Deleuze: C'est quoi ta plastic-machine à toi?

 La plastic-machine délire la plastique dans le monde et la vie : quelle est ta plastic-machine à toi ? De toute façon la plastique délire toujours la plastique mais elle a un corps avec organe et souvent sans Artaud. L’inconscient plastique délire avec un organe visuel. Mais ce n’est pas le voyage de Wilhelm Meister ou celui du Cabinet d’un amateur de Georges Perec. La plastique n’est pas vraiment nomade et aucune galerie de galeries n’en rendra jamais compte. Les amoureux de La Grande duchesse de Gerolstein de Offenbach communiquent par un passage secret dont les deux entrées sont masquées d’un côté par un portrait d’homme et de l’autre par un portrait de femme, comme deux pendants.

La machine plastique qui machine la plastique, en galerie ou non, creusant toutefois sa galerie révolutionnaire, improbable rhizome, est cette machine désirante spéciale qui ne se sent pas célibataire, et, pour ce faire fonctionne au plastème, au rapport plastique, aux images « visionnelles» comme dirait Kupka, qui ne veulent rien dire comme la pensée selon Derrida, machine désirante que nous avons réinterprétée depuis longtemps dans une voie quasiment ou presque exclusivement picturale : « Les machines désirantes au contraire ne représentent rien, ne signifient rien, ne veulent rien dire, et sont exactement ce qu’on en fait, ce qu’on fait avec elles, ce qu’elles font en elles-mêmes. »1 Les machines plastiques, elles fonctionnent comme elles sont faites, comme elles se font, productrices et reproductrices de plastèmes suivant d’autres régimes de signes que nous avons étudiés, l’anté-signifiance, a-, para-signifiant de notre anté-signifiant plastique. Si la machine plastique fonctionne ainsi à la visualité purement plastique, ses coupures ne sont pas des coupures de flux branché à d’autres machines désirantes : elles se coupent au contraire des machines littéraires, les seules que connaisse vraiment Deleuze –on fera cette interprétation holistique de sa pensée. Plastic-machine contre machine-littématique, la coupure continuée que pratiquent ces machines picturales et sculpturales pour que naisse la saisie des rapports plastiques, « sensation », « (beau) sentiment », « image totale », le mode » poussinien, sans le flux plasticide des littéraires. Les machines plastiques fonctionnent comme les peintres les ont faites mais dans une ouverture idéale et idyllique (l’étymologie est la même) à l’avenir de l’art, au renouvellement des formes, cette machine donne foi en l’art, elle est une machine à créer des dieux plastiques nos seules idoles supportables à travers les siècles et les millénaires. L’autonomie de cette schizo-plastique demeure, elle produit ses synthèses en coupant le résidu-sujet-peintre à côté de la machine, et si elle pratique la coupure de flux comme toutes les machines désirantes, on l’a vu elle se coupe des corps sans organes, avec son support-subjectile, parce qu’elle n’a pas de corps rond et plein, elle a un "corps sans Artaud". Ses synthèses passives proviennent du sens commun purement plastique construit, c’est le vrai constructionnisme, avec tous les peintres de plastique pure, de Lascaux à Rembrandt et Villon. Son système de coupures n’est pas un parcours de coupures-flux, il ne cautionne pas le capitalisme qui, paraît-il, détérritorialise les flux et reterritorialise artificiellement : notre réel de plastique pure est le possible et, dans ce corps sans Artaud, il laisse couler et s’évacuer d’eux-mêmes les systèmes-de-coupures-machines-qui-ne-se-connectent-pas-à-la-plastique. La plastic-machine, celle aussi de Heidegger, nous le verrons un jour, la machine du « manifeste » si l’on peut dire, le « manifeste » de Délos, n’est pas « ce qui fait du capitalisme, en son idéologie,  la peinture bigarrée de tout ce qui a été cru ». » Notre sens commun de plastique pure, production de production lui aussi, fantasme de groupe bien sûr comme agent collectif d’énonciation, nous l’avons montré ailleurs, se construit aussi comme un flux décodé mais avec l’organe visuel par où le réel de plastique pure flue, sans le capitalisme schizo. Nous savons bien que la vie inorganique n'est pas contraire à l'organe, mais la plastique a-t-elle besoin de l'inorganique, de cette vie singulière? 

1 Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe, Minuit, 1972-1973, p.342.

http://thierrybriault.fr/wp-content/uploads/2015/07/deleuze-plastile.pdf

 http://blogs.mediapart.fr/blog/thierry-briault/101014/van-gogh-le-suicide-de-la-litterature

On le voit je suis malheureusement assez peu deleuzien en peinture, mais mon « sens commun » est lui, plutôt deleuzien. Il s'agissait d'une sorte d'archictectonique du sens commun kantien inspirée de Deleuze. Cf. « Le Génie méta-esthétique du sens commun deleuzien plutôt que le parergon derridien »

 

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Gilles Deleuze                                                                       23/3/95

Cher Monsieur, Permettez-moi de vous féliciter vivement pour votre article sur Kant : non seulement parce qu'il analyse si rigoureusement ma position, mais parce qu'il détermine tout un ensemble très riche. Vous avez su mener tout un réseau d'analyses, et votre texte me semble excellent. C'est vous dire que je serais heureux de collaborer avec vous. Mais mon état de santé est toujours très mauvais. S'il m'arrive d'avoir un texte libre, je vous le proposerais volontiers. Hélas. Croyez à mes sentiments les plus sincères.

Gilles Deleuze

 

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