Urgence dans l'Etat...

Aujourd’hui, je suis en colère. Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit car j’ai voulu attendre et observer la tournure que les évènements allaient prendre. J’ai voulu être optimiste, mais comme le disait Georges Bernanos: « l’optimiste est un imbécile heureux ». Alors oui, j’ai été un imbécile. Mais aujourd’hui je ne suis plus heureux de voir notre pays se gâcher, s’assombrir et se fourvoyer à ce point.

Aujourd’hui, je suis en colère. Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit car j’ai voulu attendre et observer la tournure que les évènements allaient prendre. J’ai voulu être optimiste, mais comme le disait Georges Bernanos: « l’optimiste est un imbécile heureux ». Alors oui, j’ai été un imbécile. Mais aujourd’hui je ne suis plus heureux de voir notre pays se gâcher, s’assombrir et se fourvoyer à ce point. Cet article concerne ce dont on parle depuis maintenant plus d’un mois: la constitutionnalisation de l’état d’urgence et la mise en place de la déchéance de nationalité.

Je vais commencer par la déchéance de nationalité qui apparait dans l’article 2 de la révision constitutionnelle. Notre célèbre Manu nous en a fait un sacré soap-opera ! En premier lieu, cet article ne visait que les binationaux, soit environ 3.5 millions de Français, dont je fais partie. Vous comprenez bien qu’une loi qui applique deux justices différentes à deux populations de français « différentes », ce n’est pas très égalitaire. Comment voulez-vous croire en notre devise « liberté,égalité,fraternité » lorsque l’on vous installe une inégalité judiciaire et non-fraternelle entre deux « catégories » de Français? Serais-je moins français qu’un autre parce que je possède une double nationalité? Quelle aberration! Une aberration telle que le gouvernement et son parti se sont littéralement scindés en deux : les pour et les contre. Les « contre » ont dénoncé le caractère abject de cette loi, et Manu se retrouva le cul entre deux chaises: il ne pouvait pas viser tous les français sans distinction car déchoir un français de sa seule nationalité reviendrait à en faire un apatride, et ça pour Manu c’est trop, c’est inadmissible, inhumain et interdit par la convention internationale de 1961, signée par la France. On le voit se lamenter lors des assemblées en faisant culpabiliser les « contre », leur disant qu’ils n’ont pas de cœur de vouloir déchoir tout le monde et créer des apatrides… Mais ta loi de merde est déjà sans cœur Manu! Je me dis que, peut-être, Monsieur Valls va comprendre l’hérésie présente dans l’article 2 qu’il essaie de faire voter, qu’il va ouvrir les yeux sur l’absurdité d’une loi qui – comme lui-même l’indique – est totalement inutile, simplement hautement symbolique. Mais c’était trop d’optimisme … Non, non, plutôt que d’annuler et de vouer aux gémonies cet article, notre « héros national » l’étend à TOUS les français. Oui, vous avez bien lu, tous les français peuvent être déchus de leur nationalité, apatrides ou pas on s’en fout. Mais… et la convention de 1961? On apprend que cette convention a été signée, mais pas ratifiée, de ce fait rien n’oblige la France à s’interdire l’apatridie. Oh….My….God… j’en ai vu de l’hypocrisie dans ma vie, mais comme celle-ci… « Je signe mais ça ne veut rien dire hein? J’ai pas ratifié. » J’essaierai la prochaine fois que je ferai un crédit avec mon banquier, et que je déciderai de ne plus le rembourser: « J’ai signé ton contrat mais je ne l’ai pas ratifié mon pote ! Hé ouais! Allez salut ». Je n’en reviens pas, on nous prend vraiment pour des abrutis. Même Taubira s’en arrache ses tresses et quitte ce gouvernement de guignols qui ne tend plus vers la droite, mais bien vers l’extrême-droite. Allez Manu, je crois que t’as fait le maximum de merde qu’il t’était possible de faire, félicitat….. Quoi?? Tu veux encore rajouter un truc que t’ont soufflé tes amis du Front National? Tu veux que cette loi ne concerne non plus que les crimes, mais aussi les délits tels que l’apologie du terrorisme? Tu veux dire que si quelqu’un affirmait haut et fort qu’il n’est pas Charlie, il pourrait être déchu de sa nationalité et jeté hors de son pays? Ne trouves-tu donc pas que c’est un peu excessif Super-Manu? Bon, si tu veux, j’espère juste que les députés ne voteront pas pour ça, on est en France quand même… Je reviendrai sur l’épisode du vote plus tard.

Je continue avec l’article premier de la révision constitutionnelle sur l’état d’urgence. Cette révision modifie l’article 36 de la Constitution qui n’inclut que l’état de siège à l’heure actuelle. Je vais essayer de simplifier la dérive qu’engendrera cette constitutionnalisation, et d’expliquer en quoi la façon de mettre en vigueur cette loi est antidémocratique. Nous avons un Conseil Constitutionnel en France qui permet de vérifier si les lois adoptées par le Parlement sont conformes à la Constitution. Ce Conseil peut être saisi par le Président de la République, le Premier Ministre, le Président de l’Assemblée Nationale, le Président du Sénat, mais aussi par 60 députés ou 60 sénateurs. Donc si une loi déroge de près ou de loin à la constitution, 60 députés peuvent saisir ce Conseil qui statuera sur un délai d’un mois. C’est un principe démocratique majeur. Lorsque le parlement a discuté de la prorogation de l’état d’Urgence à trois mois en Novembre dernier, notre cher Manuel Valls a demandé aux parlementaires de ne pas saisir le Conseil Constitutionnel, il s’explique : « Je suis dubitatif sur l’idée de saisir le Conseil constitutionnel car il y a toujours un risque. Si le Conseil répondait que la loi révisée est inconstitutionnelle sur un certain nombre de points, cela peut faire tomber 786 perquisitions et 150 assignations à résidence déjà faites ». Je ne sais pas si « dubitatif » est le bon mot, il aurait peut-être mieux fait de nous dire tout simplement : « Je sais que ce que je fais est antidémocratique mais je m’en branle. Si vous saviez tout ce qu’on peut faire grâce à cet état d’urgence, notamment des perquisitions et assignations à résidence inutiles et injustes ». Je reviendrai sur ces perquisitions un peu plus tard. Donc Manu a pris ses grandes aises dans le plus grand des calmes. Personnellement, cette situation m’a faite halluciner. Vous comprenez bien que maintenant que les trois mois sont finis, il ne peut pas se permettre de redemander aux parlementaires d’oublier le Conseil Constitutionnel – qui rejettera sans aucun doute sa loi de merde – ça ne se fait pas, c’est un mec d’honneur et de dignité Monsieur Valls… Alors il a trouvé une parade notre super-héros : qu’à cela ne tienne, il va faire rentrer dans la constitution l’état d’urgence, et au passage il fera un bras d’honneur au Conseil Constitutionnel qui l’emmerde depuis quelques mois. Alors, faites-vous plaisir les 60 députés, saisissez le Conseil, il se pourrait qu’il lui donne raison une fois la loi de révision passée. Il est malin notre Premier Ministre, surtout quand il s’agit de nous la mettre à l’envers.

Mais nos amis les députés n’ont pas saisi le Conseil Constitutionnel, n’ont pas voté pour cette loi, ni même contre, il ne sont simplement pas allé à l’Assemblée… Montesquieu écrivait: « Il est quelquefois nécessaire de changer certaines lois. Mais le cas est rare; et lorsqu’il arrive, il n’y faut toucher que d’une main tremblante ». Avez-vous compris amis députés? C’est « main tremblante » qui est écrit et non pas « main branlante »… on ne s’en branle pas de la Constitution ! Sérieusement, j’ai du mal à croire que pour le vote d’une modification de la Constitution aussi lourde de conséquences, seulement 120 députés étaient présents sur 577. Je sais qu’on en a beaucoup parlé ces derniers jours, mais c’est simplement fou ! La démocratie vole en éclat depuis quelques mois maintenant ! L’état d’urgence et sa prorogation vont donc être constitutionnalisés, je vous met ici un petit extrait : « La prorogation de l’état d’urgence au delà de douze jours ne peut être autorisée que par la loi. Celle-ci en fixe la durée, qui ne peut excéder quatre mois. Cette prorogation peut être renouvelée dans les mêmes conditions. » Oui, vous avez bien lu, il est marqué quatre mois. Quitte à faire durer cet état d’urgence, autant essayer de gratter des mois petit à petit. Joli coup cher gouvernement, joli coup… Sauf qu’à force de nous prendre pour des cons avec des coups en douce, arrivera le moment où le peuple vous exprimera « sympathiquement » son ras-le-bol et vous demandera de constituer une sixième république parce que les ficelles sournoises de la cinquième seront devenues trop voyantes, même pour le peuple « aveugle ».

Alors cet état d’urgence va durer. Mais quel est cet état? Le seul nom fait peur. Malheureusement, son contenu est bien plus effrayant que son simple nom. Sur Wikipédia, on peut lire : « L’état d’urgence est, en France, une situation spéciale, une forme d’état d’exception permettant aux autorités administratives de prendre des mesures restreignant les libertés comme l’interdiction de la circulation ou la remise des armes. Les mesures les plus sévères sont les assignations à résidences, la fermeture de certains lieux, l’interdiction de manifester et les perquisitions de jour et de nuit. Ainsi, il dessaisit la justice de certaines de ses prérogatives. Contrairement à l’état de siège, il n’implique pas les forces armées. » Pour résumer, les forces de police sont maintenant aptes à perquisitionner des domiciles et assigner à résidences des personnes sans véritable motif ou mandat, en court-circuitant le système juridique. Nos libertés sont entravées pour augmenter notre sécurité nous dit-on. Liberté, où es-tu? Nous avons déjà perdu l’égalité et la fraternité, nous n’avions plus que toi… De plus, les forces de police sont autorisées à être armées en-dehors de leurs heures de services. Bref, on nous instaure un climat de guerre. Néanmoins, si cela avait été efficace, nous pourrions nous dire « pourquoi pas » d’une toute petite voix chevrotante. Mais sur toutes les perquisitions faites, très peu, si ce n’est aucune, n’a de lien avec le terrorisme. À croire que cet état d’urgence est juste là pour nous faire chier, nous faire passer d’une démocratie – de ce qu’il en restait du moins – à une sorte de néo-dictature dans laquelle le peuple a juste le droit de bien fermer sa gueule et d’observer le pouvoir magouiller et bafouer ses propres lois. Nice, le 19 Novembre 2015 à 4h30 du matin, une fillette est blessée lors d’une descente du RAID, porte ouverte à l’explosif avec éclats de bois en plein dans la tronche de la petite. Ils sont chauds au RAID, sauf que les rigolos se sont trompés d’appartement, c’était le logement d’à-côté qu’il voulait « visiter ». La police admet une erreur rare et présente ses excuses. Vous avez dit rare? Ce même 19 Novembre, du côté de Marseille cette fois, les policiers perquisitionnent l’appartement d’un homme, le jettent au sol, le lynchent, le menottent et lui demandent « c’est qui le barbu sur cette photo? » et sa femme répond « c’est Léonard de Vinci, c’est pour le devoir de mon fils ». L’homme leur apprendra qu’il était déjà assigné à résidence sur un malentendu depuis 4 jours, pointant trois fois par jour au commissariat en signant « je ne suis pas un terroriste ». Ses enfants sont encore aujourd’hui sous le choc. La palme est à Avignon : le 15 Novembre, un jeune de 21 ans se rase la barbe et sa voisine le dénonce dans un « geste citoyen ». Le seul geste véritablement citoyen aurait été une belle trempe dans sa face. Excusez-moi cette violence, mais elle a dénoncé un jeune innocent converti à l’Islam en utilisant le simple prétexte qu’il s’était rasé la barbe quelques jours après les attentats, tout en sachant que ce jeune est aveugle… Plutôt que de balancer son jeune voisin non-voyant innocent vivant seul, elle ferait peut-être mieux de l’aider dans sa vie quotidienne. Mais la police n’est pas dupe, elle se rend bien compte que ce témoignage ne tient pas la route, qu’il vaudrait peut-être mieux se concentrer sur d’autres affaires plus sérieuses… Ahah non je déconne ! Il est « gentiment » perquisitionné, son appartement retourné, ses objets confisqués (même sa canne !) , assigné à domicile et doit pointer trois fois par jour au commissariat. Il est important de souligner que la durée des ces assignations n’a pas été donnée, il semblerait qu’elles prennent fin en même temps que l’état d’urgence. Je m’arrêterai à ces trois exemples, mais je vous invite à écouter l’émission de France Culture Les Pieds sur Terre qui interviewe certains des nombreux perquisitionnés et assignés à domicile. Je crois que le monde tourne à l’envers actuellement. Mais tout va s’arranger maintenant que le gouvernement a été remanié… Continuez de nous prendre pour des cons, on en reparlera l’année prochaine.

Je terminerai sur un couplet d’un texte qui me tient à cœur, qui date de 2001 ( 15 ans déjà). Je ne citerai pas les auteurs, mais les connaisseurs les reconnaitront et comprendront pourquoi je ne les cite pas:

On est tous solidaire face à la merde à la galère
Sortir la tête de la misère pour que les gens nous considèrent
En tant que citoyens et non en tant que chiens
La France nous ronge à un point
De ne plus avoir confiance en son prochain
Législation conçue pour nous descendre
Frères derrière les barreaux et maintenant
Y penseraient qu’on pourrait se rendre
On n’est pas dupe, en plus on est tous chaud
Pour mission exterminer les ministres et les fachos
Car de nos jours, sert à rien de gueuler, de parler à des murs
À croire que le seul moyen de s’faire entendre est de bruler des voitures
Un putain de système haineux, cramé, mais après tout ça avance pas
Et je sais que ça les arrange si on se bouffe entre nous
Soit-disant démocratie aux yeux d’un peuple endormi
Les droits de l’homme franchement où ils sont passés
Faut faire en somme que ça change et que des frères cessent d’être chassés
En charters c’est nos frères qu’ils jartèrent
Rapatriement, et maintenant la haine coule dans nos artères
Nous faire taire franchement ça serait impossible quand on s’aperçoit
Que la plupart du temps c’est nous qu’ils prennent pour cible

PS: Je vous prie de me pardonner pour mes fautes et ma légère grossièreté dans ce texte. Malheureusement pour moi, émoi et effroi ne font pas bon ménage avec sang-froid, celui qui me permet de me relire, de corriger mes erreurs d’orthographes, de syntaxes, de formes et mes tournures de phrases.

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