Quelle élite ?

Que raconte la méfiance affichée envers les élites jointe à la critique des "corps intermédiaires", succédant au mauvais débat de l'identité nationale? Élite vient de élire; l'élu devrait donc prendre garde que la critique ne s'adressa d'abord à lui!

Que raconte la méfiance affichée envers les élites jointe à la critique des "corps intermédiaires", succédant au mauvais débat de l'identité nationale? Élite vient de élire; l'élu devrait donc prendre garde que la critique ne s'adressa d'abord à lui! Selon le Robert, élite "se dit de ce qu'il y a de meilleur.... personnes considérées comme les meilleures dans un groupe, une communauté..." Partout donc, dans tous les métiers, dans tous les registres du corps social, une élite peut se reconnaître. Le mot n'est en rien la propriété de quelques uns, distingués dans des métiers intellectuel ou des activités de direction. Mais le pouvoir actuel n'a de cesse de pourfendre, sur le terrain de la culture, ce qu'il désigne comme élitaire. Il y aurait donc là un tracé continu : favoriser les possédants tout en se défendant des élites supposées. Se défendre par des mots détournés de leur sens de ce qu'on défend dans la pratique politique réelle. Ce tour de passe-passe permettrait à celui qui s'y emploie d'affirmer un souci égalitaire vide de tout contenu de réalité.
On ne peut se désoler de la crise de l'autorité et pourfendre les élites ou les corps intermédiaires, lesquels sont indispensables au fonctionnement de la démocratie, sans contradiction. Autorité, on le sait, vient de auteur. Faire autorité dans un domaine précis ne peut donc se disqualifier sous le mot, aujourd'hui péjoratif, d'élitaire. Exceller dans une pratique quelle qu’elle soit ne défait en rien le principe générique d'égalité.
Lisons Pierre Rosanvallon dans son introduction à La société des égaux : " Le projet de l'égalité-relation s'était en conséquence décliné sous les espèces d'un monde de semblables, d'une société d'individus autonomes et d'une communauté de citoyens. L'égalité était alors de la sorte pensée comme position relative des individus, règles d'interaction entre eux, et principe de constitution de leur commun..."
Il faut donc qu'un égalitarisme médiocre se substitue, au sein d'une pensée politique dissimulée, au principe exigeant de constitution du commun. L'élite n'est séparée - ce que désigne le qualificatif d'élitaire- que lorsque qu'elle s’autoproclame supérieure en tout, lorsque sa domination économique l'abstrait du commun.
La vertu du théâtre que j'aime est qu'on s'y assemble. Des personnes différentes et semblables se réunissent, elles forment le temps de la représentation, assemblée. Il ne s'agit ni d'élite ni d'élitisme, mais de l'expérience commune dont il résulte accord ou dissension. Aucune assemblée n'a d'identité univoque, aucune assemblée n'est l'addition des "Mêmes". La réunion des identiques forme masse et non assemblée. Pas d'identité fixe ni d'essence mais du commun comme perspective.

Jean-Marie Hordé



 

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