Thierry Boissière
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Billet de blog 27 nov. 2012

Syrie: liberté pour les mariées de la paix !

Quatre jeunes activistes de la non-violence ont été arrêtées à Damas. Dans l’après-midi du 21 novembre, à Damas, quatre jeunes femmes habillées en robes de mariées, Kinda et Loubna Za'our, Rima Dali et Rou'a Jaafar, remontent le souk Midhat Basha en brandissant des banderoles rouges.

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Quatre jeunes activistes de la non-violence ont été arrêtées à Damas. Dans l’après-midi du 21 novembre, à Damas, quatre jeunes femmes habillées en robes de mariées, Kinda et Loubna Za'our, Rima Dali et Rou'a Jaafar, remontent le souk Midhat Basha en brandissant des banderoles rouges. Sur celles-ci, plusieurs messages écrits en arabe : « La Syrie est à nous tous », « Pour le bien de l’être humain syrien, la société civile réclame l’arrêt de toutes les opérations militaires en Syrie », « Comme vous êtes fatigués et que nous sommes fatigués, nous voulons vivre autre chose ». Chacun de ces messages est signé « 100% syrien » (voir la page facebook). Les quatre jeunes femmes sont applaudies par les passants. Une vingtaine de minutes après leur action de protestation publique en faveur de la paix, elles sont arrêtées par les services de sécurité du régime syrien.  On est à ce jour sans aucune nouvelle d’elles.

L’une de ces jeunes femmes, Rima Dali, 33 ans, originaire de Lattaquié, diplômée de droit de l’université d’Alep, a travaillé 7 ans pour le Croissant rouge arabe syrien. Elle s’était fait connaître en avril 2012 par une action similaire : seule, habillée de rouge, elle s’était alors présentée devant le Parlement, au centre de Damas, et avait déployé au milieu de la circulation automobile une banderole également rouge appelant, en lettres blanches, « à la fin des massacres et à l’avènement d’une Syrie pour tous » (vidéo à voir ici).

Elle avait été immédiatement arrêtée puis libérée 48 heures après. Son slogan, « Arrêtez de tuer, nous voulons une nation pour tous les Syriens », avait alors fait le tour des manifestations pacifiques en Syrie. Depuis, « la jeune femme en rouge » a multiplié, seule ou en groupe, les actions originales, symboliques et non-violentes, prenant le parti de la paix et de la réconciliation nationale, sans aucune référence confessionnelle et sans participer à la moindre action violente : déploiement de banderoles (rouges), fleurs offertes à des policiers et aux soldats, etc.

L’enlèvement de ces quatre jeunes femmes s’inscrit dans une longue série d’enlèvements ou d’assassinats de pacifistes syriens, comme Dara Abdallah ou Yahya Churbaji ou de massacres, comme celui qui a eu lieu en août 2012 à Daraya, bastion du pacifisme syrien et actuellement la cible d’une vaste offensive. Le régime réaffirme ainsi sa volonté d’éliminer toute forme d’expression citoyenne, surtout lorsque celle-ci offre une alternative à la violence et à la répression.

Le mouvement non-violent syrien contredit en effet la thèse officielle, répétée ad nauseam, selon laquelle la contestation se réduirait à un complot armé « islamo-terroriste » organisé de l’extérieur, thèse justifiant la répression militaire. Il est à craindre que d’autres enlèvements de ce type aient lieu, signe supplémentaire de l’incapacité du pouvoir à se réformer et à envisager sérieusement tout dialogue, même avec ceux qui sont les moins impliqués dans la résistance armée.

Dans un contexte de violence généralisée, il est urgent de soutenir le mouvement pacifiste syrien, mouvement qui poursuit ses actions malgré les risques encourus et offre ainsi à une Syrie dévastée le témoignage qu’une résistance humaniste et digne à la barbarie est encore possible.

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