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Billet de blog 25 juil. 2022

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Le Cheval dans l’arbre de Céret, une librairie coopérative façon startup

Comment un projet collectif engagé et présenté sur Mediapart comme « un acte de résistance » a viré de bord — en à peine un an — sous l’influence de petits gestionnaires acharnés à défendre, au nom d’une prétendue « cohésion », un entre-soi trivial et borné.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En avril 2021, Mediapart publiait un bel article d’Alice Fabre « Céret, les habitants se mobilisent pour garder leur librairie ». La journaliste redisait les enjeux — sauvegarder la seule librairie de Céret et de la vallée du Tech qui ne trouvait pas repreneur — et racontait toutes les difficultés de l’équipe-projet d’alors.

https://www.mediapart.fr/journal/economie/240421/ceret-les-habitants-se-mobilisent-pour-garder-leur-librairie

En mai 2022, plus aucune des quatre fondatrices interrogées par Alice Fabre ne figurait au Conseil Coopératif de la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Le premier Conseil dit de « préfiguration » avait fini par exploser et acculait sa Présidente au renoncement. Moins d’un an après son élection en juin 2021, le nouveau Conseil vient de se débarrasser de la dernière cofondatrice, « la libraire » du projet, poussée à la démission du Conseil et à une « rupture conventionnelle » comme salariée pour divergence de « visions stratégiques ». Et qui se trouve du même coup privée de son statut d’associée ! Dans son « infos coop n°1 » de juin 2022, le Conseil annonçait qu’il « tenait la barre non sans remous », que la seconde libraire avait annoncé son départ pour « raisons personnelles » ; une rumeur prétendait par ailleurs que le nouveau Président avait brièvement et discrètement démissionné pour être réélu ; enfin tout le monde comprenait que le Conseil allait passer d’ici la fin de l’été de 11 à 7 membres. La librairie sera désormais dirigée par un groupe de gestionnaires purs et durs, aux méthodes autoritaires, sans aucune expérience ou qualité de libraire, préoccupé par le sacrosaint « suivi du chiffre d’affaire et des factures » ; les bénévoles, eux, doivent échanger sur un logiciel de « management » et de télétravail (Asana). Rien sur les « visions stratégiques » incidemment évoquées, mais l’utilisation de ce jargon d’entreprise trahit déjà l’état d’esprit du Conseil. Les voix fortes et radicales s’en vont ou sont écartées, la librairie coopérative « d’intérêt collectif » est morte, l’esprit de « résistance » enterré ; oubliés les engagements envers le territoire et les lecteurs éloignés, la dimension sociale. Place au petit commerce ordinaire de centre-ville, à cet entre-soi cérétan où les accents radicaux dérangent et menacent la « cohésion » — mais qu’avons-nous à faire de cohésion dans une librairie ?! Quand l’inconsistance, le « management » et l’allégeance dévote à l’ordre libéral ambiant triomphent, ici encore, aux dépends des volontés idéalistes ou protestataires !

Bienvenue à Céret, son musée, ses platanes, ses cerises, sa librairie…

 J’ai moi-même quitté le navire (j’étais simple « bénévole ») pour ne pas me compromettre dans ce naufrage pathétique. Trois réunions surréalistes autour de Powerpoint et d’Asana — pour une librairie de 25 mètres carré !!! — suffisaient largement à estimer la dérive en cours. Rien n’était grave, ni important, tout baignait dans un béni-oui-ouisme nonchalant, une torpeur tout juste sympathique que j’aurais pu envisager à la rigueur pour un club de belote, sûrement pas pour une librairie coopérative !

 Accommoder Sandra Lucbert en vitrine, un management de vulgaire startup, l’infatuation bourgeoise comme ligne idéologique, un esprit coopératif d’opérette et un intérêt collectif qu’on ne s’est même pas intéressé à définir, voilà la triste soupe que nous sert ce Cheval dans l’arbre. Sans parler du flou entretenu à l’égard des souscripteurs-associés, une seule et très sommaire info-coop en un an !, et une première Assemblée Générale encore à venir et promise quelque part d’ici juin 2023 !

Jamais je n’aurais souscrit un centime si j’avais imaginé possible un tel esprit autour d’une librairie « résistante », imaginé possibles ces manœuvres brutales et grossières à l’encontre de la libraire « historique » à qui aucune faute professionnelle n’est reprochée !

Alors, à toi Béa, mon amie libraire virée sans scrupules par ce Conseil Coopératif que tu avais largement contribué à mettre à cette place, ce petit hommage en prose, tout personnel et dûment enragé ; mon merci, le seul auquel tu auras finalement droit en dépit de presque trois années passées au service du renouveau du Cheval dans l’arbre, dont deux de pur bénévolat.

Aléa*

« La minorité a quelques fois raison, la majorité a toujours tort !» (Georges Bernard Shaw)

Cherchez l’intrus.se, la bête noire à abattre…

Bingo, c’est toi Béa, pas d’pot, comme à la riffle

Ta peau de bique émissaire leur tiendra chaud

Ta tête sur sa pique, l’trophée de l’année, l’unique

A s’demander vraiment ce qu’y foutent au CéCé ?

Beau bilan à brandir à l’âgé : une tâche effectuée !

Qui s’y connait en librairie ? Pas le sujet, idiote !

T’as pas le profil, trop franc-tireuse, trop prolote

Où tu t’crois donc ? T’as rien à faire dans c’marigot

Ici places réservées aux néozédiles dézingueurs

Bourgeois zalléchés et zélés lécheurs zassociès

Tu parles trop fort on t’a dit, tu parles trop haut

Ici on s’entend, on insinue, on ourdit, on coalise

On cabale, on murmure à l’oreille du Cheval

P’tites vacheries des uns aux autres, petits pets

P’tites lâchetés, saletés, ragots, en toute sympathie

L’entre soi et le content de soi, le faire-du-lien

Qui portent les cartons, qui promène son chien

T’as pas compris l’jeu, la dimension sociale Béa

C’est bien trop SCIC pour toi, t’es pas coopérative

T’as pas l’bon code, les bonnes manières, les usages

Si on dit « je t’apprécie beaucoup », gaffe à toi

Qui t’passe la pommade sitôt te porte l’estocade

Ici on ne polémique pas. On flingue, ma vieille !

P’tits calculs et p’tits zégos, c’est l’collectif-fiction !

D’la posture aux pratiques : l’imposture ! L’mépris

La méthode asana-l’air de rien, prière de liker svp

Rézozos, blablas, tralalas haut débit, vive l’appli hi hi

Powerpointes affutées et cible choisie. Aux votes !

Cultiver la tare, la p’tite bête, le pou dans la tête

Un an de manâgemental et déjà toute la palette !

Intimidations, vraie-fausse démission, comparution

Au rayon « nouveautés », l’autoritarisme coopératif

Un pôle « Dégage ! » Et vite ! Comme chez Bolloré

L’ordre féodal à la mode startup, le Graal ; votre idéal ?

Pas merci, pas au revoir, refile tes clés, t’es virée

Lu, approuvé par les "sentinelles d’la part de rêve"* !!!

Signatures fourbes, sourires tordus ; p’tit café ?

La condescendance, manie de l’honorable caste

Enivrée de paresse et d’soleils de sous-préfecture

Où l’ennui et la morgue coulent à pleines rigoles

Même les cerises en ont marre ! Alors va-t’en, Béa !

Tu parles d’une aventure humaine ! Un cauchemar

Tatiana de Rosnay en vitrine, des livres écrits gros

« Ce qui est petit restera petit !», t’as pas compris ?

Le p’tit chef retors qui t’le dit ! Son karma, sa devise

Tout un programme, qu’on aille vite tirer l’affiche !

Moi je m’en fiche, j’suis ton ami et fier de toi Béa

Laisse dire et médire ; à eux la honte, à toi l’repos

Le temps de lire ! Finie l’ignominie ! Fidie la perfidie

La comédie, la corrida, les banderilles, les picadors

Les p’tits matadors matamores et l’arène mère

L’amer cartonne, et tous les chiens de sa chienne

Que la meute ronge ton os et tire la chasse de fin

Buvons ensemble de notre bon pastis à nous !

T'as bien bossé. Le Cheval reconnaîtra les siens !

Oui à une belle librairie !

Non à ces scélérates intrigues d’arrière-boutique !

Non à ce CéCé parasite, autoritaire et toxique !

Thierry Nutchey,

Bénévole démissionnaire en colère,

Souscripteur floué et profondément écœuré.

* L’annonce de son départ a été publiée très élégamment dans la rubrique « aléas » d’infos coop n°1.

** Les « sentinelles de la part de rêve », titre attribué à deux membres du Conseil dans son infos coop n°1, en un fulgurant aveu d’insignifiance ! J’aurais préféré bien sûr des sentinelles de l’esprit de résistance.

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