Sportez-vous bien !

2012, année présidentielle et olympique est le moment idéal pour mettre en place une véritable politique de prévention et de promotion de la santé par le sport.
La journée mondiale contre le cancer donne l’occasion de présenter les bienfaits du sport dans la prévention mais aussi dans la guérison de la première cause de mortalité au monde : le cancer.
La pratique du sport pour prévenir et guérir les cancers est tout à la fois un impératif de santé publique, mais aussi un investissement économique rationnel.
La pratique d’une activité physique régulière limite les risques d’apparition d’un cancer.
La pratique d’une activité physique régulière – équivalente à 3 heures de marche active par semaine - chez la femme entraîne une diminution de 20 % du risque de survenue du cancer du sein par rapport à la population non sportive. Chez les hommes, la pratique du sport réduit de 25% les risques de mortalité du cancer de la prostate. 
En période de rémission, la pratique de l’activité physique, associée à une consommation de 5 fruits et légumes par jour, réduit les risques de rechute de l’ordre de 50% pour les cancers du sein. 
Chaque année ce sont des milliers de vies qui pourraient être sauvées par la simple pratique d’une activité physique régulière.
Les bénéfices économiques sont significatifs. Plus de 7 milliards d’euros sont dépensés pour les traitements anti-cancéreux chaque année. Le coût global du cancer pour la société française a été estimé, en 2004, à plus de 30 milliards d’euros. L’encouragement et l’accompagnement de la pratique sportive ne nécessiteraient qu’un investissement de quelques dizaines de millions d’euros et créeraient des centaines d’emplois. 
Certains rétorqueront que le sport ne peut être pratiqué par des personnes malades. Qu’elles sont trop faibles pour cela. C’est faux.
Les personnes traitées par chimiothérapie et ayant une activité physique déclarent un gain de bien être et une baisse de sensation de fatigue de l’ordre de 23%. Le sport est aujourd’hui le seul remède connu pour lutter contre la fatigue d’une chimiothérapie.
L’action engagée il y a 10 ans par l’association CAMI, Cancer et Arts Martiaux, prouve qu’il est possible de pratiquer du sport, en toute sécurité, pour les personnes atteintes de cancer. Il faut désormais passer à une généralisation de cette démarche.
De quoi a-t-on besoin ?
Tout d’abord de formation. Les professionnels de santé doivent être sensibilisés, au cours de leur cursus, aux bénéfices de la pratique d’une activité physique. Quant aux animateurs sportifs, ils doivent être formés aux spécificités des publics atteints de pathologies chroniques. Un seul diplôme universitaire « sport et cancer » existe aujourd’hui en France. D’autres pourraient être crées en lien avec les facultés de médecine et de sport pour garantir une pratique sportive adaptée et sécurisée.
Le mouvement sportif doit également être mobilisé. Les associations sportives constituent la pierre angulaire de l’organisation du sport en France. Elles doivent aujourd’hui s’adapter à l’accueil de nouveaux publics qui souhaitent pratiquer un sport dans une optique de bien-être. Elles doivent pouvoir bénéficier du concours d’animateurs spécialement formés. Signe encourageant, le Comité National Olympique et Sportif Français, conscient de l’urgence, a engagé une réflexion sur ce point.
Surtout, une impulsion politique forte est nécessaire. C’est à l’Etat qu’il revient d’organiser la formation des médecins et des animateurs sportifs. L’assurance maladie est, quant à elle, fondée à financer les postes d’animateurs sportifs dans les associations. Loin d’être un coût supplémentaire pour la solidarité nationale, cette prise en charge est un investissement qui permettrait de réaliser des économies sur des traitements lourds, coûteux et désagréables pour les patients.
Thierry Bouillet, Président de la fédération nationale sport et cancer CAMI,  Praticien hospitalier au CHU Avicenne (AP-HP) à Bobigny
Jean-Marc Descotes, Vice-Président de la fédération nationale sport et cancer CAMI, Responsable de l’Enseignement du Diplôme Universitaire Sport et Cancer – Université Paris 13
Arnaud Flanquart, coordonnateur du pôle sport de Terra Nova
Laurent Zelek, Praticien hospitalier au CHU Avicenne (AP-HP) à Bobigny,  Professeur des universités, Vice Doyen Université Paris 13

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