Varoufakis : « Pourquoi j’ai voté OUI ce soir »

Athènes — Lors de la session parlementaire de la nuit du 22 au 23 juillet, Yanis Varoufakis, l’ex-Ministre des Finances et député grec a voté « oui » au deuxième paquet de « prérequis » pour le début des négociations, alors qu’il avait voté « non » lors du vote du 15 juillet concernant l’accord signé par Alexis Tsipras à l’issue du Sommet de la zone euro du 13 juillet. Dans un article publié juste après son vote sur le site ThePressProject.gr il explique ses raisons.

Yanis Varoufakis à la Vouli

Traduit du grec.

Dans la décision de l’Eurogroupe du 20 février nous avions réussi à ce que le mémorandum (MoU) ne soit mentionné nulle part.

À sa place, en tant que conditions pour une évaluation réussie, il y avait une mention d’une liste de réformes que nous proposions, et qui devaient être déposées trois jours plus tard et être acceptées tout de suite après par les institutions [BCE, FMI et UE, ndt]. 

En effet, le 23 février, avec ma propre signature, notre liste fut déposée. Le week-end entre le 20 et 23 février nous avons travaillé fiévreusement, et nous étions, bien sûr, en communication constante avec les représentants des institutions afin qu’il n’y est pas de complications le lendemain, le 24 février, lors de la visioconférence durant laquelle l’Eurogroupe accepterait, suite à une proposition des institutions, notre liste.

La liste finale que j’ai finalement envoyée aux institutions, tard dans la nuit du 23 juillet, (voir ici [en anglais]) contenait nos priorités à nous (p. ex. affrontement de la crise humanitaire, rétablissement des négociations collectives, changement de philosophie en ce qui concerne la valorisation des biens publiques, non-diminution des retraites complémentaires, etc) et quelques unes de leurs exigences. 

Parmi leurs exigences, pour lesquelles j’avais plaider afin que nous les acceptions en échange de nos propres priorités, il y avait deux mesures sur lesquelles est appelé à voter ce soir le Parlement : (a) Modifications du Code de Procédure Civile (KPD) et (b) Intégration de la Directive 2014/59 de l’UE concernant l’ « assainissement » des banques et des établissements de crédits (BRRD).

Dès cette époque je savais que les modifications du Code de Procédure Civile (KPD) regorgeaient de dangers relatifs aux droits des plus faibles en cas de faillite d'entreprise ou de ménage, et que le mieux que quelqu’un puisse dire à propos de la directive d’ « assainissement » des banques étaient que, sur le fond, c’était un coup d’épée dans l’eau (puisqu’elle assurait légalement les dépôts garantis sans assurer le financement de la caisse qui devait les… assurer). Mais, je jugeais que, dans le cadre d’un accord honnête, si nous devions sauvegarder nos lignes rouges importantes (p. ex. des excédents primaires qui ne dépassent 1%, tout au plus 1,5%, les retraites, les droits du travail, une TVA pas trop élevée), le KPD et le BRRD ne représentaient pas des grandes concessions. C’est pour cette raison que j’ai inclus ces deux prérequis dans notre liste.

Aujourd’hui bien sûr les choses sont complètement différentes.

Aujourd’hui il n’y a plus de liste grecque des réformes dans le cadre d’un accord honnête.

Aujourd’hui il y a une liste dictée dans son intégralité par la troïka.

Aujourd’hui nous nous trouvons dans l’écho récent d’un coup d’état humiliant en lieu d’accord honnête.

En février nous donnions KPD et BRRD pour obtenir des points importants. Maintenant nous donnons KPD et BRRD pour « recevoir » des mesures encore plus empoisonnées dans quelques semaines.

De plus, dans le texte que j’avais envoyé aux institutions en février, je m’engageais « à un nouveau Code Civil » (to a new Civil Code) et non bien sûr au Code Civil qu’ils nous dicteraient eux. Et je n’aurais jamais imaginé que notre gouvernement accepterait la procédure d’urgence, refusant (sous les ordres de la troïka) toutes les modifications, annulant essentiellement le Parlement. [i]

Mercredi dernier [15 juillet, ndt] je n’avais pas d’autre choix que celui d’un NON puissant. C’était mon « non », qui est venu s’ajouter au 61,5% de nos concitoyens, en capitulation fondée sur la logique de la non existence d’alternative (la célèbre TINA – there is no alternative), logique que je rejette depuis maintenant trente cinq ans et sur les quatre continents sur lesquels j’ai habité. Aujourd’hui, ce soir [mercredi 22 juillet, ndt] les deux mesures que j’avais moi-même proposé en février viennent à la Vouli d’une façon inimaginable pour moi à l’époque et qui ne nous rend pas honneur en tant que gouvernement SYRIZA.

Comme je l’ai cependant expliqué dans un article récent dans l’Efimerida ton Syntakton [Journal des Rédacteurs, journal de gauche, ndt] avec pour titre « Pourquoi j’ai voté contre », mon but est, malgré mon désaccord fondamental avec nos manœuvres post-référendum, le maintien de l’unité de SYRIZA, le soutien d’Alexis Tsipras et le soutien d’Euclide Tsakalotos. Aujourd’hui donc je vote OUI pour deux mesures que j’avais moi-même proposé, quoique sous des conditions radicalement différentes.

Je suis, malheureusement, certain que mon vote n’aidera pas le gouvernement dans notre but commun. Et ce parce que l’Accord du Sommet de la zone euro, dans laquelle s’incluent les deux mesures de ce soir, est conçu pour échouer. Mais je donne ce vote à mes camarades avec l’espoir qu’ils gagneront du temps afin que, tous ensemble unis, nous préparions la nouvelle résistance à l’autoritarisme, à la misanthropie et à l’accélération et approfondissement politiquement motivés de la crise.

_____________

[i] Ce matin [mercredi 22 juillet, ndt], lors du Comité d’Affaires Économiques de la Vouli, dans lequel je participe, j’ai constaté que pas un seul député n’était d’accord avec le nouveau Code de Procédure Civile, y compris le Ministre de la Justice. C’était un triste spectacle.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.