Journée de mobilisation contre le surf park de Saint-Père-en-Retz

Retour sur la journée du dimanche 24 février, jour de rassemblement à Saint Père en Retz contre un nouveau grand projet inutile et imposé gratiné, un surf park glouton en terres agricoles, eau potable et électricité, pour riches surfeurs et sportifs professionnels, le tout à 50 euros de l'heure et 10 kilomètres de la mer. En Loire Atlantique, y a toujours de la fuite dans les idées...

Quelle chaleur aujourd'hui, à rougir sous les rayons du soleil du Pays de Retz, dans la petite commune de Saint Père à 25 kilomètres de Nantes, où de nouveaux élus oligarques, pantins dopés à la compétition économique internationale, ont pour merveilleux projet de construire un surf Park sur 8 hectares, consommant la bagatelle de 25 millions de litres d'eau et l’équivalent de la consommation énergétique de 4 foyers à l’année pour produire des vagues artificielles, 12 hectares de parking, le tout sur des terres agricoles cultivées, à 10 kilomètres de la mer et dans la perspective de faire payer 50 euros l'heure de surf à des riches au vague à l'âme et à l'élite sportive  (en prévision des Jeux Olympiques de 2024 bien sur !) On se marre !

Par ce beau dimanche de Février, quoi qu’un peu chaud pour la saison mais on commence à accepter l’inexorable réchauffement climatique, c’est l’occasion de se retrouver entre habitant.e.s des environs, de toutes générations, pour dénoncer cet énième grand projet inutile et imposé. Le rassemblement a lieu devant la mairie où s’acheminent tranquillement celles et ceux que l’avenir de l’ensemble du vivant des verres de terres à nos enfants préoccupent sérieusement. Des prises de paroles inaugurent la journée peu avant 11h devant une foule d’une centaine de personnes. Les premier.e.s concerné.e.s par ce délirant projet narrent la façon dont cette idée est née, leurs premières réactions et les tentatives, entravées par les forces de l’ordre, pour s'inviter au conseil municipal et demander quelques explications. Un membre de Terres Communes, collectif du Pays de Retz qui vise à défendre les terres, la biodiversité et la paysannerie nous lit leurs vœux contre le Surf Park et son monde.

Puis le cortège s’ébranle et se met à arpenter les rues du centre bourg, rythmé par une batucada joyeuse et dansante où les tambours font échos aux slogans : « Saint Père, soutiens tes paysans et protège tes enfants », « On surfe sur la vague du capitalisme », « Surf en eau douce, facture salée ». Des jeunes enfants s’essaient à la percu’, des pancartes pour la sauvegarde de la terre et de l’activité paysanne fleurissent sur les épaules des promeneurs. Le groupe s’étoffe progressivement et on doit avoisiner les 500 personnes quand la manifestation atteint son objectif, un petit bois où il est prévu de construire un complexe de loisirs attenant au Surf Park.

La manifestation se déroule donc dans une ambiance à la fois festive et posée. Malgré cela, deux gendarmes mal avisés essayent, au milieu du parcours, d’interpeller une personne dont le visage est recouvert d’un voile, certainement utile pour se protéger du soleil ou des appareils photos et des caméras nombreux qui photographient la foule sans toujours demander aux gens s’ils souhaitent apparaître sur des images probablement diffusées publiquement (ce qui rappelons le outrepasser le droit de chacun.e à disposer de son image), ou encore par conviction religieuse ou dans une visée décorative. Mais les forces de l’ordre, professionnellement paranoïaques, interprètent ça comme un trouble à l’ordre public. Les manifestants réagissent aussitôt et ne les laissent pas se saisir de l’infortuné, très surpris par une prise de contact physique directe de chaque côté de sa personne. On demande calmement et fermement aux gendarmes de regagner le trottoir et de laisser le malheureux tranquille en leur faisant remarquer qu’aucun trouble n’est à signaler et qu’ils peuvent être rassurés. Mais reprenons le cours de la journée après l’exposé de cette courte altercation sans conséquence.

Après une nouvelle prise de paroles pour annoncer la pause déjeuner et les activités de l’après-midi, les participants s’installent sur la pelouse, sortent un pique-nique tiré du sac accompagné d’une soupe de légumes préparée par les habitant.e.s de Saint Père en Retz. Une petite sieste sous le soleil et il est temps de se mettre à construire ensemble un avenir bien différent de celui envisagé par les dingues de la croissance. Bardage d’une cabane de la résistance, plantation d’arbres fruitiers sur un rond point proche et sur la pelouse entre le parking et un champ cultivé. Un jeune garçon pas plus haut que trois pommes plante son premier pommier et découvre l’univers de la terre, de son sous-sol et de ses mystères tissés de mycorhize et de racines entremêlées . La batucada percute ses fûts en cadence pour énergiser nos bricoleurs et jardiniers. Enfin, un échange autour de l’écologie, la préservation des terres agricoles et la nécessité de résister collectivement pour défendre notre avenir en commun a lieu mais je ne pourrais vous en conter plus car c’est peu avant ce moment que je quitte la stimulante et revigorante journée de partages et d’échanges intergénérationnels, convivaux et résolument anticapitaliste ( que je pourrais définir, à toute fin utile, comme système dont les actions humaines tendent toutes à être envisagés dans l’objectif de générer de l’argent, plutôt que/ et bien souvent au détriment de la biodiversité, de la bienveillance, de bons légumes, de la solidarité et toute autre considération).

Il y a fort à parier qu’on entende encore parler de la lutte contre ce projet aberrant, à moins que leurs brillants créateurs ne décident de l’annuler purement et simplement dans les jours à venir !

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