Comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon : après le Monde, France Inter.

L'offensive des chiens de garde contre la FI et Jean-Luc Mélenchon est d'une redoutable violence. Ce qui est attaqué ici est notre principale force : la probité de La France Insoumise et le respect, non seulement du droit, mais aussi de la moralité.

Cette attaque calomnieuse survient au moment où sort le film « l'Insoumis » qui casse nombre d'étiquettes accolées à Jean-Luc Mélenchon, au moment où la FI est en mesure de remporter 2 législatives partielles, au moment où Macron lui-même devrait rendre des comptes sur le budget de sa campagne sur des faits infiniment plus graves puisqu'il est question de dépassement des plafonds de dons autorisés.

Ce matin, France Inter nous fait croire à un nouveau Watergate. La radio a sorti pour cela la « cellule d'investigation de Radio France » qui n'a pas hésité à faire une enquête de terrain, du véritable reportage d'investigation, en lisant le rapport de la CNCCFP.

L'article en question est ici: https://www.franceinter.fr/politique/revelations-les-etranges-factures-de-la-campagne-presidentielle-de-jean-luc-melenchon.

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 Que lit-on dans ce rapport ? Qu'une partie des frais de campagne présentés par l'équipe de Jean-Luc Mélenchon a été retoquée. Nulle fraude, nulle infraction à la loi de 1988 sur le financement de la vie politique, puisque les comptes ont été par ailleurs validés. Simplement, certaines factures présentées resteront à charge du candidat.

Voilà pour les faits. Venons-en à leur interprétation. Et là, on voit que l'on n'a pas missionné le dernier stagiaire embauché, l'article de Inter surfe très habilement sur la vague de la calomnie sans jamais tomber dans la diffamation.

D'abord aucune affirmation ! Les arguments sont apportés soit sous la forme de fausses questions : « des structures dirigées par des proches de Jean-Luc Mélenchon ont-elles surfacturé leurs services pendant la campagne présidentielle et bénéficié du remboursement de l’Etat ? » auxquelles on apporte des réponses diffamatoires mais inattaquables en justice : « Plusieurs centaines de milliers d’euros de factures posent question » ; soit entouré d'un vocabulaire qui élude les accusations directes « il apparaît que l’association à refacturé très cher les "prestations intellectuelles" », « La CNCCFP se demande si l’Ere du peuple (…) n’a pas cherché à surfacturer plusieurs prestations », « les 1 161 768 € qu’elle a facturé pendant la présidentielle ont également éveillé la curiosité des rapporteurs », «  surtout, Mediascop semble n’exister que pour porter la communication de Jean-Luc Mélenchon », « Jean-Luc Mélenchon a payé étonnamment peu de salaires »... Rien d'attaquable, mais les accusations de fraudes sont là !

Un seul conditionnel ( les auteurs sont habiles) pour évoquer la réponse de Jean-Luc Mélenchon : « ses comptes de campagne ont été validés , il n’y aurait donc, selon lui, plus matière à évoquer de possibles irrégularités ». Cette affirmation, remise en cause par l'emploi d'un conditionnel, est tout de suite contredit par le travail de « la cellule d'investigation de Radio France » qui précise « pourtant, à bien la lire, la décision de la Commission nationale des comptes de campagne et du financement politique (CNCCFP) est plus nuancée ».

Quand des attaques plus directes sont apportées une question rhétorique efface aussi la diffamation « Comment l’expliquer ? ». Pas de conditionnel, mais une rédaction fort habile qui fait passer pour anormaux des faits tout à fait habituels. Les journalistes qui ont pondu cet article jouent sur du velours : leurs lecteurs n'ont aucune connaissance des règles de financement des campagnes électorales et de la vie politique.

Reste un vocabulaire qui fait directement appel à des soupçons de magouilles et de fraudes : il est question de « montage », d'un « recours massif à la "sous-traitance" très inhabituel », on parle de « surfacturation », on évoque « des sociétés, créées parfois uniquement pour l’occasion ».

Pour compléter le tableau, l'article insiste sur le travail d'investigation, comme si ces informations avaient été difficiles à révéler alors qu'elles sont issues de comptes publiés à la disposition de tous citoyens « Nous avons eu accès au détail de ces marchés », « d’après nos informations ». Ce travail journalistique est étayé par des références d'articles qui permettent des « recoupements », seulement ces références sont soit des auto-références, soit la référence à l'article du Monde qui correspond à la même campagne. L'enquête serait partie de la démission d'un conseiller de la CNCCFP soi-disant du fait de la validation des comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon, il est fort habilement précisé que l'article (publié par Médiapart) est « payant » pour inciter à accepter l'interprétation des journalistes de France Inter, alors que les choses ne sont pas si simples. Preuve de l'embarra de l'équipe de Mélenchon, il est précisé que personne n'a accepté de répondre à la fameuse « cellule d'investigation de Radio France » !

J'ai pris du temps pour démonter l'argumentaire de l'article pour vous aider à mieux comprendre comment on construit une affaire à partir de faits simples. Venons-en à ces faits :

  • D'abord, une partie des comptes présentés ne sera pas remboursée. On parle ici de 400 000 euros, soit 3,7% des frais de campagne. Je vous mets en commentaire le lien avec la décision de la CNCCFP pour que vos puissiez voir de quoi on parle.

  • Le principe du financement de la campagne veut cela : les mandataires financiers présentent à la CNCCFP les recettes et les dépenses de la campagne, pour les dépenses, on inclut toutes celles qui semblent liées à la campagne (à l'appréciation de l'équipe de campagne) et le remboursement de ces frais de campagne est à l'appréciation de la CNCCFP. Il est normal et prudent de présenter toutes les dépenses, même si on doute du remboursement : en effet, si la CNCCFP juge qu'une dépense dont elle a connaissance aurait dû être déclarée et qu'elle ne l'est pas, les comptes sont déclarés non sincères et sont invalidés, ainsi que l'élection du candidat s'il est proclamé vainqueur. Cela peut même aller au pénal pour le mandataire financier et le candidat.

  • De même pour les recettes, il vaut mieux déclarer des recettes qui seront éventuellement retoquées. Non seulement pour se prémunir d'une insincérité des comptes, mais parce qu'il est strictement interdit de présenter un compte déficitaire. Si les comptes sont équilibrés et qu'une recette est rejetée, les comptes sont invalides et cela est assimilé à une fraude !

  • Ensuite, « les montages » avec de prétendues associations et entreprises fictives. Jean-Luc Mélenchon l'a très bien expliqué : sa campagne a commencé très tôt, bien avant le début de la campagne officielle, et donc bien avant que l'équipe de campagne puisse être déclarée en préfecture. Contrairement aux autres candidats, Jean-Luc Mélenchon partait d'un mouvement politique totalement nouveau. Il ne pouvait donc pas s'appuyer sur un parti existant. Il aurait pu s'appuyer éventuellement sur le PG, mais on comprend tout de suite que cela aurait totalement anéanti le principe fondateur de la France Insoumise, qui justement rejette la logique de partis.

  • France Inter n'hésite pas à incriminer de nombreuses personnes, dont 3 députés la FI (en dehors de Jean-Luc Mélenchon : Mathilde Panot, Alexis Corbières et Bastien Lachaud. Chaque député doit faire une déclaration de patrimoine qui inclut les revenus sur 5 ans. S'il y avait eu malversation, et là encore on est dans du pénal (abus de biens sociaux et recel d'abus de biens sociaux), ça ne serait jamais passé. Tout comme ça ne passait pas si Bernard Pignerol, président de l'Ère du Peuple, avait effectué des actes frauduleux. Il est conseiller d'État et à ce titre très surveillé sur ses activités de responsable associatif.

Pour le reste, ce matin France Inter a lancé un message de menace en évoquant un fait qui n'est pas dans l'article (une supposée fraude à la TVA citée non démontrée) et se montre extrêmement dégueulasse en rapprochant par une figure de style douteuse la campagne de Jean-Luc Mélenchon de celle de François Asselineau et de celle de Marine Le Pen.

Après ce genre de publication, il sera difficile pour les médias qui mènent une telle campagne de justifier les attaques contre Russia Today ou Sputnik. Que l'on ne s'étonne pas de la défiance du Peuple vis-à-vis des journalistes.

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