Le rôle des partis dans la présentation du FN comme unique opposant

Dans ce billet, je vais tout d’abord rapidement revenir sur le rôle des médias dans la mise en avant du FN, puis je présenterais surtout celui des partis politiques : en particulier comment le PS et le l’UMP ont grandement participé à légitimer ce parti.

 

Avant tout, je préfère préciser que je ne nie pas que les médias ont grandement participé à la mise en avant du Front national, mais que ce n’est pas cela que je souhaite mettre le plus en avant :

Certes, il y eut une omniprésence de l’unique question du FN dans les médias : celle de l’immigration ; elle ne parait pourtant pas centrale dans la situation actuelle. En tout cas pour cela, les médias ont réservé lors de chaque débat une grande partie du temps pour débattre de ce thème, alors que le sujet de l’environnement n’avait que de rare question qui lui était consacrée. Le cas de ce second semble pourtant beaucoup plus inquiétant que celui d’empêcher l’immigration... Évidemment, il n’était jamais question de la mort des immigrés essayant de venir (en moyenne 800 morts par an[1] ), mais comme ils le disent : « ce n’est pas les immigrés le problème, c’est l’immigration ».

 

 

Mais venons à notre sujet, le rôle des partis politiques dans tout ceci, plus particulièrement celui du PS et de l’UMP :

 

Comme les médias, le PS et l’UMP se sont laissé beaucoup de temps pour parler du FN au court de nombreux de leur meeting ou débat. Ainsi les personnes qui voyaient ceci ont pu remarquer qu’ils le plaçaient comme seul ennemi. Jamais le Front de Gauche, EELV, UDI-MODEM, etc. ont eu le droit, ou même le privilège, d’être présenté comme ennemi direct de ces partis. Si on parlait d’eux, c’était plutôt comme des détracteurs, qu’en tant que réels adversaires.

J’ai demandé ce qu’ils en pensaient à des militants des MJS (Mouvement jeunes socialistes) et ils m’ont simplement dit que : « en même temps EELV ça a rien à voir avec le FN ». Ceci est indéniable, mais par exemple EELV a un projet bien différent de celui du PS qui prône « une nouvelle croissance ». Le PS, EELV et le FN sont tous les trois des partis bien distincts. La preuve EELV a préféré partir du gouvernement, comme il y avait trop de discordance entre leur objectif et ceux du PS.

 

Le fait qu’ils n'aient parlé que du FN n’est pas sans conséquence. Les gens, qui ne peuvent pas forcément chercher des informations par des moyens alternatifs, ont pu voir que les attaques incessantes du PS et de l’UMP (les partis depuis des années au pouvoir) étaient dirigées contre un seul et unique parti : le FN. Peut être alors, il y eut une impression que seules deux alternatives s’offraient à eux : voter pour les mêmes partis que d’habitude, pourtant aujourd’hui très controversés, ou bien voter pour le seul ennemi présenté : le FN.

Le PS et l’UMP ont eu très surement conscience de cela et ont certainement préféré renforcer le FN, plutôt que de prendre le risque de perdre encore plus de voix. Ils ont alors pris la décision de ne pas présenter les autres partis comme ennemi et ainsi faire croire qu’aucune alternative n’était possible à part le FN. Les projets du Front de gauche et EELV étaient balayés de suite, car ils étaient dits irréalisables, sans pour autant qu’il n’y ait plus d’argumentation que cela. Il restait donc le choix aux personnes soit de voter pour un parti présenté comme facho, impression laissée par sa diabolisation ; ou bien pour des partis controversés, mais qui donnent l’impression d’être toujours mieux que ce premier choix. La troisième solution, celle de voter pour des partis montrés comme idéalistes, et d’ailleurs surement perçus comme des sous-branches du PS, n’était même pas envisagée : autant voter pour la majorité que pour une de ses sous-branches minoritaires. C’est surement cette stratégie qui a permis de créer une représentation négative autour de ces plus petits partis, et donc de leur faire perdre des voix aux élections européennes.

Les personnes ayant votées FN ne sont donc surement pas que des racistes, etc. Mais juste des personnes déçues par ce qu’a fait l’UMP-PS, et qui n’ont pas vu qu’il y avait d’autres solutions que le FN.

Mais si ces 2 partis majoritaires avaient aussi fait passer les autres partis minoritaires comme des adversaires. Les personnes n’auraient plus eu que ces 2 choix : celui de voter pour des fachos ou celui de voter pour les 2 gros partis ; mais un troisième choix serait apparu comme crédible : celui de voter pour un projet alternatif bien différent que celui proposé par les 2 partis au pouvoir. Ils n’avaient donc pas d’intérêt et au contraire tout à perdre à présenter les autres partis en ennemis, car entre : parti de facho, parti ayant de l’expérience au pouvoir, mais controversé, et parti avec projet alternatif, le choix est surement assez rapide.

Finalement, nous pouvons remarquer qu’une attaque est parfois largement plus bénéfique pour un parti, que dire qu’on est en accord avec ses idées.

L’UMP et le PS ont surement très bien compris cela, et ont utilisé ce procédé de décrédibilisation de l’adversaire en le considérant tout simplement pas comme tel, ainsi ils ont pu éviter que les personnes se tournent vers des partis alternatifs. Cela avec le risque évidant de donnée une plus grande légitimité au FN...

La question est maintenant de savoir jusqu’à où seront prêts à aller l’UMP et le PS pour survivre ? Ont-ils compris que ne légitimer que le FN ne semble pas du tout une bonne solution ?

 


 

 

Je n'ai pas parlé de la réappropriation des solutions du FN par l’UMP, car c'est un sujet que j’ai souvent vu, pour la même raison je n'ai pas non plus parlé de la diabolisation du FN.

 

 


[1] Philippe Coindreau, Patrick de Gramont, Bernard Metz, L'Immigration illégale : enjeux de sécurité intérieure et extérieure pour l'Europe, éditions des Riaux, 2007

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