théo rifumeuse
Abonné·e de Mediapart

17 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 janv. 2014

Les députés européens : copinage ou compétence ?

théo rifumeuse
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En mars 2014 nous allons être appelés aux urnes dans le but d’élire nos députés européens, ces vénérables politiques français sensés représenter la France auprès des instances européennes.

J’ai bien dit sensés, parce qu’au vu de leur motivation, de leur présence effective et de leurs résultats, on est aujourd’hui en droit de se demander si ils servent vraiment à quelque chose.

Alors, le 1er réflexe serait de dire : supprimons-les, ils nous coûtent une fortune et ne fichent rien. Ce serait un raccourci un peu facile. Outre le fait que notre contribution aux institutions européennes ne changerait pas, c’est un peu mettre tout le monde dans le même panier, sans tenir compte des différences et des réalités.

Alors regardons d’un peu plus près le mécanisme de nos députés. C’est là que le bât blesse !

Contrairement à nos homologues européens qui favorisent la compétence et la longévité chez leurs élus communautaires, nous autres, français, nous avons opté pour les petites magouilles entre amis et le recyclage.

Oui, le recyclage ! Il n’y a qu’à voir les empoignades liées à la préparation des listes, et cela dans tous les partis, droite et gauche confondus. Il n’y en a décidément pas un pour rattraper les autres.

Il faut dire que la place est enviable. Le salaire de base est de 7339€ bruts, augmenté d’une indemnité de 3980€ et d’une indemnité de présence au parlement d’une moyenne de 3408€. Un confortable 14727€ mensuel. Je veux bien devenir député européen moi…

Effet pervers de cette indemnité de présence : des députés qui viennent pointer le matin et repartent.

Messieurs et Mesdames les ouvriers et employés du privé, tentez donc lundi matin d’aller pointer et de repartir. Vous verrez à quel point votre hiérarchie vous racontera le reste. Vous avez gagné un aller simple pour… pôle emploi !

Il est possible de répudier un député ?

Toute plaisanterie mise à part, les élections européennes sont l’histoire d’une histoire récurrente au rythme d’une fois tous les 5 ans.

Pendant les quelques mois précédant ces élections, tout le microcosme politique parisien se passionne pour les listes électorales, cherchant à qui mieux mieux comment imposer les petits copains ou les futurs retraités, voire les battus des élections précédentes.

Les questions existentielles actuelles : Nadine Morano retrouvera t-elle un siège, ou Rachida Dati conservera t-elle le sien ? C’est vrai que c’est d’une importance capitale.

Le problème de ces petites procédures est que cela prive la France de parlementaires réellement investis et efficaces, en plus d’être compétents.

Des députés PS comme Liem Hoang-Ngoc, Françoise Castex et Bernadette Vergnaud ne sont pas reconduits, et cela malgré leur engagement et leurs compétences. Ils sont parfaitement légitimes, présentent toutes les qualités, mais ne pèsent pas assez lourd dans leur parti.

Le 1er fait les frais du leader de l’aile gauche du parti, la 2de doit laisser sa place à une élue du PRG en vertu des accords signés par le PS, et la dernière étant en froid avec la présidente de Poitou-Charentes, elle devra laisser sa place à une proche de cette dernière.

Au jeu des chaises musicales, vous êtes légitimes mais vous avez tout faux.

Encore une fois, les partis distribuent les places disponibles en fonction des logiques d’appareil et non de la compétence et de l’influence des postulants à Strasbourg et Bruxelles.

En 2010 une note de la Fondation Schuman montrait que seulement 11 eurodéputés avaient une fonction de coordinateur contre 30 pour l’Allemagne et 34 pour l’Angleterre. Le rôle de coordinateur est pourtant déterminant dans la mesure où ils fixent la position de leur groupe politique au sein de chaque commission.

Cet état de fait n’est pas un hasard.. Un tel poste n’est attribué que si vos collègues estiment que vous en avez les compétences techniques et que vous êtes capables de traiter vos pairs avec autorité et diplomatie.

Jean Paul Gauzès, eurodéputé  et coordinateur du Parti Populaire Européen au sein de la commission des affaires économiques et monétaires depuis2008, aœuvré pendant 10 ans au sein du comité de direction de la banque Dexia. Un gage de confiance pour ses collègues au moment de le nommer à la commission en pleine crise financière.

Son profil de technicien expert fait presque figure d’exception dans la délégation française, au contraire de ce qui se pratique outre rhin ou outre manche. Chez les Tories comme à la CDU on envoie des personnalités incontestées dans les domaines importants pour leurs pays.

L’échelle de la célébrité bruxelloise est inversement proportionnelle à celle de Paris. Alain Lamassoure ou Pervenche Bérès sont des stars alors que Rachida Dati, Vincent Peillon ou les Le Pen font figure de cancres invétérés.

En France la classe politique n’est préoccupée que par Paris et considère le parlement européen comme une piste d’envol.

C’est pour cette raison que les têtes d’affiches françaises tombent de haut en débarquant en terre européenne. R. Dati s’est proprement faite détester de ses pairs en se prévalant de son statut d’ancienne ministre pour exiger un poste clé. Résultat : elle s’est faite retoquer !

Les Allemands ont une classe politique européenne très expérimentée et ils la font durer. 8,6 ans de mandat en moyenne pour seulement 5,9 pour les Français. Cette constance est très efficace au Parlement Européen car ils connaissent ainsi parfaitement l’administration et détiennent des réseaux d’influence considérables.

En Allemagne les partis prennent en compte les bilans des eurodéputés, contrairement à la France. Cela a pour effet que, en France, tous bords confondus, les députés les plus méritants voient arriver la période de constitution des listes avec une certaine angoisse.

Gilles Savary, pilier du Parlement Européen pendant 10 ans en a fait les frais en 2009 :

«Mon éviction était due au simple fait que je n’avais pas suffisamment joué les courtisans. J’étais beaucoup trop souvent occupé à Bruxelles pour légiférer et défendre les intérêts de la France, et insuffisamment à Solférino pour m’y faire valoir.»

A force de ne pas reconduire ses députés méritants et d’envoyer à Bruxelles des candidats uniquement intéressés par le statut et les confortables indemnités associées que par les questions européennes, la France a et continue de saborder son influence au Parlement Européen.

On demande aujourd’hui aux Français de valider des représentants sans compétences sous prétexte qu’ils sont bien introduits dans les bureaux politiques nationaux.

Quel choix avons-nous vraiment ?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Discriminations
En Haute-Loire, au « pays des Justes » : la rumeur et les cendres
Le village de Saint-Jeures, réputé pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre, n’est pas épargné par l’islamophobie. Quand Yassine, un jeune chef d’entreprise à son aise, décide d’y faire construire une maison et d’installer sa famille, les pires bruits se mettent à courir. Jusqu’à l’incendie.
par Lou Syrah
Journal — Extrême droite
Les « VIP » de Villepinte : l’extrême droite et la droite dure en rangs serrés
Parmi les invités du meeting de Villepinte, des responsables identitaires, des anciens d’Ordre nouveau et du Gud et des royalistes côtoient les cathos tradis de La Manif pour tous et les transfuges du RN et de LR. La mouvance identitaire s’apprête à jouer un rôle majeur dans la campagne.
par Karl Laske et Jacques Massey
Journal
Verlaine Djeni, le drôle d’« ami » de Marine Le Pen et Rachel Khan
La candidate du RN et l’écrivaine macroniste ont déjeuné ensemble au domicile de la première, en avril 2021. Les deux femmes ont été mises en relation par ce blogueur d’extrême droite, ancien militant LR, condamné pour détournement de fonds publics.
par Michel Deléan
Journal — Migrations
Un passeur algérien raconte son « business » florissant
En 2021, de nombreuses personnes ont tenté de quitter l’Algérie et rejoindre l’Europe par la mer, débarquant à Almeria, Carthagène ou aux Baléares. Dans le sud de l’Espagne, Mediapart s’est s’entretenu longuement avec un de ces « guides » qui déposent les « harraga » (exilés) en un aller-retour. 
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
Une constituante sinon rien
A l’approche de la présidentielle, retour sur la question de la constituante. La constituante, c’est la seule question qui vaille, le seul objet politique qui pourrait mobiliser largement : les organisations politiques, le milieu associatif, les activistes, les citoyens de tous les horizons. Car sans cette réécriture des règles du jeu, nous savons que tout changera pour que rien ne change.
par Victoria Klotz
Billet de blog
Et si nous avions des débats constructifs ?
La journée internationale de l'éducation de l'UNESCO, le 24 janvier, est l'occasion de rappeler que les savoirs et expertises de toutes et de tous sont essentiels pour nourrir les conversations démocratiques.
par marie-cecile naves
Billet de blog
Le convivialisme, une force méta-politique
Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron... Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes. Les idées circulent, le convivialisme joue donc un rôle méta-politique. Par Alain Caillé.
par Les convivialistes
Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener