La 3e circo du Gard, épisode 8 : En Marche entre dans la course

C’est événement politique de la semaine dans le Gard rhodanien : ça y est, on a son nom, on sait qui c’est, le voici le voilà, le candidat du mouvement du nouveau président Emmanuel Macron.

Anthony Cellier, candidat la République en Marche sur la 3e circonscription du Gard © Thierry Allard / Objectif Gard Anthony Cellier, candidat la République en Marche sur la 3e circonscription du Gard © Thierry Allard / Objectif Gard

Il s’agit du conseiller municipal délégué à la communication à la mairie de Bagnols Anthony Cellier, 42 ans dans un mois. 

La grosse cote

Jamais encarté, il est élu pour la première fois avec le socialiste depuis passé En Marche Jean-Christian Rey en 2014. Et encore pas de suite : il rentre au conseil municipal après la démission de Marine Guillon à la fin 2014. Ami du directeur de cabinet du maire Jérôme Talon, il est cadre commercial dans le privé. Jérôme Talon, très tôt soutien de l’ancien ministre de l’Economie, rapidement responsable d’En Marche pour le département, avec qui Anthony Cellier participera activement à la campagne présidentielle au poste d’animateur du mouvement pour la troisième circo. 

Au petit jeu des pronostics sur les investitures macronistes, force est de reconnaître que le désormais candidat n’est apparu que tardivement. Il faut dire que si Jérôme Talon a rapidement exclu de candidater, le jeune conseiller municipal est alors bien caché derrière des poids-lourds : son maire Jean-Christian Rey, qui laisse planer le doute sur une candidature, et le maire de Laudun-l’Ardoise et conseiller départemental PS Philippe Pécout, proche du député sortant Patrice Prat et donc d’Arnaud Montebourg, parti avec armes et bagages direction En Marche après la primaire socialiste et surtout le retrait de la vie politique de son mentor. 

Cellier plutôt que Pécout 

Pour Anthony Cellier, les choses basculent début avril, lorsque Jean-Christian Rey annonce qu’il n’est pas candidat à l’investiture, en invoquant « le renouvellement. » Dans son élan, l’édile apporte tout son soutien à son conseiller municipal, qui avait initialement envoyé son dossier sans prévenir personne. 

Son profil, jeune père de famille ayant fait toute sa carrière dans le privé, jamais encarté, avec un engagement en tant que simple conseiller municipal, a donc convaincu la commission d’investiture du mouvement du Président de la République. D’autant que dans notre département, En Marche a déjà investi deux socialistes bien connus et déjà élus, Françoise Dumas, député sortante, sur la première et Olivier Gaillard, vice-président du Département, sur la cinquième. Dans cette configuration, difficile de faire une place à Philippe Pécout, socialiste et déjà élu à la tête d’une commune et au Département, en invoquant le renouvellement et le « ni droite ni gauche » (ou « et de droite et de gauche », c’est selon.) Et ce malgré le fait qu’il est jeune (40 ans) et que son profil pouvait incarner une ouverture plus à gauche pour En Marche, ce qui n’aurait pas été dénué d’intérêt. 

Le spectre du vote utile

Il n’en a donc rien été, et le quadragénaire bagnolais va donc se lancer dans l’arène, à moins d’un mois du premier tour. Il va d’abord lui falloir s’adjoindre un suppléant, ou plutôt une suppléante, parité oblige. Une suppléante qu’il faudra aller chercher vers le sud de la circonscription, et dont le nom devrait être dévoilé très prochainement. 

Une campagne qui s’annonce brève mais intense, dans un paysage plus atomisé que jamais, entre une gauche éparpillée façon puzzle entre les communistes, les insoumis, les socialistes et le dissident socialiste Alexandre Pissas, une droite elle aussi divisée entre les Républicains et une dissidente centriste, le tout face à un Front national très fort, qui réalise toujours sur cette circonscription certains de ses meilleurs résultats du département. Cette atomisation du paysage électoral de la circonscription, combinée à la dynamique nationale pourrait bien profiter au candidat de la République En Marche, bon nombre d’électeurs pouvant être tentés de faire jouer en sa faveur le mécanisme du vote utile face au Front national, comme cela s’est du reste déjà produit dès le premier tour de la présidentielle pour Emmanuel Macron. 

Rappelons que pour être au second tour, il faut recueillir 12,5 % des suffrages des inscrits ce qui, compte tenu de l’abstention, représente en réalité un pourcentage bien plus élevé. Un seuil qui, compte tenu encore une fois de la multiplicité des candidatures, risque fort d’être trop haut pour nombre d’entre eux. Dans cette configuration, l’hypothèse d’une triangulaire reste possible, mais moins probable que par le passé, et si le FN semble déjà assuré d’être qualifié pour le second tour, le République En Marche n’est sans doute pas la moins bien placée pour le second accessit. 

Reste maintenant à faire campagne : dernier à rentrer en course, Anthony Cellier part logiquement avec un temps de retard sur ses adversaires, dont les principaux ont déjà quelques campagnes électorales au compteur. Mais dans le contexte actuel, pas sûr que son inexpérience joue en sa défaveur…

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