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Billet de blog 16 sept. 2022

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Fin de vie, vite

Le Comité Consultatif National d’Éthique considère « qu’il existe une voie pour une application éthique d’une aide active à mourir, à certaines conditions strictes, avec lesquelles il apparait inacceptable de transiger ». Transigeons un peu quand même ! Question d’éthique.

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Un nouveau projet de débat nous attend inspiré par Line Renaud et offert aux citoyens par Macron, le suicide assisté.

Un Comité Consultatif National « d’Éthique » (CCNE) publie donc opportunément son avis. Mais un comité d’experts savants chargé de dire « l’éthique » pour les autres ne parait déjà pas très « éthique ». Surtout quand on commence à poser des conditions avec lesquelles il serait inacceptable de transiger. Un peu autoritaire d’emblée, les gardiens de « l’éthique », non ?

Considérations « éthiques » concentrées dans le champ médical comme si les bonnes raisons de vouloir mourir ne concernaient que les citoyens au « pronostic vital engagé à court terme ou moyen terme ». Le pronostic social mal engagé cause aussi de graves souffrances, longues, insupportables, pour beaucoup de monde.

Les médecins sont-ils les mieux qualifiés pour débattre de notre mort, de notre dignité, de morale ? Irait-on demander aux mécanos de réfléchir sur les modes de transport « éthique » du futur ?

L’idéologie sanitaire n’est-elle pas clairement en cause, d'abord ? Entre l’acharnement thérapeutique, le consentement éclairé à la bougie, l’hypertechnologisation, l’hyperspécialisation des pratiques, la violence des traitements, leurs résultats souvent aléatoires, l’influence inouïe de l’industrie et ses dérives marchandes, l'organisation vétuste de l'hôpital fondée sur l'hyperpatriarcalisme et l'exploitation outrageuse des petites mains, leur plateformisation en cours, on se demande où « l’éthique » a encore sa place !? L’hôpital ne soigne plus, il traite.

L’idée de finir au goutte à goutte avec des tuyaux dans le nez au milieu de médecins et infirmiers pressés, fatigués, mal payés, burnoutés et pas bien formés dans un hôpital perdu à des kilomètres participe de notre problème avec cette p… de fin vie, non ?

Tout comme l’idée d’aller crever la bouche ouverte chez Orpéa.

On aperçoit des représentants des communautés religieuses auditionnés au Comité Consultatif National d’Éthique. Au nom de quels principes « éthiques » leurs croyances et superstitions moyenâgeuses sont-elles mêlées à ces questions ? Pas vu de représentants des athées et des nihilistes mécréants, scandale.

Une seule philosophe auditionnée. Pas une femme de ménage. Pas un artiste. Pas un écrivain. Pourtant même l’armée en convoque pour imaginer les guerres du futur, autre sujet sérieux ! L’autorité médicale se suffit.

A l’ère du désenchantement et du grand désastre anthropocénique, il serait pertinent de considérer avec les grands malades, grands handicapés et grands accidentés aux « pronostics vitaux engagés » le destin des grandes victimes du stress social et politique. Pourquoi les vies brisées, foutues, les désespérés, les harcelés, les sdf, les quasi-morts de froid ou de faim, les taulards (la liste exhaustive serait trop longue) n’auraient-ils pas droit à une solution « éthique » s’ils le désiraient. Les victimes des catastrophes climatiques à venir, qui verront leur maison brûler, leur eau se tarir, leurs arbres tomber et tous ceux qui ne supporteront plus ce futur terrifiant ?

Le comité ne s’est pas projeté dans cette dimension-là, l’avenir noir devant, et nos petits enfants qui vont bientôt se retourner contre nous pour les avoir mis au monde dans ce monde-là. Déjà qu’on est bien à la traîne si on regarde nos voisins européens, ne faudrait pas que la loi arrive encore avec trois trains de retard, déjà périmée, comme la dernière. Ne reste qu’à fignoler rapidement les modalités pratiques, « l’éthique » c’est tout vu, elle suivra, comme d’hab.

On veut juste de bonnes molécules pour en finir délicieusement.

La « liberté de disposer de soi-même » (inscrite à la convention des droits de l’homme) doit primer par-dessus tout. Le désir de mourir d’un individu n’appartient qu’à lui, n’engage strictement que lui, ne regarde pas la « société ». Nul besoin de police « éthique » pour juger ou autoriser son bien-fondé.

On n’a pas demandé à venir dans ce monde-là. Pourquoi ne pourrait-on pas en partir, au besoin le fuir, quand on le décide, peinard, chez soi ou ailleurs, comme Godard, entouré de qui on veut, sans avoir à se justifier ?

 Allez, assez d’éthique, du courage maintenant.


https://www.ccne-ethique.fr/node/529 Avis 139 Questions éthiques relatives aux situations de fin de vie : autonomie et solidarité

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