(Synthèse du livre) de Thierry Brugvin (Ed. Max Milo, 2014)

Introduction

Bien que les élus français arborent fièrement l’étendard de la démocratie républicaine et de l’État de droit, il est paradoxal de constater que de nombreuses élites politiques, tels Alain Juppé, Patrick Balkany, Alain Carignon, Xavier Emmanuelli, Harlem Désir etc., alors qu’elles ont été condamnées par la justice pour des délits liés à leur fonction d’élus, ont  souvent été réélues ensuite et ont continué à exercer des fonctions d’élus[1]. Or, les citoyens attendent que leurs élus soient des exemples, puisqu’ils leur font l’honneur de leur déléguer leur propre pouvoir et de les représenter. Par conséquent, ils attendent d’eux non seulement d’être hautement compétents, mais aussi de faire preuve d’une haute éthique.

En France, les affaires judiciaires impliquant des élites économiques ou politiques s’égrènent régulièrement depuis des décennies : affaire Woerth/Bettencourt; affaire Cahuzac, affaire de Karachi (Balladur/Sarkozy) affaire de l’angolagate (Falcone/Pasqua/JC. Mitterrand), affaire Elf (Dumas/Prigent) affaire des frégates de Taiwan... etc. Cette régularité des affaires dans notre pays, mais aussi dans le monde, montre que c’est bien un système politico-économique, qui est en cause et pas seulement des personnes. Certaines de ces affaires parviennent à faire l’objet de procès, d’autres sont rapidement écartées par les pouvoirs en place.

En France, parmi les procès les plus retentissants, qui sont parvenus à passer les barrières de la censure des classes dominantes, il y eut le financement des partis politiques d’Ile de France (RPR, PS…), le procès de Charles Pasqua, dont le parti a été financé par les dirigeants angolais, auparavant, le procès Elf et le financement de Roland Dumas (PS) et d’autres partis français, l’affaire de Karachi, pour laquelle Nicolas Sarkozy ou Balladur devraient être mis en examen pour le financement de la campagne de ce dernier. Dans le cadre de l’affaire Woerth-Bettencourt, Éric Woerth, et Nicolas Sarkozy ont été accusés cette fois de recevoir de l’argent pour leur parti politique. Jérôme Cahuzac lorsqu’il était ministre du Budget du gouvernement Hollande (PS), a été mis en examen, car il aurait placé sur dans un paradis fiscal (un compte en suisse) de l’argent non déclaré, reçu par l’industrie pharmaceutique.

Or, un délit, surtout, s’il est petit ou exceptionnel, commis par un élu du peuple ne fait généralement pas véritablement réagir les médias. Ces types d’exaction sont souvent passés sous silence. Lorsque ce n’est pas le cas, les médias ou l’opinion publique, considèrent alors trop souvent la faute comme vénielle. Or, théoriquement, tous les citoyens sont égaux devant la loi. Mais, tandis qu’un simple vol à la tire, peu conduire les plus pauvres, à de la prison ferme, les délits commis par des cols blancs et des élus ne conduisent bien souvent qu’à des peines avec sursis ou à des non-lieux.

Jean Charles Marchiani se révèle un dramatique symbole des pratiques illégales de trop nombreux membres de la classe des élites des pouvoirs publics. Ancien Préfet du Var et ex-député européen du R.P.F, il est souvent présenté comme « l’homme à tout faire de la galaxie Pasqua ». Il a été condamné, en décembre 2005, par le tribunal, à trois ans de prison, « pour avoir perçu des commissions en marge de la vente de chars militaires au Moyen-Orient ». Dans l’affaire de l’Angolagate, il aurait reçu des sommes importantes pour faciliter les ventes d’armes à Dos Santos.Il était au bureau du RPF (présidé par Pasqua) et a conduit un temps la liste du FN à Toulon[2]. Il est pro-algérie française et catholique de droite. « Jean-Charles Marchiani, 64 ans, natif d’un petit village corse, voisin de celui de Charles Pasqua, a été un authentique agent secret. Du moins jusqu’en 1970, où il sera évincé du SDECE (l’ancêtre de la DGSE, Direction générale de la sécurité extérieure) »[3] . Il sera ensuite préfet puis conseiller de Charles Pasqua lorsqu'il était ministre de l'Intérieur[4]. En 2008, il demande l'amnistie présidentielle pour échapper aux sanctions pénales qu'ils doit assumer (il est notamment accusé d'avoir reçu des commissions illégales dans les ventes d'armes (Thomson, Falcone).

On le voit, la proximité des intérêts économiques et politiques, entre la classe des élites des pouvoirs publics et celle des élites économiques nuit à l’indépendance des élites des pouvoirs publics, à l’indépendance de la justice, à la transparence et à l’éthique démocratique. Par exemple, le passage de postes de PDG à des postes de ministres, ou inversement, tel l’ex-PDG de France Télécom Thierry breton, qui devient ensuite ministre de l’Économie, pour redevenir ensuite en février 2009, PDG d’ATOS, une des 10 plus grandes transnationales en ingénierie informatique.

Cet article qui résume le livre « le pouvoir illégal des élites »[5] vise donc à expliquer comment certains membres de la classe des élites des pouvoirs publics et des élites économiques parviennent à exercer un pouvoir insuffisamment démocratique au plan national ou international et même à vivre trop souvent, au-dessus des lois, qu’ils édictent. La classe des élites économiques capitalistes représente la « classe hégémonique », tandis que la classe des élites des pouvoirs publics (présidents élus, élites bureaucratiques et technocratiques) est la « classe régnante » selon la définition de Poulantzas[6]. Une part de leurs actions est légale, mais inégale, car elles favorisent l’exploitation, la domination et l’aliénation, qui sont trois fondamentaux du système capitaliste mondialisé. L’autre aspect de leur action est aussi légal, mais cette fois adémocratique, lorsqu’ils abusent de leurs pouvoirs ou qu’ils limitent, par exemple, la transparence et la démocratie participative. De nombreux chercheurs et ouvrages analysent cet aspect des carences démocratiques, mais aussi, les limites de la démocratie représentative, telles que l’excès du cumul des mandats, le manque de proportionnalité dans les élections, de démocratie directe (référendum…), etc. Ces différentes analyses sont intéressantes, mais déjà très étudiées. Elles tardent néanmoins à être appliquées. Nous n’aborderons donc pas une énième fois, les carences démocratiques sous cet angle, mais dans le cadre d’une approche plus large, qui a été nettement moins analysée. Il s’agit d’une part des pratiques adémocratiques de la classe des élites politiques, mais aussi économiques, militaires, policières, intellectuelles et médiatiques. D’autre part, de la gouvernance adémocratique, illicite nationale et internationale. Or, il s’agit d’un champ, qui lui est très peu examiné par les chercheurs et même par les militants associatifs.

La question centrale, qui va nous mener dans toute cette recherche est la suivante : comment grâce à la gouvernance globale illégale, inégale et adémocratique, la classe des élites économiques capitalistes mondialisée, conditionne-t-elle les décisions de la classe des élites des pouvoirs publics nationaux, internationaux et des différents secteurs qu’ils dirigent ? Notre hypothèse est la suivante : dans le cadre de la gouvernance globale, il existe une relation dialectique entre le premier pouvoir, celui des infrastructures économiques (capital financier et économique, force productive et force de travail), le second, celui des infrastructures de classe (c'est-à-dire les rapports sociaux de production, dans lesquels s’inscrit la lutte des classes, entre la classe capitaliste, la classe des gestionnaires des pouvoirs publics, la classe d’encadrement, la classe prolétaire) et le 3e pouvoir, celui des superstructures (étatiques, juridiques, idéologique, militaire et communicationnel).

L'analyse plus structurelle des mécanismes du capitalisme mondialisé reste, un des fondements de l’explication des inégalités démocratiques. Cependant, dans la mesure où a déjà largement été développée, en particulier par les marxistes, nous n’entrons pas dans les détails, bien que ces éléments soient fondamentaux.

 

Qu’est ce que la gouvernance adémocratique et illégale de la classe des élites ? Celle-ci s'inscrit dans le cadre plus général dela distinction démocratie représentative libérale (anglo-saxonne) et républicaine (française), telle que les définit Claus Offe. Il s'agit respectivement d'une démocratie fondée sur la participation des corps intermédiaires, tels les syndicats et les lobbys divers, en opposition à une démocratie fondée sur la souveraineté populaire de ses représentants élus[7]. La gouvernance s'inscrit essentiellement du côté de la démocratie libérale et elle s’avère donc plus proche du versant de la démocratie participative que représentative.

Nous définirons donc la gouvernance comme un processus décisionnel (la décision de créer ou la décision d’appliquer, une règle formelle ou non), par des acteurs de nature multiple (économique (et/ou) militaire, société civile, pouvoir public), réalisé à des niveaux (verticaux et horizontaux) multiples. La gouvernance est donc un processus décisionnel multiacteurs et multi-niveaux, mais dont « l’action subit les pressions et les contraintes des structures historiques, mais qui ne sont pas déterminées mécaniquement » [8].

Le pouvoir des élites s’exerce dans le cadre d’une gouvernance adémocratique. Cette dernière relève (et/ou) de la gouvernance légale et/ou non transparente (occulte), par des acteurs non légitimes du fait de leur nature, car non indépendants économiquement, non élus démocratiquement, les décisions sont insuffisamment participatives. Elle inclut aussi la gouvernance illicite, c'est-à-dire ne respectant pas l’Etat de droit (les lois) et la gouvernance inégale. Cette dernière ne permettant pas l’égalité des conditions (Tocqueville), c’est à dire en terme bourdieusien une égalité au niveau du capital économique, social (réseaux, origines....), culturel (connaissance, éducation, temps disponible pour cela...), capital symbolique (diplômes, titres, statuts...) (Bourdieu). Pour faire, bref, la gouvernance adémocratique, est donc une gouvernance non transparente, par des acteurs non légitimes, qui peut de plus être illicite et/ou inégale.

La démocratie ne peut être effective, s’il y a notamment, l'inégalité dans la propriété et la gestion de l'appareil économique et financier (pouvoir capitaliste); I'inégalité du temps pour se former et pour militer[9] ; l'inégalité des niveaux d'éducation ; l'inégalité des conditions (de vie et de biens) Tocqueville (1948)[10]. Cette dernière forme d’inégalité entraîne une inégalité dans se capacité à supporter les conséquences des lois du fait d'inégalité économique et une différence de priorité politique (égalité contre liberté) dans le vote des lois du fait de l'inégalité des conditions de vie (Noberto Bobbio).

En effet l'égalité juridique n'est pas réelle sans l'égalité économique et sociale (conditions de vie, possibilité de mobilité sociale) car l'exploitation économique capitaliste engendre la domination et l'aliénation des travailleurs.

Il est important de préciser que la gouvernance adémocratique et inégale de la classe des élites des pays industrialisés dans les pays en développement (PED) n'est qu'une partie de la gouvernance globale, qui elle obéit à des règles démocratiques, au respect de l'Etat de droit. Ainsi, la Françafrique, c'est-à-dire la gouvernance adémocratique de la France en Afrique, n'est qu'une partie de la gouvernance globale de la France en Afrique. Cependant, il est très difficile d'établir la proportion de l'une ou de l'autre, nous ne prenons donc pas position sur ce point, mais nous nous limitons à proposer des axes d’analyse et de réflexion.

D'autre part, parler de la gouvernance adémocratique des pays industrialisés dans les PED, (par exemple la France en Afrique), ne signifie pas non plus que ce soit la cause principale de leur situation actuelle. Il y a bien entendu, une large part de la responsabilité, qui revient aux PED eux mêmes, telle l'Afrique, à leurs citoyens, leurs mouvements sociaux et leurs dirigeants politiques. A nouveau, il est difficile de savoir, quelle est la cause principale, à, qui incombe, la responsabilité principale entre les acteurs internationaux et les PED, entre la France et les Africains.

Pour cela nous pouvons observer qu’il y a un secteur, qui est équitable et légal et démocratique (le visage officiel des relations Nord-Sud). Cependant, celui-ci est lié à la gouvernance globale, inégale, illicite et adémocratique, par des acteurs économiques, des pouvoirs publics, dont l’armée, ayant des nationalités multiples, perpétuant, la domination et l’exploitation économique et politique dans le monde.

On observe dans la réalité, un continuum sans véritable rupture entre les pôles opposés, qu’est la gouvernance légale et illicite, démocratique et adémocratique, privée et publique. Provisoirement, nous définirons aussi la démocratie comme la participation du plus grand nombre possible d’acteurs légitimes à une décision favorisant l’intérêt général.

Au travers des affaires économiques et politiques, dont s’est saisie la justice, de nombreux acteurs internationaux, membres des entreprises transnationales (transnationales), ou des pouvoirs publics nationaux ou internationaux, pourtant considérés comme des acteurs non mafieux, participent en réalité à des « groupes criminels organisés ». La Convention des Nations Unies contre la criminalité organisée (dite convention de Palerme) définit ainsi un groupe criminel organisé : « un groupe de 3 personnes ou plus, agissant de concert en vue de commettre une infraction grave à des fins financières ou matérielles ». Il s’agit donc d’action relevant du non-respect des lois, donc de l’illégalité.

L’expression « Françafrique » s’inscrit dans ces pratiques illégales et concerne les classes des élites économiques et des pouvoirs publics. Initialement, l'expression France-Afrique a été utilisée en 1955 par Félix Houphouët-Boigny, pour définir les bonnes relations avec la France. F. X. Verschave, l'a ensuite reprise en la transformant, pour qualifier ainsi, la Françafrique. Voici ce que signifie pour ce dernier, la Françafrique : "ce n'est plus la république, ni même l'Élysée, qui choisit et conduit la politique française en Afrique, mais une nébuleuse d'acteurs économiques, politiques et militaires, un faisceau de réseau polarisé sur la conservation des pouvoirs et l'extraction des rentes. Le système évolue vers la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie[11]. « En Afrique francophone, on part donc dans les années soixante, d'une illégalité érigée en système, d'une ponction de la rente (matières premières et l'aide publique au développement) à des fins internes et externes: la redistribution familiale de fortunes à l'étranger » (Verschave, 1999: 288).

La gouvernance peut être légale, mais inégale. À un premier niveau l’analyse de la gouvernance adémocratique, peut porter sur la dimension de l’égalité et de la légalité. Une grande partie de ce qui est décrit par François Xavier Verschave, concernant ce qu'il nomme la « Françafrique », relève du légal. Par contre, il s’agit de situation légale et en même temps inégale selon les partisans des politiques sociales. Par exemple, lorsque Elf-Total payer des matières premières, très en dessous des prix du marché, tel le pétrole au Congo-Brazzaville (Verschave, 1999), une partie de ces transactions économiques s’inscrivent dans le champ légal, mais sont inégales.

Dans le cadre de la politique libérale classique, le discours officiel des gouvernements à propos des relations Nord/Sud, celui, qui gagne est le plus méritant. Le PDG de L'Oréal par exemple, dont la rémunération mensuelle était de 2,2 millions d'Euros en 2005[12]. Ainsi, dans cette optique, cette rémunération est méritée, car tous les individus disposent des chances égales pour y parvenir. Le rêve américain, s’inscrit dans cette vision : tout ceux, qui le mérite peuvent devenir riche. C’est la liberté et l’égalité théorique. Mais, selon Marx, il s’agit là en réalité de la « la liberté du renard dans le poulailler », car une transnationale disposent de moyens sans commune mesure avec une petite entreprise, un salarié, ou une ONG, qui souhaiteraient l’affronter sur le plan économique ou politique. Cependant, même les critiques des marxistes, des néo-gramsciens, tel Cox ou des antilibéraux envers le modèle théorique de la politique capitaliste libérale restent dans le champ de la légalité et ils ne remettent pas en cause sa dimension illicite. La majorité des universitaires considèrent majoritairement que l’illégalité reste à la marge, donc que c’est une perte de temps et d’énergie que de s’y intéresser.

L’analyse de la gouvernance peut s’opérer sur le plan légal et adémocratique. Il s’agit donc d’un second niveau d’analyse. Les dirigeants du G8, tels les présidents français Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, ont généralement considéré que la gouvernance nationale et celles des organisations internationales sont légales et démocratiques. Dans une démocratie représentative, les dirigeants sont élus, donc il s’agit d’une démocratie au sens courant, mais pas au sens de l’idéal démocratique. Cependant, un certain nombre d’auteurs Castoriadis (1996)[13], Rosenvallon (1998)[14] et d’associations telles Attac estiment qu’une démocratie représentative, si elle est bien légale, n’est pas véritablement démocratique. Par exemple, sans démocratie participative, les citoyens ne peuvent plus participer aux décisions, qu’une fois tous les 5 ans durant le mandat municipal ou présidentiel. De même, le suffrage est censitaire à la Banque Mondiale et du FMI (George, 1994).

La gouvernance illégale représente le non-respect de l’Etat de droit et elle est donc aussi adémocratique. A un 3e niveau, on peut analyser la gouvernance entre les PED et les pays développés sous l’angle de l’illégalité. Une majorité de l’opinion publique mondiale estime que la majorité des faits relèvent du légal et que l’illicite est à la périphérie. Mais, certains auteurs tels Verschave (2003), ou certaines ONG telles Transparency Internationale, World Watch Right ou Survie, considèrent que la part de l’illégale est plus importante qu’il n’y paraît à première vue.

Le non-respect de la loi généralisé signifie l'absence de l'Etat de droit. Nous retiendrons la définition première et minimum de l'Etat de droit, il s'agit d'un système institutionnel dans lequel les pouvoirs publics sont soumis au respect du droit[15]. Ce n'est donc pas une démocratie parfaite, mais un minimum à atteindre pour pouvoir approfondir les autres dimensions.

L’illégalité est une des dimensions des carences démocratiques. Car la démocratie suppose le respect de la légalité, c’est à dire de l’Etat de droit, mais aussi, de la transparence, de la légitimité des représentants, de la participation, etc. La définition de néo-patrimonialisme de Jean-François Médard, inspirée du patrimonialisme Wébérien, s’en rapproche quelque peu. Une des principales dimensions du ’’néo-patrimonialisme’’, réside dans l'indifférenciation, la confusion volontaire dans la gestion et l'usage des biens et des intérêts, privés et publics[16].

Cette définition de Médard vient aussi souligner que la notion de légalité dépend aussi de la culture d’un pays. Cependant, dans un régime républicain occidental fondé sur le respect de l'état de droit, sur le respect des lois, sur une séparation claire entre les biens publics et privés, les pratiques néo-patrimoniales relèvent de l'illégalité. Les élus du peuple, qui s'y adonne devraient donc être punis par la justice, or c'est rarement le cas et lorsqu'ils sont inculpés, cela donne lieu souvent à des non-lieux ou à des légères peines, qui ne sont même pas systématiquement appliquées. Concernant le procès Elf, quelques semaines après son incarcération, André Tarallo (le monsieur Afrique d'Elf), "en sortait pour raisons médicales" et ne devait plus jamais y retourner. M. Tarallo avait fait appel. Un an plus tard, en mars 2005, le jugement était encore plus sévère : sept ans d'emprisonnement ferme et toujours la même peine d'amende, 2 millions d'euros. Or, cette forte amende n'a toujours pas été acquittée[17].

Il s'agit dans ces cas-là d'un véritable déni de la démocratie, dans la mesure ou dans chaque citoyen d’une république est censé être égal devant la loi. Mais, déjà à l'époque monarchique Jean de Lafontaine écrivait dans sa fable « les animaux malades de la peste » (Livre VII, Fable 1), « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Le pire est atteint lorsque que la situation est inégale, illicite et adémocratique. C’est le cas lorsqu’un service secret (CIA, DGSE) ou une transnationale finance des mercenaires pour fomenter un coup d’Etat, comme ce fut le cas de la transnationale Elf au Congo- Brazzaville (Verschave, 2001).

 

Le pouvoir financier illégal et adémocratique des élites : banques, dette et paradis fiscaux. Les banques et les paradis fiscaux sont des accélérateurs de la gouvernance néolibérale et des délits politico-financiers. Le pouvoir de la structure du capitalisme financier (banques, fonds de pension, investisseurs institutionnels…) est majoritairement légal, mais contribue avec le capitalisme productif (de l’industrie, des services, du commerce…) à l’exploitation des travailleurs comme le montrent les inégalités de salaire. Dans certains PED, de nombreux salariés ne gagnent que 1 à 2 $ par jour. Cela créer un contraste d’autant plus saisissant, qu’il existe des différences très fortes avec les plus hauts salaires et revenus. Au sommet de cette pyramide des inégalités de revenus trônent les propriétaires des banques. Or, sans une rémunération suffisante, non seulement il est difficile de satisfaire à ses besoins essentiels, mais le temps, l’éducation et l’information deviennent insuffisants pour assurer un minimum de démocratie économique et politique.

De plus, la démocratie est limitée, lorsque le pouvoir est censitaire, c'est-à-dire que le droit de vote est proportionnel aux prêts émis par les États, comme c’est le cas à la Banque Mondiale et au FMI (Fond Monétaire International). Ces deux organisations internationales publiques, qui travaillent au service de la classe des élites bancaires privées sont de fait, les véritables dirigeants du monde. Les PDG, des banques privées dirigent d’ailleurs, souvent, ensuite, des banques publiques, telle la Banque Mondiale, avant de revenir à leur poste d’origine. Depuis la création du système de Brettons Woods en 1945, la classe des élites bancaires privées et celles des élites publiques du FMI et de la Banque mondiale, forment ainsi, les « prémices » d’un « gouvernement mondial des banques ».

Cependant, ce sont les banquiers privés qui dominent contrairement aux apparences. Peut-être faudrait-il ajouter aussi à cette troïka, les dirigeants de la BRI (la Banque de règlement international), qui édictent des normes internationales bancaires[18]. Si les Etats du G8, assurent leur emprise sur les autres Etats du monde, au plan de la régulation financière, la BRI domine les présidents du G8, même si ceux-ci nous laissent croire le contraire. La domination de la classe des élites bancaires privées est fondée sur la propriété privée de ce « moyen de production », qu’est le système financier. Même si le secteur de la finance ne produit pas de richesse par la production de marchandise, il exerce un service, les échanges financiers, qui est créateur de valeur réelle. Mais, le cœur de son pouvoir réside surtout dans le levier politique exercé par le capitalisme financier, via la dette économique des Etats.

La puissance que confère le rôle de créancier de la dette envers les peuples, mais surtout les États, remonte en France en février 1800. Quelques semaines après le coup d’Etat de Napoléon, financé par un banquier, la Banque de France fut privatisée et ainsi les banquiers privés reçurent de lui, le droit de la création monétaire privée. Ce fut le cas aussi aux États-Unis depuis 1913, date à laquelle fut créée la FED (la Banque Centrale privée du pays). Ainsi, au lieu d’emprunter aux banques publiques les Etats et les populations empruntent aux banques privées, ce mécanisme de création monétaire privé enrichit les banques privées avec de l’argent qu’elles n’ont que partiellement. Ce qui est non seulement illégitime, mais qui appauvrit les Etats et les peuples et place les banques en situation de dominer les nations du Nord au Sud. En 1800, les « 200 familles » les plus riches tenaient déjà les finances de la France et parmi les plus puissants, trônait Amchel Mayer Rothschild ou encore la famille du Baron Sellière[19]. Plus tard, les banquiers jouèrent en plus, un rôle important dans la création de l’Etat fasciste de Vichy.

La crise de la dette publique permet aux marchés financiers et aux classes des élites financières de dominer des États et de leurs peuples en leur imposant des politiques d’austérité néolibérales. Or, lorsqu’elle existe, il n’y a qu’une résistance de façade des élites des pouvoirs publics, puisqu’ils représentent l’élite dirigeante de la classe gestionnaire du capitalisme. Ainsi, une dette publique excessive est un instrument d’enrichissement des plus riches, des rentiers et des spéculateurs. D'un côté, ils paient moins d’impôts et de l’autre s’enrichissent, grâce à des taux d’intérêt élevés, voir très élevés. La dette est donc un instrument, qui permet aux élites financières de dominer des États et de leurs peuples. De plus, aux Etats-Unis, le dollar grâce à son statut de monnaie mondiale permet aux Américains de vivre aux dépens des autres peuples, en s’endettant grâce à un excès de création monétaire.

La majorité de la dette publique des Etats, et en particulier des pays en développement provient du manque de recettes fiscales orchestrées par les politiques néolibérales. Cependant, une autre partie provient aussi des détournements de l’aide publique au développement, par ces dirigeants politiques, au profit de leur compte dans des paradis fiscaux, tel que la Suisse. Le FMI et de la Banque Mondiale connaissent ces faits, mais continuent à verser des prêts à ces pays, sans imposer de véritable condition de transparence, aussi ils portent une part de responsabilité dans les détournements de fonds. De toute manière, plus la dette publique s’accroît, plus les créanciers s’enrichissent et de plus le rachat des dettes publiques, s’avère un marché profitable pour les marchés financiers, au détriment des peuples. De même, la production et le commerce de la drogue sont relativement peu combattus par les pays du Nord, car ce trafic permet de rembourser plus facilement la dette publique de certains États du Sud, telle la Bolivie. Les dettes de développement financent parfois les « éléphants blancs », c'est-à-dire des grands projets payés aux transnationales, tel Bouygues, qui plombent encore plus la dette des pays en développement. De plus, les transnationales, telles Elf-Total prennent parfois les commandes des États grâce à la gestion de la dette publique. Contrairement, à ce que l’on entend généralement, Boisgallais évalue entre 1 et 5%, l'aide publique bilatérale, qui parvient réellement à la population[20]. Enfin, le pillage et le contrôle de l’Afrique en particulier, ne sera pas complet, sans le contrôle du Franc-CFA, par la Banque de France et donc la Banque centrale européenne, au détriment de la souveraineté des Etats d’Afrique francophone.

Dans ces pays, comme en occident, la dette publique est encore alourdie, par les paradis fiscaux favorisant l’évasion fiscale, les flux financiers illégaux massifs et le blanchiment par toutes les grandes banques, telles la Société générale, la BNP, HSBC… Les paradis fiscaux permettent d’échapper aux droits sociaux et à la justice, notamment grâce à la création de sociétés-écrans.

 

Le pouvoir illégal et adémocratique des organisations internationales publiques

Les institutions de santé sont dominées par le capitalisme mondial. Les agences de l’ONU, telles l’OMS sont en partie dépendantes des entreprises privées, notamment pour leur financement, ce qui limite l’efficacité de leurs programmes, tel celui des soins de santé primaires. Mais, aussi, parce que le manque d’indépendance économique des experts, qui créent les règles et les lois sanitaires, nuit à la défense de l’intérêt général, au niveau des institutions internationales, mais aussi nationales. Ces pratiques de l’industrie pharmaceutique, est la conséquence du système capitaliste qu’il soit dérégulé ou non et renforce les alliances de classes. Par exemple, ce ne sont pas les pouvoirs publics, mais les transnationales, qui sont au cœur des programmes de santé et de vaccination, pour lesquelles elles entendent tirer des profits. Ces dernières, tel Rockefeller, créent notamment des fondations philanthropiques, qui permettent d’influencer indirectement les politiques sanitaires des hôpitaux et des Etats. Les lobbys du tabac et de l’amiante mettent aussi l’OMS sous pression. Cette influence des transnationales s’étend jusqu’à l’agence de l’énergie atomique (AIEA), qui parvient à contrôler légalement l’OMS, grâce à des normes juridiques internationales. Or, le lobby militaro-nucléaire est aux commandes de l’AIEA, donc de l’OMS concernant les questions nucléaires.

L’influence des lobbys industriels ne se limite pas à l’OMS. Ils limitent la démocratie, non seulement à l’ONU, mais aussi dans les organisations internationales, tels la Banque Mondiale et le FMI, ou l’OMC. De plus les dirigeants de ces institutions sont la classe des élites bureaucratiques des pouvoirs publics non élues. Ils sont en quelque sorte les ministres des prémices d’un gouvernement mondial capitaliste néolibéral que l’on nomme pudiquement la gouvernance mondiale. De plus, la légitimité démocratique des présidents du G8, qui les nomment, s’avère très limitée et plus encore celles des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité, car ils décident des grandes orientations politiques mondiales, niant ainsi leur souveraineté de 190 pays du Monde.

La puissance des lobbys malthusianistes et eugénistes s’étend jusque dans l’ONU, au sein du FNUAP (le Fonds des Nations Unies pour la Population), qui gère les questions démographiques. Le projet de certains malthusiens consiste à réduire la population de la planète à 500 millions d’individus. Ils entendent limiter principalement les naissances des plus pauvres et des personnes de couleurs, afin que les plus riches disposent de suffisamment de ressources pour vivre sans limites. Certaines élites blanches, telles Kissinger, le conseil des présidents des États-Unis, craignent la puissance des nations et des ethnies pauvres, qui tiennent leur force de l’arme démographique. C'est-à-dire la puissance conférée par leur nombre très important d’habitants, par rapport à la celui des nations blanches les plus riches ayant une faible natalité. Ce qui peut mettre en péril la suprématie du pouvoir blanc occidental. En matière de maîtrise de la natalité, la stratégie malthusienne néolibérale privilégie certaines techniques de contraception, ciblant la population pauvre. Plutôt que de développer des politiques sociales de redistribution des richesses, d’éducation et d’émancipation des femmes. Or, ce type de politique sociale permettrait de réduire la population en favorisant l’équité sociale.

 

Le pouvoir illégal et adémocratique des élites par la production et le commerce

L’exploitation légale et l’aliénation représentent les premièresarmes de domination des élites. Le néolibéralisme représente la pointe la plus avancée du capitalisme, avant sa phase fasciste, c'est-à-dire la dictature capitaliste. L'exploitation légale des travailleurs par le capitalisme et le commerce international néolibéral s’avère le premier facteur de la malnutrition dans les pays en développement, mais aussi des carences démocratiques. La pauvreté nuit à la capacité de se former, d’être éduqué, pour être en mesure de revendiquer ses droits sociaux, économiques et politiques de citoyen. Les menaces de délocalisation permettent de renforcer l’exploitation des salariés. Le fétichisme de la consommation de masse et l’aliénation des travailleurs sont aussi des mécanismes, qui viennent renforcer la domination capitaliste.

La redistribution des richesses, de même que la transparence en matière économique et politique favoriserait aussi la démocratie. Cependant, elle est souvent promise, mais peu généralement peu appliquée. Les inégalités économiques s’expliquent d’abord par des moyens légaux, mais inégaux. Par exemple, les transnationales diminuent leurs impôts en jouant notamment sur les ’’prix de transfert’’ en jouant sur les fiscalités avantageuses des pays où se situent leurs filiales. Ainsi, elles parviennent à verser moins d’impôts que les PME de leur pays. Elles peuvent, sous-évaluer la qualité du pétrole vise à accroitre les profits, ou encore sous-payer les matières premières et les biens publics d'un pays afin d’accroitre leurs profits, tels que l’entreprise Total.

Mais, les profits des transnationales et en particulier de la classe des élites économiques capitalistes s’expliquent aussi par des mécanismes illégaux. Ainsi, les « cargaisons fantômes » ou la non-déclaration de la production relèvent du vol. Créer une caisse noire permet d’échapper au fisc et de mener des actions illicites, notamment contre les syndicats. S’organiser en cartel permet de limiter la concurrence, or c’est interdit par la loi. De même surfacturer illégalement, permet de conquérir un marché public et aussi de verser des commissions et rétro-commissions et donc de gagner un contrat.

 

La concurrence des pouvoirs nationalistes et le pouvoir adémocratique de l’Etat

Les élus et la démocratie sont sous la pression des élites économiques. Les commissions occultes, mais aussi l’aide en nature (prêt de villas, d’avions, de yacht…) aux élus permettent aux acteurs économiques d’acheter certains élus. De plus, la puissance de financement légal, des entreprises vis-à-vis des partis politiques limitent leur indépendance. La puissance de l’argent a peu de limites, lorsque l’on accède à un certain niveau de richesse. Ainsi, elle permet même de s’acheter plusieurs nationalités ou des décorations honorifiques en remerciement de services rendus.

La collusion entre les pouvoirs publics et le capitalisme privé s’explique par des intérêts économiques communs de classe, mais aussi par la subordination des pouvoirs publics aux classes capitalistes, grâce à leur puissance économique et productive. Les membres de la classe des élites des pouvoirs publics (les présidents élus, les ministres, les directeurs des hautes administrations nationales et internationales…) et la classe des élites économiques (capitaliste) sont unis par des d’intérêts économiques communs et une proximité de capital culturel, symbolique et social (réseaux, amitiés…). Même dans un système fasciste ou communiste totalitaire, cette union reste de même nature, par contre, c’est la classe des élites des pouvoirs publics, qui disposent dans ce cas du pouvoir dominant.

La dépendance psychique au pouvoir et à ses symboles unit les classes des élites économiques et des pouvoirs publics. Poulantzas explique que pour conserver leur accès au poste de la "classe régnante", les membres de la classe des élites des pouvoirs publics, doivent montrer leur soumission à l’idéologie capitaliste de la « classe hégémonique » des élites propriétaires des grands moyens de production (c'est-à-dire les transnationales bancaires et productives)[21]. Ces alliances entre ces deux classes de l’élite est renforcée par leur dépendance psychique au pouvoir et à la reconnaissance sociale. Les élites des pouvoirs publics pourraient en être privées, si elles ne montraient pas suffisamment de signes d’allégeance aux classes capitalistes. Ces derniers disposent pour cela de multiples leviers, pour évincer les dissidents de la classe des pouvoirs publics : la puissance de leurs réseaux, les chantages de nature économique, tel le fait de délocaliser leurs entreprises, la menace de sortir une affaire compromettante, la diminution de leur financement aux partis politiques… Mais, c’est rarement utile, car ces derniers sélectionnent de plus les élites politiques futures, bien en amont.

L’appareil judiciaire étant un des rouages des pouvoirs étatiques, il est lui aussi, sous l’influence de la classe capitaliste explique Marx. Les élites économiques et politiques parviennent ainsi, à se placer au dessus des lois et à échapper à la justice, créant une justice à deux vitesses. En France cela s’explique notamment par le fait que le pouvoir de nomination de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire (les procureurs, qui sont des magistrats du parquet) limite l’indépendance de la justice. Ainsi, en un juge d’instruction peut-être dessaisi par le parquet, ou sanctionné par le CSM (Conseil supérieur de la magistrature), afin de stopper une affaire gênante pour le pouvoir politique. Le classement sans suite par le parquet ou l’invocation du secret défense par le gouvernement, permet d’éviter la poursuite d’une affaire gênante pour le pouvoir. Les membres du gouvernement, qui exercent ce type de pression se justifient sans doute intérieurement, en considérant que la défense de l’intérêt des transnationales de leur pays, telle la Société Générale, BNP-Paribas, Total, ou d’Areva, est bénéfique pour la prospérité de leur nation. Or, c’est surtout les profits de la classe des élites économiques, qui est privilégiée en réalité. La lutte entre les réseaux concurrents, entre partis politiques, entre transnationales, entre services secrets, conduit à transmettre des informations cachées et explique parfois l’émergence de certains procès et grandes affaires, tel l’Angolagate, Clearstream.... Mais, majoritairement, c’est plutôt le fait que chacun détient des informations compromettantes sur ces adversaires, qui fait que les élites se tiennent entre elles, et ne s’attaquent que rarement par le biais des tribunaux. C’est donc principalement des pressions adémocratiques exercées par la classe des élites des pouvoirs publics, qui entravent la justice. De manière plus secondaire, les puissants peuvent aussi s’appuyer sur leurs réseaux, tel celui des francs-maçons, afin de limiter l'impartialité des juges.

De manière plus générale la privatisation néo-libérale de la régulation, diminue les budgets de la justice, des instances de contrôle, tels les inspecteurs financiers, les inspecteurs du travail. De plus, la croissance des auditeurs privés générée par ses politiques privatise la création des normes et des acteurs de la vérification. C'est pourquoi cela conduit les auditeurs à dépendre de ceux qu’ils contrôlent, car ils rémunèrent leurs services et perdent donc en indépendance, tel dans le scandale Enron/Ernst&Young. Ainsi, dans le cadre de la gouvernance des normes, la normalisation technique se substitue au politique.

Les gouvernements soutiennent le développement économique, donc leurs transnationales. Un chef de gouvernement en déplacement à l’étranger invite logiquement à l’accompagner, les dirigeants des transnationales. C'est pourquoi le ministère des Affaires étrangères est d’abord le ministère des transnationales du pays. Ainsi, par sa nature, un système de type capitaliste renforce la proximité et les intérêts communs entre la classe des élites des pouvoirs publics et celles des élites économiques. Par conséquent, certains gouvernements s’appuient sur leurs transnationales pour contrôler un autre État, comme De Gaulle le fit dans de nombreux pays d’Afrique, grâce à Elf. Mais, pour atteindre ces objectifs, la pratique consiste plus souvent à placer un dirigeant fantoche ou à truquer les élections, afin de servir les intérêts des nations dominantes.

 

Le pouvoir répressif et illégal des élites

Les guerres entre nations se tiennent généralement au service des intérêts capitalistes nationaux. Lorsque le pouvoir économique ne suffit plus à assurer l’exploitation d’un pays étranger, alors la prédation de ses ressources, au service des intérêts capitalistes se réalise aussi par la violence, le financement ou l’organisation de coups d’Etats et de guerres. Ces dernières étant alors habillées de mobiles préventifs, humanitaires ou solidaires. La guerre extérieure envers un Etat étranger vise généralement des objectifs géostratégiques, tels que le contrôle de l’exploitation des matières premières, des voies de transports, des points de contrôle militaire, l’unification ou le démantèlement de territoires ayant des intérêts politiques communs… C’est pourquoi derrière les guerres civiles, locales et nationales se cache généralement une compétition entre grandes puissances, au service des intérêts de leurs entreprises et de leur économie. Il s’agit de la dimension nationaliste des conflits, qui dépasse cette fois, les seuls enjeux capitalistes, mais les renforcent. Le partage des zones d'influence se déroule donc sur la base du rapport de force, qu’il soit économique, politique ou militaire.

 En dépit du fait que les grandes puissances prônent des valeurs républicaines et démocratiques, elles soutiennent souvent militairement les dictatures auxquelles elles sont alliées. Car dans un système fondé sur le principe de la domination, les valeurs démocratiques d’égalité économique et politique s’avèrent secondaires en réalité. Or, les méthodes adémocratiques de la classe des élites des pouvoirs publics pour accroître leur propre domination sur les autres nations sont pléthoriques. Par exemple, créer une fausse révolte populaire nationale peut permettre de cacher un coup d’Etat par un gouvernement étranger. Ou encore, créer de faux motifs, afin de discréditer un adversaire pour justifier ensuite une répression. Financer chacun des deux camps offre aussi l’opportunité de gagner à tous coups. Les grandes banques privées, le FMI et la Banque Mondiale ont aussi une part de responsabilité, dans la violence, lorsqu’elles appuient la répression des populations en soutenant des dictateurs grâce à des prêts financiers pour l’achat d’armes, créant de plus une dette publique d’oppression.
Les milices privées et les mercenaires permettent de faire la guerre par procuration en privatisant les armées. Un des avantages des mercenaires consiste dans le fait qu’ils ne prennent généralement pas eux-mêmes le pouvoir dans le pays où ils sont recrutés, puisqu’ils sont généralement de nationalité étrangère. De plus, l’usage de mercenaires vise aussi à dédouaner les gouvernements de leur responsabilité, puisque ce ne sont plus ces derniers, qui porteront la responsabilité de l’acte. Pour accroître leur rémunération, les mercenaires sont souvent en plus trafiquants d’armes, de drogues, de pierres précieuses ou de pétrole. Pour la même raison, les services secrets officiels commettent souvent le même type de délits. Ce qui ajoute encore à leur rôle anti-démocratique.
Tandis que les mercenaires sont généralement d’anciens membres de corps d’armée d’Etat, les agents des services secrets, eux en sont encore membres. Étant donné qu’ils ont souvent des intérêts communs, Il y a souvent de fortes collusions entre les intérêts des industriels de l’armement et les services secrets. Ces derniers luttent parfois entre services, pour protéger les corrupteurs influents, qui sont généralement de grands industriels. De plus, les services secrets disposent généralement de camps de détention illégaux et enlèvent des citoyens à Guantanamo, mais aussi en Europe. Mais, ils vont souvent plus loin dans l’illégalité, chaque fois qu’ils commettent des assassinats d’opposants aux intérêts de leurs pays.
La police et l'armée usent parfois aussi du meurtre ou de la torture ultra-violente, pour faire naître un sentiment de terreur, afin d’exercer une pression psychologique sur les populations. Cependant, les militaires des Etats dits démocratiques, réalisent ce type d’actions dans d’autres pays que leurs, ou forment pour cela des soldats appartenant au pays où s’exercera cette violence. Certaines élites économiques et politiques n’hésitent pas, elles non plus, à « faire chanter », ou menacer un individu pour le tenir à leur merci. Si cela ne suffit, pas elles commettent parfois des actes criminels, tel le meurtre de J.F. Kennedy, ou du ministre Boulin par le SAC, le réseau au service de Chirac.

 

Le pouvoir adémocratique relationnel et idéologique de la classe des élites

La violence n’est que le dernier recours, car le pouvoir idéologique de la classe des élites capitalistes est plus puissant et plus insidieux. Le « soft power » représente le pouvoir de conquête par la puissance douce de la culture et des idées. A la Banque Mondiale, l’idéologie néo-libérale est hégémonique. Ainsi, ses dirigeants embauchent de grands économistes, afin de défendre cette idéologie, en argüant que les gains des plus riches bénéficieront à terme aux pauvres. La puissance financière des classes capitalistes et la privatisation de la recherche accroissent encore l’hégémonie idéologique des élites.

Le pouvoir religieux représente lui aussi, une composante du pouvoir idéologique. Or, il est traditionaliste et renforce les forces conservatrices au pouvoir, jusqu’aux les classes royalistes et parfois même fascistes. La puissance financière des grandes religions est considérable et les conduit à défendre leur patrimoine, leur propriété privée comme le font les grands propriétaires capitalistes.

La franc-maçonnerie est elle-même une religion, qui s’assume rarement comme telle et qui exerce un pouvoir par ses réseaux et son idéologie. Le projet principal de ses élites consiste à édifier un nouvel ordre mondial, pour le bien de l’humanité…De nombreuses élites économiques et élites des pouvoirs publics appartiennent aux réseaux des francs maçons. Ces derniers s’avèrent très utiles pour les affaires nationales et internationales, telles celles de la Françafrique et parviennent parfois à limiter ainsi, l'impartialité des juges, dans certains procès.

Les réseaux servent à véhiculer des idéologies, des projets ou encore à créer des alliances entre individus ou entre groupes. Les réseaux, l’étendu de son carnet d’adresses, de ses relations sont des formes du pouvoir relationnel, c'est-à-dire du capital social. D'ailleurs, l’accès et l’usage du pouvoir sont souvent une affaire dynastique et pas seulement dans la royauté ou l’aristocratie. Les élites économiques capitalistes appuient les élites des pouvoirs publics dans le cadre d’alliance de classe. Mais, le va-et-vient, « le pantouflage », entre les postes des élites des pouvoirs publics et des élites économiques nuit à la démocratie et à la justice sociale. Car les conflits d’intérêts entre le pouvoir économique et politique mettent en péril la démocratie. Les lobbys s’appuient sur leurs réseaux et usent du lobbying légal, jusqu’au trafic d’influence qui est illégal.

Parmi les plus puissants, des réseaux figurent les associations professionnelles contribuant à l'élaboration des politiques internationales, tels le groupe Bilderberg ou la Commission Trilatérale. Plus les réseaux sont situés à des étages élevés, plus leurs membres sont d’une culture élitiste, voire d’extrême droite. Ils défendent fréquemment le culte nietzschéen, de la puissance du grand homme, dans le cadre d’un capitalisme quasiment totalitaire, qui relève d’une idéologie fasciste. Cependant, s’il était possible de supprimer tous les réseaux et le lobbying, le pouvoir de la classe des élites perdurerait néanmoins, par le biais des autres pouvoirs économiques, étatiques, idéologique, répressif…

 

Le pouvoir adémocratique par la communication et la dimension psychosociologique du pouvoir des élites

Les élites économiques se considèrent souvent comme les dirigeants les plus légitimes du monde et des médias. Or, l’appropriation de ces derniers, par les grands propriétaires privés, limite la démocratie communicationnelle. Ce qui explique que si généralement, les médias disent la vérité, ils mentent très souvent par omission et s’autocensurent. Ainsi, les élites usent de la communication comme d’un instrument de propagande, au service de la pensée unique actuelle : le modèle capitaliste néolibéral adémocratique. Pour cela, la classe des élites politiques, n’hésite pas à défendre une politique et à pratiquer le contraire afin de tromper la population et en particulier les électeurs, ou à diffuser en masse une information secondaire, pour empêcher de distinguer les informations essentielles. De même, l’usage de la « novlangue » permet la manipulation conceptuelle ou la récupération des idées de l’adversaire en les travestissant au service de leur doctrine.

Cependant, si les forces anticapitalistes parvenaient au pouvoir et créaient juridiquement une démocratie économique et politique parfaite, elles échoueraient, si le niveau psychologique des citoyens et plus encore des dirigeants n’était pas suffisamment élevé. Car, lorsque le besoin psychologique du pouvoir est excessif, car il est fondé sur une trop grande peur inconsciente d’être faible, explique Adler[22]. Alors, cela conduit les dirigeants à contourner les règles les plus démocratiques, quelles que soient les organisations : des gouvernements, aux entreprises, jusqu’aux associations. Dans ce cas, derrière le discours de service à autrui ou à la nation, le service de ses intérêts de pouvoir, ou en plus un besoin de reconnaissance et de gloire, du fait d’un trop grand besoin subconscient d’être aimé. La classe des élites inculque à leurs enfants, les valeurs et les codes, pour accéder aux plus hautes fonctions. Ainsi, savoir allier le respect de la tradition et la compétition sauvage est une clé d’accès au pouvoir[23]. Ce sont les normes sociales de la classe des élites, qui conduisent certaines d’entre elles à commettre des délits, par l’imitation et la pression sociale de leurs pairs.

Cependant, la puissance du psychisme ne se limite pas aux élites, car la soumission psychosociologique à l’autorité nuit à la démocratie et conduit à la « servitude volontaire », selon les mots de La Boétie. Cette dernière est renforcée par l’usage de la psychologie, qui permet de mieux manipuler les foules, en usant par exemple du mécanisme du bouc émissaire, qui vise la protection de soi et de ses intérêts par la manipulation du groupe. De même, le fait de renforcer les conflits identitaires permet d’accroître le pouvoir d’un dirigeant, en s’appuyant sur la projection de ses peurs subconscientes sur l’étranger, sur un pays, ou sur un individu.

 

 

Conclusion

Pour comprendre comment la classe des élites exerce son influence sur la gouvernance globale, il s’agit donc de prendre en compte 9 principales formes de pouvoirs adémocratiques et parfois illégaux des élites en France, aux États-Unis, en Afrique et dans le monde.

Il s’agit des structures du pouvoir illégal exercé par la classe des élites concernant :

- Le pouvoir économique financier : banques, dette et paradis fiscaux

- Le pouvoir des organisations internationales publiques

- Le pouvoir économique de la production et du commerce

- Le pouvoir adémocratique de l’État et le pouvoir du nationalisme

- Le pouvoir répressif

- Le pouvoir relationnel et idéologique

- Le pouvoir par la communication et la dimension psychosociologique du pouvoir.

Mais le pouvoir psychologie et économique restent actuellement les pouvoirs dominants.

 

 


[1] CUA Juliette, GOUËSET Catherine, « Les hommes politiques condamnés et réélus », L’Express, 22/06/2009.

[2] NICE MATIN, 4 janvier 2000.

[3] LECADRE Renaud, « Marchiani, l’homme de l’ombre qui embarrasse Sarkozy », Libération, samedi 26 avril 2008.

[4] Verschave François Xavier, Noir Silence, Les arènes, 2000, p. 429.

[5] BRUGVIN Thierry, Le pouvoir illégal des élites, Max Milo, 2014.

[6] POULANTZAS Nicos, Pouvoir politique et Classes sociales, Paris, Maspero, 1971, tome 2.

[7] OFFE Claus, « Les institutions démocratiques peuvent-elles faire un usage efficace des ressources morales », Les démocraties modernes à l’épreuve, Sintomer Y., Le Saout D., l’Harmattan,1997.

[8] COX Robert, Production, Power and World order, Columbia University Press, 1987.

[9] BRAIBANT Patrick, 2005, Lettres aux anticapitalistes et aux autres sur la démocratie L'harmattan.

[10] TOCQUEVILLE Alexis, 1948, Souvenirs, Tome 2,

[11] VERSCHAVE François Xavier, 1999, La Françafrique, Stock, p. 296.

[12] EVIN, Un patron de Cac gagne 100 fois plus qu'un patron de PME, L'expansion, 13/12/2006.

[13] CASTORIADIS Cornélius, 1996, Le carrefour des labyrinthes, Seuil.

[14] ROSENVALLON Pierre, 1998, Le peuple introuvable: Histoire de la représentation démocratique en France, Gallimard.

[15] Dans cette seconde définition (que nous ne retiendrons pas), l'Etat de droit se compose du respect des droits fondamentaux (civils et politiques), l'Etat libéral (Etat minimum, régalien, gendarme) et la démocratie libérale (pluralisme des partis, suffrage universel). "L'Etat de droit apparaît comme une organisation politique et sociale destinée à mettre en oeuvre les principes de la démocratie libérale" (CHEVALIER, Jacques, 1994, L'Etat de droit, Paris, 2e Edition, p.54).

[16] MEDARD Jean François, 1995, "l'Etat néo-patrimonial en Afrique noire", Etat d'Afrique noire, Formation, mécanisme et crise, Karthala, p. 325-339.

[17] ROBERT-DIARD Pascale, 09/03./2007, « Affaire Elf : l'amende impayée d'André Tarallo », Le Monde.

[18] DELOIRE Christophe, DUBOIS Chrisophe, Circus Politicus, Albin Michel, 2012, p.65-66.

[19] SEDILLO Georges, Histoire morale et immorale de la monnaie, Ed. Bordas culture, Paris, 1989.

[20] VERSCHAVE François X., BOISGALLAIS Anne Sophie, 1994, L'aide publique au développement, Syros.

[21] POULANTZAS Nicos, Pouvoir politique et Classes sociales, Paris, Maspero, 1971, tome 2.

[22] ADLER

[23] ROBBINS Alexandra, Skull and Bones

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