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Billet de blog 8 juillet 2011

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les progressistes, dans l'opposition, ont un devoir, celui de dire la vérité et de la dire de manière claire et nette ; cela les distinguerait des discours souvent ambigus et les réconcilierait avec les valeurs qu'ils doivent défendre et consolider. C'est le sens du message qu'Henry Hermand, membre fondateur de Terra Nova, auteur de L'ambition est un rêve (2010), souhaite adresser ici aux candidats progressistes.

Les périls sont si nombreux dans le vaste monde qu'ils interfèrent les uns sur les autres et sont imprévisibles. Qui avait prévu l'embrasement des rives de la Méditerranée aux conséquences incalculables ?

Comme on ne pouvait imaginer la tragédie de l'accident nucléaire de Fukushima dont les autorités nippones ont volontairement par mensonges successifs caché l'ampleur et dont on ne mesure pas encore les conséquences économiques.

Qu'y pouvons-nous ? Pas grand chose en vérité car il y a des réalités incontournables et on navigue à l'aveugle. Mais le spectacle de l'affrontement des égos, de gauche comme de droite, paraît dérisoire aux citoyens déboussolés, insupportable au regard des plus démunis, tellement éloigné de leurs préoccupations quotidiennes !

Où est le souffle des progressistes tels que nous les avons connus, où sont les idées de progrès, les audaces et la défense sans concessions de l'intérêt général de la Nation ?

On cherche un visionnaire, un De Gaulle, un Mendès, mais les temps ont changé et les progressistes bien plus qu'avant ont besoin d'imagination, de faire des propositions justes, de formuler d'abord des revendications d'ordre éthique et morale.

A défaut d'un homme providentiel, une équipe qui oserait parler vrai.

Au Brésil, Lula, d'origine et de formation très modeste a su, d'abord avec des mots simples et des actes forts, redonner confiance à son pays dont il a réussi à faire la 8e puissance économique du monde.

Les progressistes pourront s'en inspirer.

Dire, par exemple, que la mondialisation, donnée incontournable, mal expliquée donc mal comprise, qui nécessite autant de réflexion que de concertation entre pays pour la rendre plus humaine, comporte aujourd'hui plus d'avantages que de risques.

Qu'elle a déjà pour effet d'améliorer un peu le sort des états les plus défavorisés, en Afrique notamment.

Les sacrifices endurés par les pays nantis sont peu de choses au regard des génocides ou des famines qui ravagent une partie du continent africain. Comme les souffrances qui frappent les populations asiatiques. Un drame chasse l'autre et les médias ont vite fait d'oublier ce qui ne fait plus l'actualité.

De sortir du dialogue franco-français pour renforcer une Europe affaiblie, face à l'affrontement ou à la cohabitation des deux géants : une Amérique installée dans un chômage structurel et un énorme déficit, une Chine en pleine surchauffe qui connait un début d'agitation sociale. Europe paralysée par la montée des populismes, les égoïsmes d'états et l'absence de vision.

C'est plus que jamais une nécessité absolue de s'opposer au nationalisme qui n'est pas dans la culture et les traditions des progressistes.

De rappeler que la crise n'a pas été uniquement bancaire puis financière, puis économique. Qu'elle est d'abord morale et culturelle et avait commencé avant l'effondrement de la banque Lehmann Brothers.

Nous étions parvenus au paroxysme de tous les excès.

Une consommation galopante, effrénée, qui pouvait se comprendre après les privations de deux guerres effroyables, a provoqué, un demi-siècle plus tard, un rejet du superflu et de la gabegie que la crise, bien entendu, n'a fait que renforcer.

Favoriser la consommation par des aides publiques comme la gauche l'a réclamé n'a plus guère de sens. Elle ne ferait qu'accentuer les importations en provenance du sud-est asiatique.

Le consommateur d'aujourd'hui, plus éduqué, plus réfléchi, plus contraint, refuse les tentations qui ne lui apparaissent plus comme indispensables. Il souhaite dépenser moins et mieux.

Il est devenu un acteur primordial. La demande redéfinit l'offre.

Les échanges ne sont plus dictés du haut vers le bas. Ils sont en train de s'inverser.

Ce qui est vrai de la consommation frappe tous les secteurs, d'abord l'immobilier, mais aussi les voyages, le tourisme, internet etc. bref, une nouvelle manière de vivre.

Tous ces débordements ont été justifiés par les théories de Milton Friedman qui fut longtemps le chantre de l'économie libérale et qui prétendait que le marché s'autorégulait, que toute intervention de l'Etat était contre-productive.

La politique de Ronald Reagan, comme celle de la dame de Fer Margaret Thatcher, en furent les traductions concrètes. Chose étrange, Nicolas Sarkozy, qui sait très bien s'adapter, se fait aujourd'hui le porte-parole de la régulation des marchés financiers, des marchés agricoles et d'une taxe sur les transactions financières, ce qui en principe ne devrait pas choquer les progressistes.

Mais, les progressites se sont toujours distingués de la droite par les valeurs :

La justice sociale, d'où la réduction des inégalités, la défense prioritaire des plus déshérités, l'application stricte des lois républicaines, l'ouverture au monde et à toutes ses cultures.

Il est temps d'élever le débat. Dire la vérité ! Sans concession, si dure soit-elle, c'est ne pas faire de promesses intenables. Le peuple ne le pardonnerait pas et une nouvelle déception conduirait au chaos.

Sortir du dialogue franco-français et allez voir ailleurs ce qu'il y a de meilleur à prendre. Dire que nous devons nous ouvrir au monde, permettant en particulier aux fils d'immigrés de sortir de leurs ghettos. Ce sont des citoyens français de seconde zone : il faut que cette discrimination cesse et c'est aux progressites d'y travailler, ce qu'ils ont toujours négligé de faire quand ils étaient au pouvoir.

Rétablir la valeur travail, encourager toutes les initiatives en vue d'une meilleure solidarité dans les entreprises comme dans la fonction publique. L'heure est à l'innovation dans tous les domaines.

Au moment où le tissu social se déchire dangereusement, intéresser les employés aux objectifs de l'entreprise, les faire participer, d'une manière ou d'une autre, est le meilleur moyen de renforcer la compétitivité. La médiatisation des suicides sur le lieu de travail est un effrayant témoignage du mal-être au travail. Que reste-t-il du capitalisme rhénan et de la cogestion ? les fonds qui rachètent les sociétés sont avant tout soucieux de rentabilité à court terme au détriment d'une vision à long terme.

Deux tiers des français n'ont plus confiance dans leur avenir et, plus grave encore, dans celui de leurs enfants.

Beaucoup d'entres eux ne croient plus aux promesses des partis politiques, se méfient de leurs élites.

Le plus important est sans doute de redonner de la confiance.

Et pour cela, répétons-le sans cesse, dire les choses comme elles sont.

Revenir à l'essentiel.

Aux valeurs progressites généreuses, à la justice sociale, bien sûr, sans laquelle aucun sacrifice ne peut être toléré, à l'exemplarité de ceux qui prétendent nous gouverner, dont l'image doit être sans tâche et sans compromission, si minimes soient-elles, au renforcement de la solidarité dans une société plus humaine.

Solidarité dans laquelle la société civile jouerait un plus grand rôle, de propositions et de contrepoids.

Donner, sinon à rêver, du moins de l'espoir et le goût de vivre ensemble.

Quant aux programmes, il faut être prudent. Les menaces d'une aggravation de la crise se profilent à l'horizon. La situation chaotique de la Grèce peut avoir un terrible effet d'entraînement.

Il est très bon que les cercles de réflexion et groupes d'experts mettent à disposition des élus des pistes dont ils peuvent s'inspirer.

Mais on sait que des programmes trop précis deviennent obsolètes à peine élaborés tant il est impossible de préjuger de tous les accidents dans le vaste monde.

Sarkozy traîne comme un boulet son fameux slogan « travaillez plus pour gagner plus ». La crise est passée par là, augmentant précarité et chômage. Il convient donc de fixer les quelques priorités.

Le sort des jeunes, une fiscalité plus juste et plus simple , l'énergie, les problèmes climatiques, une régulation financière strictement contrôlée, avec amendes à la clé. Assurer la défense du service public, là où il est menacé injustement (les hôpitaux, par exemple). Ne pas sacrifier le budget de la coopération culturelle car l'image de la France s'en ressent.

Et sur ces sujets principaux, un engagement sans concessions, sans demi-mesures qui font plus de mal que de bien.

Promettre peu, mais le faire avec discernement, vigueur et détermination.

La fonction politique est noble par définition, redonnons-lui ses lettres de noblesse et vite car les dangers sont toujours là.

Donnons du sens à la vie politique en nous préparant à vivre dans un monde changeant, dominé par les nouvelles techniques de communication. Monde où les pays émergents se rapprochent à grands pas de ce que les pays développés ont connu, aujourd'hui remis en question.

Et, répétons-le, pour ce faire, dans un véritable débat d'idées, arrêtez cette odieuse et sotte guerre des égos qui brouille un peu plus la compréhension des citoyens.

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