Nous ne sommes pas en guerre!

Symptomatologie d’une crise sanitaire sous l’œil d’un psychologue citoyen

J.A.D.Ingres. 1818. François Iᵉʳ reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci J.A.D.Ingres. 1818. François Iᵉʳ reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci

Depuis le début de la crise sanitaire nos gouvernements paraissent réciter un énoncé aussi froid qu’il paraît dénué de créativité : confiner, vacciner, tracer, tester, isoler. Des formulations robotiques qui interrogent : va-t-on survivre longtemps à cette caricature de mesures prétendument humanistes, à ce prêt-à-penser ?

Cette idée fixe, qui croit faire du vaccin et du confinement la politique sur mesure destinée à nous libérer d’un virus, semble aussi artificielle que celle de l’homme souhaitant rattraper, isoler et contredire la rumeur qui court le concernant : une démarche qui verrouille tout, tout le monde, tout le temps, et qui mène droit à l’épuisement par la frénésie du contrôle qu’elle impose impuissamment.

Les psychologues le savent ; après un accident, il est souvent inutile voire préjudiciable de fournir systématiquement et à tout prix, un entretien psychologique pour chaque individu. Il est beaucoup plus adapté et bénéfique de se montrer disponible et accessible pour quiconque en exprimera opportunément cette fois la demande; immédiatement ou plus tard. Cette idée de rendre l’individu pleinement sujet de son besoin a disparu des radars de la politique sanitaire actuelle. 

Au lieu de confiner tout le monde, il eut été préférable de mettre à disposition des plus fragiles un dispositif dédié et à leur demande : en finançant leur confinement, en encadrant juridiquement leur droit au télétravail, aux services à domicile, voire à un arrêt maladie de nature préventive, en octroyant sur attestation médicale ce statut de personne fragile, en développant enfin la recherche et le remboursement de masques hautement sécurisés. 

Il est temps de découper le problème en plus petits morceaux, de passer d’une politique générale à une politique locale et surtout de garder à l’esprit que ce sont les plus fragiles qui restent au centre de cette politique. Enfin, au lieu de tester tout le monde, tout le temps, il semble judicieux d’investir dans la recherche et le développement de tests-flash disponibles à domicile ou au laboratoire du coin. Avant d’aller voir un proche fragile, un test salivaire ou par écouvillon, peut nous permettre de revoir nos prévisions. 

A mesure qu’on recentre la politique de santé sur une population précise, celle des personnes fragiles demandeuses, il est de nouveau possible de miser sur des vaccins non plus pour tous, mais pour cette même population, de protéger à la demande plutôt que de contraindre indistinctement, et surtout, de renouer avec l’investissement en direction du soin et de l'hôpital, laissés pour compte des politiques actuelles et passées. 

Tests flash, financement du statut de personne fragile, développement des médicaments pour soigner plus efficacement les cas déclarés plutôt qu’uniquement vacciner, aide financière aux hôpitaux et surtout remise au centre d’une population vulnérable; voici une amorce d’orientation politique alternative aux mesures globalistes et dénuées de nuances que nous entendons jours après jours dans nos médias.

Il faut des mesures plus locales. Tout comme les normes de la loi travail ont pu être inversées, il faut repenser une politique sanitaire partant de l’intéressé. L’enjeu est de taille : elle permet de remobiliser une action nationale solidaire, pour la protection des plus fragiles, et de préférer à la sanction, au blâme et à l’infantilisation, un mouvement mobilisant le citoyen dans son devoir d’aide aux personnes concernées.

On me rétorquera : “il est inhumain de faire porter aux individus vulnérables le fardeau de la crise durant une période indéterminée”. C’est précisément ce que les choix politiques infligent aux individus qui paient actuellement le prix de la crise. Je répondrai simplement que les plus vulnérables n’ont pas attendu le coronavirus pour être sujet de leur vulnérabilité, pour assumer avec humilité l’impuissance qu’elle suppose. Une chose seulement a changé aujourd’hui : les yeux de nos gouvernants ne peuvent plus se détourner de cette vulnérabilité, encore moins de la mort. Les métiers du soin nous renseignent implacablement sur la nature de l’humain confronté à celle-ci: quand les yeux impréparés ne peuvent plus la dénier, c’est alors l’action qui cherche coûte que coûte à la contrôler. Ainsi gouverne notre impuissance et notre détresse: ultimes tentatives de contrôler, de maîtriser, au prix du malheur, de l’acharnement, et paradoxalement au nom de ces plus fragiles, sans s’être soucié pourtant qu’existe ou non chez eux, la demande que nous agissions ainsi en leur nom.

L’enjeu est humaniste au plus haut point : recentrer véritablement l’homme au coeur de la crise, rendre à celui ci sa souveraineté face à sa vie, à sa mort, à sa demande d’assistance et redonner à son prochain la responsabilité de respecter des mesures solidaires, plus que barrières, même si le non-respect de celles-ci devrait rester légalement répréhensible. Si l’effort doit être commun enfin, cette remise au centre de la personne fragile, selon une prise de conscience honnête, sans faux-semblant et sans fausse pudeur, permettra aussi que le combat ne pèse pas uniquement sur nos frères et sœurs, ceux-ci relégués aux soupes populaires faute de petits boulots ou ceux-là au contact quotidien de notre peuple ; acteurs des lieux de rencontre et de culture, bars de jour ou de nuit, restaurants, fausses cibles d’autant plus injustement visées que les individus fragiles n’ont jamais réclamé que quiconque devienne porte symptôme en leur nom. 

Enfin, relocaliser un débat dont les tournures prises sont devenues complotistes avant même de pouvoir en incriminer les tels nommés : y’a t’il besoin de rappeler le tort porté à la pensée d’État par la présence d’un Benalla en faction civile parmi la population? Laissez les faux débats au recoin de la modestie. Il n’y a nul besoin d’évoquer une obligation vaccinale nationale, d’envisager la ségrégation des individus non vaccinés hors des lieux publics, ou bien encore de parler de guerre lorsque contrairement à la politique actuelle, nos soldats ont quant à eux toujours accepté de mourir pour défendre un modèle de société, de liberté et non de s’ériger coûte que coûte contre de nouvelles morts, comme l’ont fait dans l’histoire les tenants de la défaite. 

Nous ne sommes pas en guerre. Nous devons soutenir, créer, innover, nuancer, pour préserver la vie. Rendre leur souveraineté aux plus fragiles, rendre la souveraineté aux dispositifs soignants, aux innovations pour le soin plutôt qu’aux mesures barrières, coercitives, dénonciatrices et systématiquement vaccinales, technocrates et hygiénistes. Nous ne sommes pas en guerre: l’agitation est celle des gouvernants qui ont peur de voir la mort, la boue est celle des stigmates de leurs politiques policières, anti islamistes et mal opportunes qui laissent orphelines des consciences déjà affaiblies et désunies. Les paysages malheureux sont ceux de la société de ronds-points que les seuls soucis économistes de manager-technocrates, loin des hommes d’État véritables, croient préférables aux réels paysages de la Vie.

Réveillez vous. La mort est aussi ce qui donne sens à la vie. Si vous étiez en guerre, vous clameriez aux autres la nécessité de vivre. Nous ne sommes pas en guerre, alors apprenons à vivre dignement, courageusement, solidairement et sans faux-semblant avec le spectre de la mort.

Par delà les mesures barrières, puissent ces propos solidaires, réussir à vous toucher.

 

Théophile Megny-Marquet

Psychologue - Psychothérapeute

Service de Santé au Travail - AURA

Groupement d'Aide et de Soutien - BOURGOGNE-FC

Formateur en École de Travail Social- AURA

 


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Le risque d'une posture de victimisation de la société face au covid : https://www.psychologie.ch/fr/nous-ne-sommes-pas-en-guerre

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