Art, culture et égalité

 

Art, culture et égalité

 

 

 

 

 

 

Qu'on en parle moins ne signifie pas que la question soit close. Bien au contraire !

 

Je veux parler de la démocratisation culturelle et de la dénonciation de son échec par les instances ministérielles elles-mêmes. C'est une chose peu commune quand on y pense, qu'un ministère - celui de la culture - proclame avec une évidente complaisance l'échec de sa politique. Le rapport de Monsieur Lacloche en fut le plus récent récit. Mais nombre de médias reviennent sur ce sujet avec l'appui de statistiques diverses et autant d'avis qui se veulent autorisés.

 

 

 

J'ai écrit Le démocratiseur pour chercher à comprendre quel intérêt politique pouvait se dissimuler derrière la dénonciation de cet échec. Je voudrais ici vous en résumer le propos et, pour ceux que le sujet intéressent, vous renvoyer au texte bref publié aux éditions Les Solitaires intempestifs. De quoi s'agit-il ?

 

Le Ministère de la Culture énonce que malgré les efforts financiers consentis, le nombre de personnes fréquentant les théâtres n'est pas en augmentation. Le pourcentage de la population concernée au cours des dernière décennies serait à peu près constant. Je note cependant que la dite population étant en augmentation régulière, à pourcentage constant, le nombre augmente nécessairement. Mais là n'est pas l'essentiel.

 

Le ministère cherche une explication à cette stagnation, à ce qu'il considère être un échec.

 

La voici : la culture est source d'intimidation. Or, l'intimidation constitue un obstacle à l'accès à la culture. La culture est intimidante, les œuvres (d'art) intimident. C'est donc bien la culture qui est un obstacle à la démocratisation culturelle.

 

Ce que le livre cherche à démontrer, contre l'évidente absurdité de ce syllogisme, c'est que par ce biais s'organise un procès fait à l'art. Au nom d'une égalité figée et abstraite, on rend l’œuvre d'art coupable devant le tribunal de l'égalité. Son accès peut être difficile en effet, ses contenus ne sont pas immédiatement transparents. Il convient donc de l'écarter ; elle entretient une relation inégalitaire entre les uns et les autres.

 

Malraux parlait, lui, de rendre accessible au plus grand nombre (possible) les œuvres de l'humanité. Il ne disait pas « Tous ». Il désignait donc un horizon, un processus indéfini. Lorsque cet élan est réduit à l'immédiateté et le plus grand nombre à tous et chacun, tout obstacle est donc à fuir. Le temps disparaît au profit de l'instantané. Ne reste donc, pour que ce soit « démocratique », qu'à se contenter des produits immédiatement consommables.

 

Ainsi se démontre que seuls les produits du marché sont aptes à répondre à l'injonction égalitaire revendiquée par la République. Ainsi se vide de tout contenu l'exigence qui fut celle du Ministère de la Culture. Lorsque l'on veut tuer son chien....!

 

 

 

Jean-Marie Hordé

 

 

 

cf : Le démocratiseur » (éditions Les Solitaires intempestifs, 2010)

 

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