé d’appréhender cette complexité dans le Nordeste, Etat du Ceará au Brésil dans l’espace urbain et rural. Cette recherche nous a permis de mettre en lumière  plusieurs dimensions de la construction sociale du phénomène où des groupes sociaux plus ou moins informels se positionnent autour de personnes souffrant de la faim, donnant origine à une tension sociale diffuse et exacerbée lors de l’arrivée des programmes d’aide à l’accès à l’alimentation tel le Programme Faim Zéro[5]. Un autre aspect mis en évidence par la recherche a été le rôle primordial que l’agriculture a joué au cours de l’histoire du Brésil dans la construction sociale de ce phénomène qui peut être résumé ainsi « agriculture d’exportation et faim ». Il met en évidence la coexistence côte-à-côte de la faim et d’une agriculture surabondante au Brésil, troisième producteur agricole mondial.

De la sorte, ce travail nous a donné l’envie d’impliquer un plus grand nombre de personnes à la compréhension du phénomène et d’y apporter leurs contributions. J’invite donc tous ceux qui liront ce blog d’y participer. Toutes les rubriques sont ouvertes à vos contributions. Il suffit soit de nous envoyer dans l’espace commentaire du blog accueilli par Médiapart soit pour le questionnaire renseigné de l’envoyer à l’adresse mail : pereira.lecompere@orange.fr  et nous pourrons collaborer ensemble afin de réclamer le droit universel à l’alimentation et la démarcation de terres arables nécessaires à la production d’aliments. Votre responsabilité de citoyen et chercheur est ainsi engagée dans cet acte fort pour vaincre la faim.

En vous remerciant, je reste à votre disposition pour toutes remarques, critiques et questions,

Terezinha Pereira Lecompère

 


[1] Jean Ziegler, Destruction massive- Géopolitique de la faim, Seuil 2011

[2] www.fao.org

[3] Castro Josué, Géopolitique de la faim, Editions Economie et Humanisme 1952

[4] Pereira Lecompère Terezinha  La construction sociale de faim permanence et rupture dans le Programme Faim Zéro - Abies AgroParisTech et Université Fédérale du Ceará 2007-12

[5] Cette analyse fera partie du prochain document du blog ainsi que la fiche projet et ses grilles d’enquêtes. Il y aura une version du blog en portugais pour les pays lusophones. Le questionnaire d’enquête l’ait aussi en anglais


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