Non contente de vouloir l’interdiction, Madame Hidalgo entend criminaliser le collectif afroféministe MWASI en portant plainte pour discrimination. 

Tout est parti d’une opération de harcèlement orchestrée par le forum 18-25 ans sur le site jeuxvideo.com avec un objectif clair : faire interdire le festival afroféministe en faisant croire qu’il s’agit d’un festival “interdit aux blancs”. Son mode d’action ? Lancer un “raid”, une opération de dénigrement collectif et continu sur plusieurs jours visant notamment, à l’aide de hashtags ciblés, des figures ou supports féministes jugé-e-s dérangeant-e-s et ayant une certaine visibilité sur les réseaux sociaux . Dans le cas du festival Nyansapo, on peut voir plusieurs membres et utilisateurs du forum 18-25 débattre et élaborer le raid du 27 mai sur le forum de discussion du site ainsi que sur la plateforme Discord. Les échanges valent leur pesant d’or : aux considérations sexistes de la plus belle eau et juridico-bricolos, se mêlent des propos ouvertement racistes et même un appel à Henri de Lesquen. Cette figure notoire du twitter raciste a été condamnée récemment pour ses propos négrophobes sur les “congoïdes” et est connue pour la promotion régulière du retour à la pratique de l’esclavage des Noirs en vertu de ses prétendues qualités civilisatrices et domestricatrices. Voilà, donc pour la source première de la LICRA et la maire de Paris.

Entre-temps, la LICRA décide également de dénoncer ce festival prétendument “interdit aux blancs”. La LICRA s’est-elle donnée la peine de lire le programme avant de reprendre une fausse information relayée par des fascistes d’un forum dont le racisme, le sexisme, et l’homophobie ne sont plus à prouver ? Quiconque sait lire et est doté d’un minimum de bonne foi sait que tout ceci n’est que diffamation. Le festival est ouvert à tout-e-s, seuls certains ateliers sont en non-mixité.

La mairie de Paris et la LICRA ont répondu aux vœux de la fachosphère et des élus du Front National en appelant à l’interdiction d’un festival féministe. Notons que la mairie de Paris et la région Ile-de-France financent différents projets et festivals avec des espaces non-mixtes femmes, ce qui dérange ici c’est le fait que MWASI soit une organisation composée de Noires. Ce n’est pas anodin que des espaces réservés aux femmes noires soient vus comme “interdits aux blanc.he.s”, alors qu’il ne sont accessibles ni aux hommes noirs, ni aux membres d’autres communautés.

Cet événement n’est évidemment pas isolé, il ne surgit pas dans un contexte neutre : plus tôt cette année, trois mois avant le désormais discours-marronnier du “barrage au FN” à l’occasion de chaque échéance électorale, un cabaret du 15e arrondissement annonçait fièrement sa rénovation. Le projet aux relents colonialistes et raciste approuvé et bénéficiant de subventions de la ville de Paris a pourtant provoqué la mobilisation de femmes noires se rattachant au mouvement afroféministe autour de son contenu et son nom “Bal Nègre”. Une pétition en ligne, plusieurs jours de présence active sur les réseaux sociaux et une manifestation plus tard, l’établissement était débaptisé. Anne Hidalgo s’était alors gardée de s’exprimer sur la question.

Il y a quelques semaines, l’université de Paris VIII Saint-Denis avait tout fait pour annuler et empêcher la tenue d’un festival féministe anticolonial, en empêchant les étudiant.es en leur refusant des accès à des salles, l’année dernière c’est le Camp d’été décolonial qui était menacé d’annulation et dernièrement un colloque sur l’intersectionnalité..

Nous remarquons que le rassemblement annuel du Front National depuis près de quarante ans en place publique ne suscite pas les mêmes angoisses chez la LICRA et Anne Hidalgo. Partout en France, depuis plusieurs mois déjà, les initiatives identitaires fleurissent avec l’ouverture de bars identitaires à Lille et à Lyon, ville où le mouvement ultra-violent du GUD défile dans les rues sans être plus inquiété. En mars dernier, un article belge mentionnant la tenue d’un camp d'entraînement paramilitaire européen ouvert, cette fois-ci, à tout nationaliste inquiet de la montée du “multiculturalisme”, est passé inaperçu... Tandis que la violence physique à l’encontre des groupes racisés s’organise concrètement faisant redouter dans les mois à venir la multiplication des agressions racistes, on peut s’interroger de l’alignement de la LICRA et la mairie de Paris sur l’agenda de l’extrême-droite.

Cet épisode montre l’alliance objective de l'extrême droite et de la gauche lorsqu’il s’agit de luttes anti-racistes autonomes menées par les personnes racisées.

Nous apportons tout notre soutien au collectif Mwasi qui depuis sa création n’a eu de cesse de poursuivre un combat pour la justice sociale. Ce festival s’inscrit dans ce combat et il serait honteux que Madame Hidalgo l’interdise.

A Bon Entendeur

 

Signataires :

Maboula Soumahoro, enseignante

Clumsy, blogeuse et auteure 

Rokhaya Diallo, journaliste et auteure

Françoise Vergès politologue

Eva Doumbia, metteure en scène

Amandine Gay, réalisatrice

Gerty Dambury, dramaturge

Zahra Ali (SOAS)

Sihame Assbague, journaliste & militante antiraciste

Kiyémis, blogeuse afroféministe

Sharone, Le Kitambala Agité

Alice Coffin, journaliste féministe et  lesbienne

Mrs Roots, auteure 

Sylvie Tissot, professeur de science politique à l'université Paris 8

Many Chroniques, enseignante et militante afroféministe

Gia Abrassart, journaliste

Océanerosemarie, auteure et comédienne

Colonel Nass' 

@Emeutes_ameres 

 @gotttheblues 

 @serenblackity

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