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Billet de blog 6 novembre 2021

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Tous-Anti-Cobayes !

Sollicité deux fois pour des essais thérapeutiques, deux fois j’ai refusé. Et maintenant le vaccin anti-covid ! Trois milliards de cobayes participent au plus grand essai thérapeutique de l’histoire ! Mais avec l’arrivée des nouvelles « gélules du covid » de Merck et Pfizer où va-t-on trouver encore des cobayes frais, Monsieur le Ministre ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  En 2007, en attente d’un traitement pour une hépatite C au service d’hépatologie de l’hôpital Beaujon de Clichy, on me propose de participer à une étude thérapeutique pour l’Albuferon (alb-IFN), une nouvelle association d’albumine et d’un cocktail composé de l’antique interféron (découvert par hasard en 1957) et de la vieille ribavirine (mise au point en 1970). Le traitement à l’Albuferon m’est présenté comme très prometteur, plus court, qui offrirait un meilleur confort, moins d’effets secondaires. Pas franchement enthousiaste, j’avançais prudemment dans les démarches. Une infirmière des AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) me décrit le déroulement de cette étude "randomisée" et tous ses avantages, notamment celui d’être mieux suivi que les candidats au traitement classique. Chic ! Le formulaire de consentement éclairé de dix pages qu’elle me tendait et que je devais signer était à en-tête de Human Genome Sciences, Inc. (Human Genome Sciences, Inc ; PXL #82561Alb-Ifn), promoteur de l’étude. Les AP-HP n’apparaissaient nulle part dans le formulaire. Troublé, je visite le site du laboratoire et tombe sur les courbes et graphiques de fabuleuses prévisions pour le futur Albuferon, en dizaines de millions de dollars. Une enthousiasmante phase III d’expérimentation démarrait, la phase de tous les espoirs. Great ! Les courbes aguicheuses de l’Albuferon ont depuis été effacées, Human Genome Sciences, Inc. a été racheté par GlaxoSmithKline, mais on trouve encore des traces de la prometteuse expérimentation et ses chiffres vertigineux dans l’article du 13 novembre 2008 du site américain « Evaluate Vantage » (Independent, data-driven daily news and analysis on pharma, biotech and medtech) où on peut lire, juste pour se donner une idée, que « les prévisions de 70 millions de dollars en 2010 devraient ensuite atteindre 726 millions de dollars d'ici 2014 » grâce à Albuferon. Terrific !

 Je refusais donc cette proposition indécente. Pourquoi me prêterai-je à ce marché de bonimenteurs multimillionnaires, sans salaire, mais pas sans risques ?! Le formulaire signalait, au bas d’une liste impressionnante d’effets indésirables, des « décès d’origine inconnue » survenus au cours des phases précédentes de l’étude ! Je le gardais soigneusement dans l’idée d’écrire à ce sujet une fiction perverse : l’histoire d’un personnage mal intentionné qui aurait décidé de se prêter à un essai thérapeutique dans le seul but de le faire échouer.

 Surprise, trois ans plus tard, le 1er novembre 2010, un hépatologue français renommé, le Professeur Yves Benhamou de l’hôpital de la Salpêtrière, membre du comité d’évaluation de l’Albuferon, est arrêté à Boston par le FBI pour « soupçon de délit d’initié ». Le Professeur Benhamou était accusé d’avoir communiqué les résultats calamiteux de l’étude Albuferon à un gestionnaire de fond spéculatif qui aurait vendu ses actions Human Genome Sciences, Inc. juste avant que le laboratoire ne publie officiellement ses résultats, le lendemain. Où le cours de l’action dégringolait de 44 %, où « la brillante carrière du professeur Yves Benhamou était stoppée par la justice américaine ». Le « médicament expérimental » retournait dans ses cartons, « deux patients participant aux essais souffrant de très graves effets secondaires, l'un d'entre eux finissant même par succomber. » (Le Parisien du 8 novembre 2010).

 Aux États-Unis, on ne plaisante pas avec le délit d’initié.

 Je ne saurai jamais ce qu’en ont pensé les centaines de cobayes de l’Albuferon de par le monde. Bien que rattrapé par la réalité, je continuais à écrire mon roman. Mon cobaye rebelle gagnait un peu en légitimité.

 Mais comment l’Assistance Publique pouvait-elle se compromettre ainsi dans ce business foireux ? Comment tant de patients se laissaient séduire par l’expérimentation ? Et pourquoi les patients tentés par une telle étude ne seraient-ils pas rétribués ? Pourquoi ne pas offrir une prime, rétroactivement, en cas de succès commercial de la molécule ? Puisqu’on en est là, puisque tout le monde, actionnaires des laboratoires, fonds spéculatifs, industriels, en profitent, y compris nos chers professeurs qui font des ménages dans ces glorieux comités ? Puisque la médecine est vendue aux laboratoires, pourquoi pas les cobayes ?

 Ou pourquoi ne pas obliger les laboratoires à inclure dans le formulaire de consentement éclairé leurs prévisions financières, leurs prévisions de bénéfices, leurs projections de dividendes aux actionnaires ? Voilà qui éclairerait utilement la décision du brave malade tout dévoué au progrès scientifique !

 Le rapport du cobaye au promoteur d’essai thérapeutique est terriblement « asymétrique » et déloyal. D’un côté, un individu malade, en demande de solutions, sous emprise de l'autorité médicale, qui peut sincèrement croire qu’il aide la science ; de l’autre une multinationale et des actionnaires avides de gros profits, soucieux de trouver des candidats en nombre. Le bénéfice pour les uns, le risque pour les autres. Jusqu’en 2019, de nombreuses études étaient empêchées ou retardées faute de candidats, encourageant des sollicitations un rien racoleuse parfois.

 Mais pour le covid, les vaccinés sont autant de cobayes. Les vaccins anti-covid sont toujours en cours d’expérimentation tant que les AMM (Autorisations de Mise sur la Marché) ne sont pas délivrées et requièrent donc le consentement libre et éclairé de chaque participant à la vaccination et pour chaque injection ?

 Selon le Code de la santé publique, aucune recherche interventionnelle impliquant la personne humaine ne peut être pratiquée « sans son consentement libre et éclairé recueilli par écrit, après que lui a été délivrée l’information prévue » (article 1122-1-1). […] Par leur nature comme par leur méthodologie expérimentale, les quatre vaccins anti-covid semblent entrer dans cette catégorie. Quant à l’information préalable, elle doit inclure notamment « les risques prévisibles » et « les éventuelles alternatives médicales » (article 1122-1). Philippe Ségur, Professeur de droit public à l'Université de Perpignan, RDLF (Revue des droits et libertés fondamentaux) « Sur la licéité d’une obligation vaccinale anti-covid 19 »

« On voit mal, du reste, comment le consentement pourrait être tout à fait « éclairé » en présence d’un risque inconnu et d’une technique vaccinale complexe » complète le sage Philippe Ségur.

 Alors cobayes du covid, à vos droits ! Quelle « information préalable » vous a été soumise vraiment, qu’avez-vous lu, accepté et signé ? Saviez-vous que l’expérimentation à laquelle vous avez participé rapportera 36 milliards de dollars au seul Pfizer en 2021 ? Et puis, peut-être qu’avant de proposer une troisième dose, les laboratoires pourraient proposer un bilan des premières et deuxièmes doses ? Qu’en est-il de leur efficacité avérée ? N’a-t-on pas émis des doutes sur la transmission du virus par les vaccinés ? Où en est-on ? Les données – « d’efficacité et de sécurité » – dument collectées par les laboratoires ont dû produire quelques résultats probants. Vu la taille de l’échantillon…

 Le 12 juillet nous avons été invités à expérimenter le pass sanitaire et devenir les « cobayes » d’une opération de « contact tracing et retrotracing », dixit la Sécu ! Comme dans les élevages de cochons ! Ne restait plus qu’à expérimenter sur l’humain, ne manquait que la bonne occasion, le covid, pour mener le troupeau au consentement et au vaccinodrome. De la surveillance à la servitude. Pas de pass, pas de terrasse ! Un pass politique, obligatoire pour aller au théâtre mais pas pour aller à la messe, obligatoire pour aller à la bibliothèque mais pour assister à un meeting politique. Qu’en pensent les médecins ?

 Peut-on considérer quand on se fait vacciner pour garder son boulot que le consentement obtenu est « libre » et éclairé ?

 Est-ce que l’expérimentation politique du pass sanitaire lui-même n’exigerait pas un consentement libre et éclairé ? Ne pourrait-on pas avoir le choix d’une option : oui au vaccin (je veux me protéger et protéger les autres) mais non au pass sanitaire (je refuse le dispositif de traçage et d’exploitation de mes données) ? Option indisponible.

 Un rapport du sénat daté du 3 juin 2021, relevé par le vigilant collectif grenoblois Pièces et main d’œuvre, propose opportunément «de recourir bien plus fortement aux outils numériques dans le cadre de la gestion des crises sanitaires ou des crises comparables (catastrophe naturelle, industrielle, etc.), notamment en vue de contrôler au niveau individuel le respect des mesures imposées par la situation, et y compris si cela implique d’exploiter des données de manière intrusive et dérogatoire. » Très clair, chers dévoués sénateurs. Aux derniers réfractaires : ne dites plus « Mon corps m’appartient », dites « Mon QR code m’appartient ! »

 Revenons aux laboratoires où rien ne se perd, tout se recycle et tout s’accélère.

 L’éclairant article sur Médiapart, « Gélule contre le Covid-19 : attention aux effets d’annonce indésirables » (Rozenn Le Saint - 30 octobre 2021) rapporte le discours stupéfiant d’Olivier Véran qui vante les mérites du Molnupiravir, « la gélule du covid » alors qu’il n’a en main qu’un « simple communiqué de presse du laboratoire producteur américain Merck Sharp & Dohme (MSD) ». Le ministre a déjà commandé 50 000 gélules alors qu’elles n’ont été testées que sur « moins de 800 volontaires ». Une dose à « 700 dollars pour un coût de 18 dollars » précise la journaliste.

 On peut parier que le ministre trouvera ses 50 000 cobayes qui forts de son avis éminent viendront même réclamer la gélule chez leur médecin comme d’autres ont réclamé l’hydroxychloroquine, ou le Pfizer plutôt que l’AstraZeneca.

 On peut imaginer aussi, déjà, la pression sur les institutions chargées d’évaluer la gélule magique. Boris Johnson a encore tiré le premier, « Molnupiravir autorisé », « traitement révolutionnaire », « premier pays au monde » et « jour historique » en Angleterre. Bravo Johnson, l’accélérateur de molécule. Et nous ? Sûr qu’on va suivre. Tout se précipite miraculeusement dans les éprouvettes du covid. Tiens, voilà le Paxlovid, la pilule de Pfizer pour prévenir hospitalisations et décès à 89% ! Qui dit mieux ?

 A tout laisser aux laboratoires privés et aux start-up de la biotech nous n’aurons jamais droit qu’à des solutions commerciales. Si on vous propose la gélule du covid, négociez une prime de risques ! 50% de cas graves en moins selon le ministre, mais allez vérifier de telles approximations. Il faut annoncer, prescrire et montrer vite quelques miraculés à la télé avant les élections et quoiqu’il en coûte. La santé des Français avant tout.

 Détail important : on n’a pas le droit de participer à deux essais thérapeutiques « en même temps ». Autorisera-t-on les cobayes du vaccin à être aussi cobayes des gélules ? J’entends déjà Jean Castex au vingt heures… Les « premières doses de plus de 75 ans » d’abord, les « deuxièmes doses de 50 ans » ensuite, puis les « troisièmes doses vulnérables », les Merck devant, les Pfizer derrière…

Mediapart nous apprend encore que le Molnupiravir est une molécule « que MSD a recyclé », molécule déjà connue, ressortie des tiroirs d’expérimentations passées pour… l’hépatite C. Molécule abandonnée pour ses effets secondaires indésirables, parfois très graves. « Le Molnupiravir pourrait lui-même créer de nouveaux variants du Sars-CoV-2 », avertit le virologue interrogé par Mediapart ! Une molécule du monde d’avant resservie au monde d’après avec encore moins de précautions pour les malades et encore plus de bénéfices pour les actionnaires ! Wow !

 Sûr que Human Genome Sciences, Inc. a gardé son Albuferon au chaud, on ne sait jamais. Justement, le « Quotidien du médecin.fr » du 3 septembre dernier titre « Covid-19 : la piste de l'interféron de type I se précise pour les formes sévères ».

 Entre temps, en 2020, mon roman « Hyperferon ou le silence de la moelle », fiction-réquisitoire (de légère anticipation !) contre les dérives marchandes et autoritaires du système sanitaire a fini par paraître, en plein état d’urgence, sous couvre-feu, librairies fermées, lectures et événements littéraires annulés pour raisons sanitaires. Trop toxique. Un effet politique indésirable. La réalité m’a rattrapé encore une fois qui laisse mon héros-cobaye-pervers seul et nu, inutile, déprimé.

 Finissons par une prévision facile : je parie que dans dix ans, quand avec un peu de distance nous lirons l’histoire du covid, nous lirons l’histoire d’une terrible folie politico-sanitaire.

 Si tout va bien…

https://www.evaluate.com/vantage/articles/analysis/event-human-genome-sciences-facing-crucial-albuferon-data

https://en.wikipedia.org/wiki/Albinterferon

https://www.leparisien.fr/faits-divers/fraude-un-medecin-francais-poursuivi-aux-etats-unis-08-11-2010-1140520.php

http://www.revuedlf.com/droit-administratif/sur-la-liceite-dune-obligation-vaccinale-anti-covid/

https://aphp.aphp.fr/wp-content/blogs.dir/268/files/2021/01/Consentement-et-vaccination-311220.pdf

https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1525

https://www.mediapart.fr/journal/france/301021/gelule-contre-le-covid-19-attention-aux-effets-d-annonce-indesirables

https://www.editions-harmattan.fr/livre-hyperferon_ou_le_silence_de_la_moelle_thierry_nutchey-9782343203584-66501.html

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