Thibaud Eychenne
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Billet de blog 18 avr. 2020

Imposer le service national universel est un non-sens

Ce n’est pas la jeunesse qui cherche à fuir la mixité et l’engagement, ce sont les classes favorisées, estime un collectif d’associations de jeunes dans une tribune au « Monde ». Il n’est pas juste de lui faire porter ces problématiques sociétales.

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Tribune du collectif jeune Stop SNU parue le 29 octobre 2018 dans le Monde.
Le gouvernement actuel déplore un manque crucial de brassage social et territorial et d’engagement au sein de notre société. Problématique à laquelle il souhaite répondre par un service national universel (SNU) imposé à chaque jeune. Pour nous, le SNU est une mauvaise réponse à des vraies questions. Une mauvaise traduction des concepts d’« engagement », de « mixité » et de « citoyenneté ».

Nous aussi, associations de jeunesse, partageons l’idée que notre société souffre de ségrégation, de l’absence de rencontres, de solidarité et de gestes gratuits. Oui, il y a urgence à agir et à repenser notre manière de faire société. Nous voulons coconstruire et coporter l’idée d’une société ouverte, construite sur des mixités, de la gratuité, des solidarités et de l’attention portée à l’autre. Effectivement, ces enjeux dépassent le cadre de la jeunesse. Si le gouvernement veut travailler sur une universalité, nous y sommes prêts.

Aujourd’hui, le projet présenté et quasi définitif n’est pas universel. Il assigne à une tranche d’âge de porter ces problématiques sociétales. Par un internat imposé de quinze jours ou un mois, le SNU entend apprendre aux jeunes de 16 à 25 ans la citoyenneté, la mixité et l’engagement. Mais par ce dispositif imposé uniquement aux jeunes, le gouvernement fait une lecture bien simpliste du défi ! Nous le répétons : la contrainte n’est pas la réponse. L’engagement ne peut être que volontaire. L’imposer est un non-sens.

Une carence de politiques publiques

Si notre pays souffre d’une absence de brassage social et territorial, c’est que nous manquons de politiques publiques permettant à l’ensemble de la population de se rencontrer. L’enjeu des mixités ne peut et ne saurait être porté par la jeunesse seule. Les travaux de la Fondation Jean-Jaurès et de Thomas Piketty montrent que ce n’est pas la jeunesse qui fuit les mixités, mais les classes favorisées.

Nous pensons que c’est à l’ensemble de la population de reconstruire nos communs, nos solidarités. Notre société doit, dès l’école, permettre et imposer la rencontre entre les personnes quels que soient l’âge, le territoire, le genre, l’origine, la classe sociale, la situation de santé, la sexualité ou le handicap. L’obligation doit être par tous et pour tous.

L’Etat doit s’obliger à mettre les moyens pour permettre de construire ces mixités, ces rencontres, ces échanges, bref, de l’ouverture, de l’égalité et de la fraternité. De nombreux dispositifs existent déjà aujourd’hui, mais sont sous-financés, voire carrément précarisés. Plutôt que d’investir entre 1 et 2 milliards d’euros dans le SNU, valorisons et soutenons les mécanismes existants (associations culturelles, sportives, de jeunesse, écoles, colonies, classes vertes, etc.).

Monsieur le président, nous sommes déjà engagés ! S’engager, mais s’engager pour quoi et pour qui ? Pourquoi l’Etat impose-t-il à une tranche d’âge de s’engager, alors que les jeunes s’impliquent déjà fortement dans la vie associative, syndicale, politique ou militante ? Des formes d’engagement singulières et bien souvent peu reconnues. S’il existe des jeunes loin de toute forme d’engagement, ce n’est pas en les forçant qu’ils s’engageront davantage. Et quand jeunesse rime avec précarité, comment s’engager bénévolement si on ne sait pas comment finir le mois ?

Permettre aux jeunes de s’engager autrement

Pour reconstruire du lien, du brassage social et territorial, pour permettre aux jeunes de s’engager et à la place d’un SNU, nous proposons de :

– Développer les espaces permettant aux jeunes d’accéder et de connaître leurs droits : droits sociaux, droit du travail, droit individuel et collectif ;

– Penser et construire une école permettant les mixités, l’accueil universel de chaque enfant et jeune, ce qui passe par la refonte de la carte scolaire mais aussi des transports adaptés et des pédagogies inclusives, ouvertes et participatives ;

Nous proposons aussi :

– Le développement et l’accès pour tous et toutes (y compris par un soutien financier) à des formes d’engagement européen et international existantes : Erasmus +, volontariat de solidarité européen, etc. ;

– La reconnaissance et valorisation des engagements politiques et citoyens de la jeunesse : un planning scolaire allégé, des moyens humains et financiers débloqués pour l’accompagnement d’enfants et de jeunes ;

– La construction d’une politique publique autour des colonies de vacances, des centres de loisirs et des classes de découverte permettant la rencontre et le faire ensemble de groupes et de classes issus de territoires différents ;

– Une attention et une écoute des revendications portées par les associations de jeunesse, pas uniquement des consultations de forme ;

– Une valorisation forte de l’engagement des jeunes dans le sport, la culture et l’animation locale.

Ainsi, plutôt qu’un SNU, nous voulons des politiques publiques coconstruites !

Signataires : Louis Boyard, président de l’Union nationale des lycéens (UNL) ; Aline Coutarel, présidente par intérim du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) ; Jacques Dupoyet, président de l’Association pour la formation des cadres de l’animation et des loisirs (Afocal) ; Thibaud Eychenne et Claire Jacquin, co-animateurs des Jeunes Génération-s ; Théo Garcia-Badin, président des Jeunes écologistes ; Lilâ Le Bas, présidente de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) ; Lola Mehl, présidente de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ; Pierre Msika, président des Eclaireuses et Eclaireurs unionistes de France (EEUDF) ; Marie Mullet-Abrassart, présidente des Scouts et Guides de France (SGDF).

Avec le soutien de : Magali Bacou, sociologue, chargée d’études et coordinatrice pédagogique à l’Institut régional du travail d’Occitanie ; Jean-Marie Bataille, chercheur en sciences de l’éducation ; Hugues Bazin, chercheur en sciences sociales, Laboratoire d’innovation sociale par la recherche-action ; Laurent Besse, maître de conférences en histoire contemporaine, IUT de Tours, Carrières sociales ; Christophe Blanchard, maître de conférences, laboratoire Experice ; Jean-Michel Bocquet, Collectif Camps Colos ; Véronique Bordes, professeure des universités en sciences de l’éducation, université Jean-Jaurès de Toulouse ; Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis ; Bertrand Coly, représentant du MRJC et du Forum français de la jeunesse (FFJ) au Conseil économique, social et environnemental (CESE) ; Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône ; Cyril Dheilly, pédagogue ; Thierry Fresnay, Centre ressource d’éducation à la citoyenneté démocratique - Crecide/Participe présent ; Izabel Galvao, enseignante chercheuse à l’université Paris-13 ; Jean Houssaye, professeur émérite à l’université de Rouen ; Martine Janner-Raimondi, professeure en sciences de l’éducation université Paris-XIII ; Régis Juanico, député de la Loire ; Francis Lebon, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université Paris-Est-Créteil ; Claire Leconte, professeure émérite de psychologie de l’éducation ; Louis Letore, Maison de Courcelles ; Claudie Miller, Fédération des centres sociaux ; Léonore Moncond’huy, conseillère régionale Nouvelle-Aquitaine ; Laurent Ott, Intermèdes Robinson ; Irène Pereira, professeure de philosophie ; Yves Raibaud, maître de conférences HDR à l’université Bordeaux-Montaigne ; François Soulage, président du collectif Alerte ; Boris Vallaud, député des Landes ; Emelyn Weber, représentante de la JOC et du Forum français de la jeunesse (FFJ) au CESE.

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