Arles 2015, une page s'est tournée.

Self-portrait sur une photographie de Sokiko Nomura, exposition "Another language". © Thierry Girard Self-portrait sur une photographie de Sokiko Nomura, exposition "Another language". © Thierry Girard


"Je sens que bientôt Arles va générer comme à Avignon un réel sentiment de frustration, celui de ne pouvoir tout faire et tout voir. Nous sommes bien loin de la manifestation originelle, concentrée sur quelques lieux de la vieille ville, avec la place du Forum comme centre névralgique. Les terrasses de la place n’étaient pas alors, comme aujourd’hui, remplies de touristes divers dont fort peu s’intéressent en fait aux Rencontres, mais elles étaient presque exclusivement occupées par les photographes invités, par ceux qui rêvaient de l’être et par tout un monde de petits et grands officiants de la photographie. Les barrières de génération et de renommée étaient vite franchies, la bière et le pastis vite partagés. Les jeunes photographes les plus chanceux (ou les plus “pushy“) se retrouvaient au bord de la piscine de l’hôtel du Forum à discuter avec les “stars“ du moment… Les lectures de portfolios (un bien grand mot à l’époque, parlons plutôt de boites de tirages) se faisaient à l’improviste, au coin d’une table, ou dans l’ambiance plus feutrée du Nord-Pinus ou de l’hôtel Arlatan. On trouvait là quelques personnalités qui assumaient avec abnégation, année après année, leur rôle de découvreur, de critique et de conseilleur, tel Jean-Claude Lemagny qui aimait recevoir dans la pénombre d’un salon de l’Arlatan où il dispensait avec courtoisie, et en prenant son temps, son goût pour « la Matière, l’Ombre, la Fiction », trahissant parfois son émotion et son enthousiasme intérieur par un léger tremblement des mains en tenant telle ou telle photographie qu’on lui présentait. Aujourd’hui, les lectures de portfolios se font à l’échelle industrielle, soit dans la poussière et la chaleur de la cour de l’archevêché, soit dans le cadre officiel (payant et minuté) des Ateliers Sncf. Un changement d’échelle et d’esprit à l’aune de ce qu’est devenue “l’économie“ de la photographie aujourd’hui, et que ne pouvaient évidemment pas imaginer Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette, Jean-Claude Lemagny et Michel Tournier lorsqu’ils ont inauguré les premières Rencontres de la photographie un jour de juillet 1970. Depuis, ce n’est pas seulement une page qui s’est tournée, mais un livre entier."

La suite (ou plutôt le début) de ce billet sur les dernières Rencontres d'Arles à lire sur le lien suivant :
https://wordspics.wordpress.com/2015/08/14/arles-2015-une-page-sest-tournee/

 

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