Le gouvernement grec (re)ferme l'audiovisuel public

Vers 04:20 (heure locale) ce matin les forces de l'ordre (MAT - les CRS grecs) ont forcé l'entrée du Radiomegaro, le siège de l'ancienne radio-télévision publique grecque d'où les ex-employés continuaient à émettre des émissions "pirates".

Vers 04:20 (heure locale) ce matin les forces de l'ordre (MAT - les CRS grecs) ont forcé l'entrée du Radiomegaro, le siège de l'ancienne radio-télévision publique grecque d'où les ex-employés continuaient à émettre des émissions "pirates".

Dernière mise à jour : 20:37 (heure de Paris)

D'après les dépêches des agences et les témoignages des salariés, les MAT ont pénétré dans le siège de l'ex-ERT, afin d'en expulser les salariés, licenciés depuis juin - qui contestaient la fermeture sauvage de l'audiovisuel public et continuaient à émettre via satellite et sur internet. Quatre personnes ont été arrêtées, dont le président de Pospert (syndicat de l'audiovisuel public), le journaliste Panagiotis Kalfagiannis.
Les forces de l'ordre indiquent que l'opération s'est déroulée sans violences, mais des témoignages font part de coups et de l'utilisation de grenades fumigènes. Parmi les personnes violentées se trouvaient aussi des députés du parti de l'opposition SYRIZA. Le député SYRIZA Christos Karagioannidis indique avoir reçu des coups de pied après avoir montré sa carte d'identité parlementaire.

Le porte parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, a annoncé que toute diffusion ultérieure du signal de l'ex-ERT serait jugée illégale et pirate. Il est intéressant de noter ici, que depuis leur création, les chaînes privées qui émettent sur les ondes publiques n'ont jamais payé à l'État les contreparties prévues par la loi pour l'utilisation des dites ondes. Le ministre chargé de l'audiovisuel (et donc de la création de NERIT le nouvel organisme audiovisuel censé prendre la relève en 2014), P. Kapsis, qui avait déjà ouvertement critiqué la gestion du dossier ERT par le gouvernement, ainsi que la fermeture brutale en juin, a annoncé ne pas avoir été mis au courant de l'opération policière. 

Malgré l'expulsion, la diffusion continuait sur internet, avec le soutien de ThePressProject, organisme de presse indépendant et numérique. Un JT est prévu pour 21:00. Une grève des journalistes a été annoncée, de 15:00 à 18:00 (heure locale) et pendant ce temps, malgré la pluie, une foule de citoyens en colère s'est pressée devant le siège, situé à Agia Paraskevi, dans la banlieue Nord-Est d'Athènes, faisant face à une impressionnante ceinture de forces de l'ordre. La circulation sur l'Avenue Messogeion, une des artères les plus importantes est actuellement suspendue. 

Le président du principal parti de l'opposition, le SYRIZA, Alexis Tsipras a annoncé avoir déposé une demande de vote de confiance au parlement, arguant qu'il fallait mettre un terme à la "discréditation" et la "diminution" de la démocratie. Dans sa lettre adressée au Président du Parlement il qualifie l'action du gouvernement comme "autoritaire". Les débats sur le vote de confiance commenceront demain, vendredi 8 novembre, à midi, avec un vote par appel nominal prévu pour le dimanche soir à minuit.
Dans un communiqué de presse, le Parti Communiste grec, KKE, qualifie la décision du SYRIZA de "plan de désorientation du peuple". Il accuse notamment le SYRIZA de reproduire un schéma bi-partiste. Il souligne le fait que le désir de négociation initial, affiché par la coalition ND-PASOK,à propos du mémorandum s'est transformé en nécessité de se conformer au plan imposé par la Troïka, tout comme l'intention affichée au départ par le SYRIZA de refus du mémorandum s'est transformée en désir de négociation.
Le PASOK, un des deux partis de la coalition gouvernementale, a remercié le SYRIZA d'avoir mis en marche cette demande de vote, qualifiant les décisions prises par le parti de l'opposition comme une voie sans issue, à opposer au combat et à la planification stratégique de la coalition gouvernementale pour sortir le pays de la crise.

"La démocratie n'a pas peur des reproches venant de vestiges du passé parce que la loi a été appliquée et un bâtiment public a été rendu au peuple grec", a déclaré le Premier ministre Antonis Samaras. "Pour certains, c'est condamnable que de croire en la Grèce, de croire en des excédents budgétaires, de les créer pour la première fois depuis des années afin de passer de la récession à la reprise de la croissance, de croire à la loi, de résister aux extrêmes." Se référant aux jeunes, il a déclaré: «Notre première obligation est d'inspirer les jeunes, d'inspirer tous ceux qui ont succombé à des slogans prônant la division."

D'après le journal Naftemporiki, les événements de jeudi perturbent aussi les négociations avec les représentans de la Troïka, actuellement présents à Athènes. Leur séjour pourrait être écourté, en tout cas jusqu'à dimanche soir et la fin des débats au Parlement.

 

Théo Koutsaftis 
Cet article est mis à jour régulièrement, n'hésitez pas à rafraichir la page.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.