Les petites phrases assassines de François Fillon

Ouvrir un débat sur la scène politique et sociale concernant les thèmes porteurs d'un point de vue électoral qui s'appuient sur une certaine crédulité, une forme de jouissance souvent ignorée des personnes qui se satisfont de ces idées reçues est indispensable. Sur la question de "l'assistanat", de la nécessité de la mise au travail répétée à l'envi par tout homme politique de droite.

 Cette note a été formulée suite à un commentaire d'une personne qui répondait à un message publié sur le compte Twitter de François Fillon, dont le contenu laconique indiquait que le fait de toucher un RSA et des APL n'était pas propice à inciter à la recherche d'emploi.

Laurent rappelait s'il était besoin, à qui voudrait bien l'entendre, la difficulté dans laquelle se trouvaient les personnes bénéficiaires d'allocations, adressant à l'occasion une réponse de circonstance à celui qui justement n'y entendait rien.

Qu'est-ce que nous dit cette petite phrase ?

Il s'agit sans doute ici de faire entendre certains messages auxquels l'électorat de François Fillon est attaché (« nous travaillons, et ce sont les autres, ceux qui ne font rien, qui en profitent »), les faire circuler autant qu'il sera possible, comme les moyens de communication le permettent aujourd'hui. Ce message laconique et assassin pour qui connaît la difficulté du quotidien, la misère, s'appuie sur une formule décrite par Marx tout en l'inversant (« c'est l'exploitation du travail d'autrui qui produit le capital »), et nous rappelle la force du principe selon lequel on ne gagne jamais tant que lorsqu'on peut mettre quelqu'un au boulot pour le salaire le plus bas possible.

On laisse donc le plus souvent sans leur opposer quoi que ce soit des hommes politiques suffisants et prétentieux nous débiter leurs dogmes, assortis des petites phrases qu'ils nous sortent sans réagir. Laurent, la personne qui avait rédigé cette réponse, comme d'autres, avait bien raison de le faire. Et nous devrions être plus nombreux.

Même si l'on peut s'interroger sur l'intérêt que peuvent avoir ce type de réponses noyées dans la masse, et qui ne peuvent être significatives même à être relayées aussi souvent qu'il soit possible sur les réseaux sociaux.

Et si nous essayions de couper l'herbe sous le pied à l'homme politique de droite (sous la figure ici de François Fillon), et de sortir les crédules de leur ignorance ?

Avec le rabâchage d'un discours habituel, et que beaucoup répètent à l'envi, lorsqu'ils se regardent le nombril et ne voient pas plus loin que le bout des sornettes libérales qu'on leur a glissé dans le biberon depuis qu'ils sont tous petits et dont ils se sont imprégnés, comme pour ceux qui s'abreuvent au vin de messe sans essayer de s'interroger un peu.

Il semble difficile de faire valoir l'idée dans la tête des plus crédules, des plus perméables au discours libéral et à ses supposés bienfaits (avec son pouvoir de fascination), que le fait qu'il n'y ait pas de travail, le chômage, est structurel, dans l'organisation de nos sociétés dont le principe est d'établir le monopole du capital plutôt que la répartition équitable du travail pour tous, en imaginant comment nous pourrions y parvenir. Ce qui demanderait de penser les choses autrement.

La question des dits « assistés », « fainéants », « ceux qui préfèrent ne rien faire alors que nous nous bougeons pour les entretenir » devrait faire l'objet d'une vraie prise en compte car cette question inonde beaucoup d'esprits qu'il serait intéressant d'éclairer un peu par l'ouverture de réels débats sur la scène politique, sociale, partout où nous pourrions avoir chance qu'une pensée construite puisse enfin s'établir. En prenant en compte les préjugés qui touchent à ces questions, et qui sont liés à une forme de jouissance (au sens ou l'a précisé la psychanalyse avec Jacques Lacan) dans laquelle beaucoup sont englués, ne pouvant avoir les idées claires, tellement sont également sollicitées de la part des stratèges politiques des réactions quasi instinctives et viscérales pour faire adhérer à une certaine vision des choses.

Ouvrir ce débat permettrait sans doute d'aider tous ceux qui y sont pris, pour ceux et celles qui gardent un peu d'ouverture d'esprit, de sens critique, à sortir de la forme de débilité dans laquelle on peut parfois se trouver enfermé, lorsqu'on se réfugie derrière la facilité d'une référence à une forme de pensée toute prête, sans rien interroger.

Essayer de faire le point sur la jouissance qui est en jeu dans cette affaire, et sur laquelle il est sans doute difficile d'avoir par soi-même un aperçu, n'étant pas une mince affaire, tellement y sont impliqués des processus psychologiques assez archaïques, qui sont à la source de l'ignorance la plus ordinaire. Et que les discours politiques actuels savent aussi entretenir et nourrir de façon aussi Primaire (pour me permettre un jeu de mot plutôt bien venu en cette occasion).

La question des dits « assistés », « fainéants », « ceux qui préfèrent ne rien faire alors que nous nous bougeons pour les entretenir » devrait faire l'objet d'une vraie prise en compte car celle-ci inonde beaucoup d'esprits qu'il serait intéressant d'éclairer un peu par des mises en débat.

Pour les libéraux convaincus, les sûrs de leur fait, qui veulent maintenir leurs avantages, petits ou grands, réels ou imaginaires, leur ego ou leurs idéaux de réussite, c'est autre chose... Jouissance oblige...

La question de la misère, des conditions de vie précaires, la solidarité et la sécurité garanties par des mesures de protection sociale, ce n'est pas l'affaire de l'homme politique de droite (incarné ici par François Fillon), ni celle de ses amis politiques et de ses sympathisants, sauf peut-être ceux qui parmi eux pensent que la charité peut essayer de répondre aux inégalités de traitements qu'inflige la nature aux hommes, et que la puissance divine, dans sa bonté va venir compenser. Pour charge aux braves âmes qui se montreront dévouées de prendre soin des plus pauvres.

François Fillon, qu'on se le dise, s'il cherche à rassembler les catholiques derrière lui (puisque le catholicisme pourrait être considéré comme une valeur de droite, et que la droite pourrait être considérée comme étant garante des valeurs du catholicisme), n'est sans doute pas un vrai catholique.

Les libéraux français sont des sectaires, et l'économie est leur nouvelle religion – avec ce qu'on pourrait désigner comme l'économystification, terme dont je pourrais donner les références, et que j'ai péché dans certains articles de Marie-Jean Sauret (psychanalyste).

Fermés sur eux-mêmes, leurs petits cercles, leur « petite France » et leur prestige personnel.

Les petites formules diffusées sur le compte de François Fillon, sentent cette « petite France », une communauté qui se retrouve autour du partage d'idées étriquées.

Comme d'autres, il nous donne l'idée de la misère intellectuelle, culturelle et créative qui règne dans ce pays ; il en est la caricature, l'un des représentants, ou de ceux qui peuvent nous en donner l'indice, en même temps qu'ils en sont les meilleurs promoteurs.

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