Pourquoi j'ai fait grève mardi 18 juin 2019

Depuis lundi 17, début des épreuves du Bac des professeurs sont en grève au Lycée de Pézenas et la mobilisation ne faiblit pas. Voici un article d'un collègue.

Pourquoi je serai en grève.

D'abord parce qu'il y a de bonnes raisons pour cela; je ne reviendrai pas dessus... et ce n'est pas fini: la réforme de la fonction publique et celle des retraites arrivent. C'est un choix de société qui est en jeu: quelle école ? quel hôpital ? quels services publics ? Face à ces attaques, être en grève c'est de la légitime défense.

Ensuite parce que nous avons prévenu de longue date que nous ferions la grève pendant les examens si nous n'étions pas entendu. La seule réponse qui nous a été donnée, c'est le silence et le mépris, que ce soit le DASEN à notre niveau ou le ministre plus globalement. Face à ce mépris, être en grève c'est être cohérent dans notre démarche collective.

Troisièmement parce que nous ne prenons en otage personne, contrairement à ce que l'on va entendre inévitablement. C'est tout l'inverse; si nous sommes mobilisés, c'est d'abord pour les élèves (en refusant le tri social, géographique, parcoursup, etc.) Nous ne souhaitons pas empêcher la tenue des examens. Un préavis a été déposé par une très grande majorité de syndicats. Charge à notre administration de s'organiser pour que les épreuves se déroulent normalement en notre absence. Ne nous laissons pas emmener sur le terrain de la culpabilité et de la mauvaise conscience.

J'ajouterai que la grève du bac n'est pas une finalité en soi. Il y a probablement peu à gagner à court terme, peut-être quelques miettes sur les réformes déjà quasiment adoptées. En revanche, c'est donner un signal pour l'avenir. Si nous reculons maintenant, nous ouvrons un boulevard pour les réformes à venir. Jusqu'à présent les mobilisations ont été peu audibles; nous avons l'occasion de nous faire entendre, de poser les questions et les problèmes publiquement. J'irai même jusqu'à penser que nous sommes attendus au tournant sur cette décision - assez inédite il faut dire - d'être en grève pour le bac. Il y a un enjeu symbolique, médiatique et donc politique.

Enfin, pour moi, c'est presque une question de dignité. Cela fait 20 ans que j'enseigne. Nos conditions de travail, nos salaires, la manière dont nous sommes considérés, le fonctionnement de l'école en général, ne cessent de se dégrader, lentement mais sûrement. Nous sommes placés dans des conditions qui ne nous permettent pas de faire correctement notre travail; cela devient insupportable de ne pouvoir faire que mal un métier que j'aime.

Comme disait le personnage d'un film: "C'est l'histoire d'un type qui tombe du 20ème étage. A chaque étage, il se répète: jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... Mais ce qui compte ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage".

B.

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