Schengen, nouveau bouc émissaire de Nicolas Sarkozy

Lors du meeting de Villepinte dimanche 11 mars, Nicolas Sarkozy a beaucoup parlé d’Europe pour critiquer ses dysfonctionnements, notamment sur les questions de sécurité : selon le candidat, l'Europe ne sait pas faire respecter ses frontières, et nécessite un « gouvernement politique de Schengen », qui permettrait de « sanctionner, suspendre ou exclure » les Etats membres défaillants, avec pour menace une suspension de la participation de la France à Schengen si les négociations n’aboutissaient pas. Or ces déclarations, aux visées électoralistes évidentes, se révèlent inexactes et incohérentes, et n'auront pour résultat que de braquer nos partenaires européens, comme le détaille cette note.

Synthèse

Dans son discours du meeting de Villepinte, dimanche 11 mars, Nicolas Sarkozy a appelé de ses vœux un « gouvernement politique de Schengen », la possibilité de « sanctionner, suspendre ou exclure » les Etats membres défaillants, laissant planer la menace d’une suspension de la participation de la France à Schengen si les négociations n’aboutissaient pas.

 

Ces déclarations, destinées à s’attirer les voix eurosceptiques, se révèlent inexactes, incohérentes, et irréalistes :

 

- Nicolas Sarkozy affirme que l’Europe ne fait pas bien respecter ses frontières. Pourtant, l’Union européenne est à la pointe de la protection contre les risques migratoires et sécuritaires. Des règles et disciplines communes en matière de contrôle des frontières et de libre circulation existent déjà, de même que des mécanismes permettant temporairement de rétablir les contrôles.

 

- Une réforme de la « gouvernance Schengen » est déjà engagée à Bruxelles dans un contexte où nos partenaires européens craignent des décisions unilatérales qui porteraient atteinte au principe de libre circulation des personnes. Pourtant, le ministre français de l’intérieur, Claude Guéant, n’a pas cru bon de participer au premier débat politique sur la gouvernance Schengen organisé par la Présidence danoise le 8 mars dernier.

 

- On voit mal à quoi pourrait correspondre une « sanction » prise contre un Etat défaillant de l’espace Schengen. Une exclusion quant à elle supposerait une révision profonde des règles de l’acquis Schengen, qui ne prévoit ni possibilité de suspension ni de retrait. Elle nécessiterait un consensus de tous les pays participants, qui, si tel était le cas, devraient redéployer d’importantes forces de police à leurs frontières, malgré un contexte budgétaire contraint.

 

- La menace d’une suspension de la France à sa participation à Schengen relève de la pure rodomontade : la France serait très certainement poursuivie par la Commission pour manquement à ses obligations, et selon toute vraisemblance condamnée par la Cour de Justice de l’Union européenne. Elle offre un exemple déplorable à nos partenaires. Enfin, incohérence supplémentaire, la politique de la chaise vide au sein des enceintes communautaires ne saurait permettre à la France de faire progresser ses idées.

 

- Une telle décision, en remettant en cause la liberté de circulation des Français dans l’espace Schengen, gênerait la vie quotidienne et l’activité de nombre de nos compatriotes, dans le domaine professionnel comme privé. Elle n’aurait aucune efficacité en matière de lutte contre l’immigration clandestine. En la matière, seule une politique de long terme comme celle menée actuellement par l’UE (aide à la Grèce, définition de nouvelles relations avec la Turquie, avec les pays d’origine ou de transit des migrants) peut se révéler efficace.

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