La 3e circo du Gard, épisode 6 : partir tôt, ou tard ?

Les législatives, c’est dans deux mois, et deux mois, c’est long et court à la fois.

Plutôt lièvre, ou tortue ? © Bibliothèques de Nancy / cc / Flickr Plutôt lièvre, ou tortue ? © Bibliothèques de Nancy / cc / Flickr

Quand faut-il partir en campagne ? Sur la troisième circonscription comme ailleurs, il y a plusieurs écoles.

Investiture ≠ campagne

D’abord il y a l’investiture. Les premiers à dégainer ont été les centristes de l’UDI, qui ont investi la première adjointe de Saint-Etienne-des-Sorts Patricia Garnero en juillet dernier, soit onze mois avant l’élection. A gauche, ce sont les communistes qui ont tiré les premiers, en mettant la jeune Léa Comushian « à disposition de la gauche de transformation sociale » fin octobre, suivis un mois après des socialistes avec l’adjointe bagnolaise et conseillère régionale Catherine Eysseric. 

Ce sera tout pour 2016. Il faudra attendre mi-janvier 2017 pour que la candidature de la Castillonnaise Muriel Dherbecourt soit tranchée par Les Républicains, puis la fin janvier pour que Geneviève Sabathé soit investie par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon la France Insoumise. Le Front national, après avoir laissé planer un haletant suspense, démarrera sa série de dévoilements de candidats le 25 mars par la troisième circo, en investissant la conseillère régionale Monique Tezenas du Montcel. Voilà tout. Vraiment ? On oublierait presque En Marche, qui ne dévoilera pas le nom de son ou sa candidat(e) avant… le premier tour de la présidentielle. 

Mais être dévoilé tôt ne veut pas dire entrer en campagne. Pour l’heure, on ne peut pas dire que la campagne sur la troisième soit réellement partie, et que celles qui ont été dévoilées le plus tôt soient les plus visibles. Ainsi, on a surtout vu Patricia Garnero dire qu’elle serait candidate contre vents, marées et Les Républicains, et on l’a aperçue lors de la visite du candidat à la présidentielle Jean Lassalle dans sa commune de Saint-Etienne-des-Sorts la semaine dernière. Léa Comushian fait quant à elle quelques marchés, et des communiqués. Quelques affiches de la candidate communiste ont commencé à fleurir sur Bagnols, au grand dam des Insoumis qui arguent que le PCF et la FI avaient passé un pacte de non-affichage jusqu’au premier tour de la présidentielle*. 

PS et LR, c’est calme, FI c’est parti

Côté PS, c’est le calme plat, et si Catherine Eysseric est sur la photo de nombre d’événements sur le Gard rhodanien, c’est plus en tant que conseillère régionale. Tout juste a-t-elle fait passer un communiqué pour réaffirmer son attachement au nucléaire, elle la salariée du CEA Marcoule, en opposition avec la sortie du nucléaire pure et simple prônée par le candidat de son parti Benoît Hamon. Ce n’est guère mieux à droite : pour l’heure Muriel Dherbecourt n’a toujours pas donné de conférence de presse pour se présenter (ça viendra ce mardi aux Angles), et se montre avec parcimonie. Le grand moment de sa pré-campagne reste pour l’instant la visite des conseillères départementales du groupe du Bon sens républicain (LR-UDI) auquel elle appartient à Rochefort-du-Gard et Domazan pour la journée internationale des droits des femmes le 8 mars dernier. 

La relative discrétion des candidates PS et LR peut tenir de la stratégie politique, mais il est plus probable que la dynamique autour de leurs candidats à la présidentielle n’y soit pas totalement étrangère. Le niveau historiquement bas dans les sondages du candidat PS Benoît Hamon ne facilite pas la tâche, tout comme le fait que la section bagnolaise du PS soit notoirement vallsiste. A droite, on peut comprendre que, même si ls sondages sont un peu meilleurs ces derniers temps pour François FIllon, ce ne soit pas forcément une campagne des plus faciles... 

Finalement, la seule à être rentrée en phase active pour l’instant est Geneviève Sabathé. La candidate de la France Insoumise multiplie les événements : elle est la première à inaugurer son local de campagne, à Bagnols, elle fait venir un des porte-parole nationaux de Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Amard, en meeting, ou encore une « roulotte insoumise » dans le quartier des Escanaux ce week-end. En off, la candidate n’est pas mécontente du « boulevard » que lui offrent les autres candidates, ne regrette absolument pas son choix de partir tôt et compte profiter à plein de la bonne dynamique de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages.  

EM et FN en attente

Une stratégie aux antipodes de celle choisie par le FN, et à plus forte mesure par En Marche. Si les frontistes ont dévoilé leurs candidates sur les troisième, quatrième, cinquième et sixième circonscriptions, ce n'est que pour répondre aux demandes des médias, nous a affirmé le maire de Beaucaire Julien Sanchez. Un dévoilement qui ne veut pas dire entrée en campagne : du côté du Front, on assume d’interdire aux candidats de faire campagne pour eux avant la fin de la présidentielle. Leur campagne démarrera après, un point c’est tout. 

Pour En Marche c’est encore pire, puisqu’on ne connaît toujours pas le nom du candidat sur la circonscription. C’est pratique, et ça préserve : vue l’hétérogénéité des ralliés au candidat d’En Marche, mieux vaut le plus longtemps possible éviter d’en froisser une partie en en investissant une autre. Un suspense qui rappelle également celui installé autour du dévoilement du programme d’Emmanuel Macron, et qui vise au fond le même objectif que la stratégie du FN : décréter la mobilisation générale derrière un(e) seul(e), Marine Le Pen ou Emmanuel Macron, et éviter le risque de « brouiller le message » de leur champion(ne). Après tout, ils ont le temps : la campagne officielle ne débutera que… le 29 mai. 

* Màj 18 avril : le secrétaire de la section PCF du Gard rhodanien Michel Tortey dément cette information : "Quand vous dites qu'un pacte aurait été signé entre le PCF et FI pour ne pas afficher pour les législatives avant la présidentielle cette information est fausse. Cette affirmation accolée au fait que les communistes ont colle pour les législatives laisse entendre que les communistes ne respecteraient pas leurs engagements. Ce pacte n'a jamais existé." Dont acte.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.