L'annulation des dettes publiques détenues pas la BCE

Gros débat sur l'annulation des dettes publiques détenues par la BCE qui me paraît inopportun et sans intérêt.

Je vais essayer par un petit exemple de restreindre le sujet pour qu'on comprenne où est le débat en fait.

Mon père Mario m'a prêté 500 000€ pour acheter une GROSSE voiture. Il ne me demande pas de le rembourser et si je veux le rembourser quand même, ma mère Christine, blindée de thunes, me prête tout ce que je veux, sans aucune limite. Ca ne les dérange pas de m'aider parce que je suis leur fils et que la grosse voiture ça reste quelque chose d'effectif, de solide de palpable qui leur semble garantir leur argent. Par contre les deux souhaitent que j'apprenne à vivre sans eux et que je travaille pour me sustenter moi-même, donc ils refusent de me prêter le moindre fifrelin pour l'essence, l'entretien, l'assurance, les contredanses, la bouffe, le loyer de l'appart et l'entrée en boîte. 

En plus, il y a un connard sans assurance qui s'appelle COVID qui roulait bourré et m'a emplâtré et il faut que je paie le carrossier qui a retapé la caisse. 

Certains vont me dire de profiter de la généreuse proposition de papa de me faire cadeau de l'argent et que du coup je vais pouvoir demander plus de fric à ma mère et prendre un modèle de bagnole encore plus gros. Mais en fait, si je veux m'acheter un modèle encore plus gros, ma mère est déjà d'accord et se fout que le prêt de mon père soit annulé ou remboursé. Et sauf que ce modèle de bagnole va me coûter encore plus de fric à assurer et entretenir alors que je suis déjà raide. 

Où donc est mon problème ? de rembourser mon père ou qu'il me fasse officiellement cadeau de cet argent qu'il ne me demande pas de lui rembourser et dont se fout ma mère qui me prête sans limite pour investir dans une voiture ? Ou mon problème c'est de trouver le fric pour faire rouler la bagnole? Voire éventuellement expliquer à ma mère que ce con de COVID qui m'a embouti la bagnole, c'est vraiment un coup de pas de chance, qui n'est en rien de ma faute et de me payer le carrossier, juste pour cette fois, parce que ça n'affecte en rien ma capacité à gagner moi-même ma vie et financer l'utilisation de la voiture qu'ils m'ont aidé à payer ?

Argumentation sur une vidéo concernant l'annulation de la dette proposée par Yves Besançon.

https://www.youtube.com/watch?v=qoazqJEBGsc

Bonjour Yves

Puisque les réserves n'ont pas l'air de vous émouvoir et que vous continuez à prétendre que cette video est une démonstration, quand à mon sens elle n'est qu'un plaidoyer pro domo non contradictoire, je vais m'emmerder la vie à la suivre jusqu'au bout et lister point par point et au fur et à mesure les réserves qu'elle m'inspire et que chacun en juge.

-0:01 et si on annulait une partie de la dette de l'état. Le débat est mal précisé, puisqu'on ne parle que d'annuler la dette publique détenue par la BCE, publique elle-aussi et non tout ou partie des dettes détenues par des créanciers privés.

-0:24 L'annulation de la dette n'aurait aucun effet sur les impôts. Si l'état remboursait le principal de sa dette, il faudrait bien qu'il le prenne sur ses ressources propres (impôts et dividendes des entreprises publiques). Donc on ne peut prétendre assurément qu'une annulation ou le remboursement de l'impact qu'elles auraient sur les impôts. C'est l'arbitrage du financement du budget qui en déciderait.

-0:53 ça pourrait permettre à l'état de lever davantage de fonds. Comment ? puisque cette dette n'est pas remboursée, que la limite absurde des 60% de dettes /PIB n'est pas respectée et est même suspendue, et alors même que les 25% de la dette publique détenue par la BCE ne permettraient pas de revenir en-dessous de ce ratio sans base économique puisque la dette est à 120% du PIB. Il n'y a aujourd'hui aucun limite à l'endettement de la France pour financer un déficit d'investissements et donc il est faux de prétendre que d'annuler une dette qu'on ne rembourse pas donnerait davantage de moyens quand l'état ne connaît aucune limite à son endettement (d'investissements), vu qu'il n'y a aucun ratio impératif pour l'interdire et qu'il a la confiance des marchés.

-0:58 Financer une revalorisation des travailleurs de la sante. C'est à mon sens faux, parce que ce sont des déficits d'investissement qu'on peut proposer aux marchés parce qu'ils financent une richesse, alors qu'ils refusent de financer un déficit de fonctionnement qui signe un appauvrissement de l'état. C'est la justification même des politiques d'austérité et on ne peut comprendre autrement que tant de gouvernements y soient réduits, sauf à imaginer un complot mondial pour asservir les peuples au profit de la finance. Je reste néanmoins convaincu qu'une autre politique par la relance est possible, comme l'ont démontré les socialistes au Portugal, mais pour cela il faut pouvoir et vouloir ne pas céder au capital afin de pouvoir autofinancer ses dépenses publiques et sociales. Mitterrand y avait échoué en 1983.

-0:54 plus d'hôpitaux, de meilleurs équipements. Certes mais on ne peut placer cela à côté de l'augmentation des salaires. En gestion, on ne peut confondre dépenses et investissements. Pour ceux qui veulent vérifier, les investissements se retrouvent dans les comptes de l'INSEE sous la dénomination de formation brute de capital fixe https://fr.wikipedia.org/wiki/Formation_brute_de_capital_fixe En gestion, les dépenses se financent par les ressources propres quand les investissements peuvent se financer par l'emprunt. C'est en cela que la dette n'est pas un problème parce qu'en face il y a des actifs qui la justifient. Ce qui ne serait pas le cas si la dette servait à financer les dépenses.

1:35 l'annulation de la dette donnerait à l'état un rôle d'investisseur. Tout ce paragraphe me paraît une manipulation et c'est ce qui m'avait irrité hier soir. Il est malhonnête de prétendre que l'annulation de la dette, complètement fictive, donnerait à l'état un rôle d'investisseur qui est déjà le sien, puisque le déficit de 108 milliards du budget 2020 comprend 107 milliards d'investissements. Vouloir faire de l'annulation de la dette un sujet politique en la caractérisant de démocratique face à la non annulation qui serait libérale est mensonger et manipulateur.

2:09 plus de déficits pour plus d'investissements, plus d'aides sociales. De nouveau une gravissime confusion entre investissements et dépenses. Par ailleurs le garçon ne semble pas se soucier du financement du déficit. Si je fais un amalgame, j'en suis à penser que je peux faire à volonté du déficit avec des emprunts que j'annule ensuite. Pour soutenir cela, il faut commencer par reprendre les traités européens et comprendre le financement par la BCE(publique) à travers l'intermédiation des marchés (privés). C'est un tout autre débat et bien plus important que celui de l'annulation de la dette publique détenue par la BCE, c'est le débat du financement direct de l'Europe ou des etats par la BCE et le rôle éventuel du parlement européen pour garder un contrôle démocratique sur la monnaie. En fait, si votre garçon est en première, il va louper son BAC à coup sûr à ne pas comprendre que financer la construction d'un hôpital est facile grâce à l'emprunt, mais qu'équilibrer son fonctionnement par des ressources propres est bien plus compliqué et représente la difficulté. La banque vous financera peut-être un gros 4X4 de frime, grâce à la caution de papa, mais ne vous financera jamais l'assurance, l'entretien et le carburant pour le faire rouler.

5:12 Ne pas rembourser sa dette est courant, il y ad es défauts tous les jours et c'est pour cela qu'il y a des intérêts. Argument inacceptable. Il y a des vols et des meurtres tous les jours et ce n'est pas pour autant qu'on estime que c'est normal et qu'on prône l'annulation de la loi, même si il y a des assurances. Prétendre que l'intérêt justifie le défaut est criminel. Cela revient à dire que les cons paient pour les malins et tuer l'emprunt. Qui va prêter à quelqu'un qui prétend qu'il est normal de ne pas rembourser. Si il y a un débat à provoquer c'est celui de l'audit de la dette et de la légitimité des dettes qui se sont constituées par compérage avec les politiques grâce à l'épargne fiscale de ceux qui ne payaient pas l'impôt pour financer la dette. Près de 60% de la dette en France. cf https://www.cadtm.org/

6:32 Mauvaise explication du rôle de la banque centrale en oubliant de préciser que la BCE est publique, et que c'est le principal argument de l'annulation, et que c'est pour la même raison que cet annulation ne sert à rien, puisque cette dette rachetée par notre filiale la BCE nous appartient dorénavant en fait.

8:30 sur la planche à billets électronique des banques, le mécanisme décrit est simplifié mais peut induire en erreur. Il aurait été tout aussi facile d'expliquer que la banque commerciale bloque 8% de garantie sur son compte à la banque centrale et obtient mécaniquement en retour une ligne de crédit de la somme demandée qu'elle prête électroniquement et avec intérêts à son client. C'est la banque centrale qui effectivement crée la monnaie et non la banque commerciale, même si c'est elle qui en a l'initiative. A tenir compte des prêts entre banques commerciales, bien expliqué par la suite, qui ne font pas appel à la création monétaire par la banque centrale.

12:56 Erreur sur la notion de faillite de l'entreprise. Doit se déclarer en faillite l'entrepreneur qui ne peut pas faire face aux dettes exigibles avec son actif disponible. J'ai une clinique qui vaut 1 milliard avec son équipement, intégralement payée, je ne peux payer mes fournisseurs et les salaires de mes employés parce que mes patients ne me remboursent pas leurs soins et que l'état ne m'a pas versé la subvention promise, je suis néanmoins en faillite... Toujours cette différence à comprendre entre investissements et dépenses. Je ne peux pas payer le carburant de mon gros 4X4, il ne peut rouler.

13:47 Ne pas rembourser une banque centrale n'est pas un problème. Affirmation inexacte à mon avis. Ce n'est pas un problème quand la confiance en la monnaie fait que la banque centrale peut émettre la monnaie qu'elle veut. Cas de la BCE et de la Fed. Mais ne pas rembourser la banque centrale du Brésil serait autrement plus grave, parce que la BCB ne peut fabriquer du real à volonté, sauf  à faire plonger dans la même proportion la valeur de sa monnaie, puisqu'elle n'a pas la confiance des agents économiques.

15:12 La valeur de ce que possède la banque centrale n'a aucune importance pour personne. Inexact. Le problème est qu'enregistrer des pertes affecte la confiance des opérateurs économiques qui font la valeur de la monnaie. En fait la banque centrale peut créer la monnaie qu'elle veut tant qu'elle veut et ne jamais en demander le remboursement tant qu'elle finance des investissements des états, mais si elle en vient à financer les dépenses des états donc des pertes, à travers les marchés, ces derniers vont s'inquiéter de l'appauvrissement de ces états et d'un risque de défaut, sauf  ce que la BCE garantisse les dettes publiques des états. C'est le problème de ne pas permettre le financement direct des états par la BCE, le fait de créer un intermédiaire privé qui donne force à la dette. Dans le cadre de la dette publique rachetée par la BCE, effectivement tout le monde s'en fout, parce qu'en fait on est devenus propriétaires de cette dette et que son annulation n'a strictement aucun effet. Si tout le monde s'en fout, argument de l'annulation, alors pourquoi l'annuler ou ne pas l'annuler. On s'en fout. Ce qui est faux c'est de se servir de l'argument pour prétendre qu'il ouvre des possibilités budgétaires. C'est en fait, à mon sens, un débat de diversion qui évite de parler de la légitimité de la dette et du financement de l'Europe ou des états par la BCE.

15:51 sur le rapport entre l'état et la BCF et prétendre que c'est l'intérêt que paie l'état à la BCF qui fait son bénéfice et son dividende, ce qui revient à prétendre que l'état donne 10 à la BCF qui le lui rend. Argument spécieux à mon sens et mensonger. L'état n'emprunte plus à la BCF depuis longtemps mais aux marchés et à intérêt nul aujourd'hui. La réalité est autre. Les profits de la banque centrale sont constitués par son activité propre https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_de_France#Services_%C3%A0_l'%C3%A9conomie Néanmoins je n'arrive pas à trouver si la BCE verse un dividende à la BCF et dans quelle mesure une perte de la BCE, qui par ailleurs peut se recapitaliser elle-même, impacterait les comptes de la BCF et le dividende de 5.6 milliards qu'elle a versé à l'Etat en 2020. Je me méfie quand même que cet argument de ceux qui plaident contre l'annulation soit aussi spécieux que ceux de ses partisans et je ne suis pas réellement sûr de sa valeur. Aux économistes de répondre, ou à qui trouverait la solution.

16:06 sur le fait que si l'état devait rembourser, il devrait trouver la somme dans son compte de ressources propres, et que si on annulait, c'est une somme qu'il pourrait utiliser à financer des dépenses. Juste, mais le fait est que l'état ne rembourse pas et d'autant moins que cette dette est sienne à travers sa filiale la BCE et n'est donc pas exigible, ni exigée. Le discours serait d'autant plus justifié en cas de remboursement qu'on ne pourrait prétendre que cet argent reviendrait à l'état à travers les profits de sa filiale, puisque dans ce cas, le rôle de la BCE est de détruire cette monnaie de manière à toujours garder la masse monétaire en adéquation avec l'activité économique et dont l'exigence de monnaie. Mais le fait est que l'état ne rembourse pas et que ce propos est donc inexact et manipulateur.

16:35 Prétendre que ceux qui récusent l'annulation ne comprennent rien ou sont de mauvaise foi est un argument d'autorité qui n'a pas sa place dans un tel débat. Il appartient au commentateur de démontrer et au lecteur de juger. On ne peut être juge et partie.

21:30 sur le fait que la masse monétaire n'est pas inflationniste. Argument inexact, il fallait préciser que c'était la masse monétaire en excédent qui était inflationniste parce qu'elle déséquilibrait le rapport demande/offre et dépassant les capacités de production générait spéculation et inflation. Situation qu'on vient de voir avec la pénurie de masques ou l'aide d'urgence délivrée par le Brésil à sa population.

22:30 sur le fait toujours que l'augmentation de la masse monétaire n'a pas provoqué d'inflation. L'argument est encore inexact, parce qu'en fait il n'y a pas eu excédent de masse monétaire et de la demande parce que les banques qui distribuent l'argent central n'ont pas joué le jeu et blindé les paradis fiscaux et leurs opérations de spéculation en refusant de financer largement entreprises et ménages. Ce qui avait fait menacer Mario Draghi de recourir à l'hélicoptère à monnaie et de financer directement sans passer par les marchés. Donc l'absence d'inflation malgré la création de masse monétaire n'invalide pas la règle, parce que la règle c'est celle de l'excès de masse monétaire et que c'est aussi pour cela que la BCE n'annule pas les dettes de manière à pouvoir les faire rembourser éventuellement pour détruire le surplus de masse monétaire en cas d'hyper inflation. C'est juste un outil de contrôle que la BCE veut garder, même si on peut douter qu'elle puisse se retrouver dans une situation à devoir l'employer.

23:50 Le commentateur développe ce que je viens d'écrire au-dessus mais se gourre encore, à mon avis. Estimer que ne pouvoir exiger le remboursement de la dette publique, et l'annuler, laisserait encore la moitié de l'argent central à supprimer est inepte à mon sens. Le contrôle de l'inflation en cas d'hyper inflation est de réduire l'excès de masse monétaire disponible qui génère l'inflation et non de réduire toute la monnaie centrale. La BCE n'aura pas pouvoir à faire rembourser les dettes non échues, alors qu'elle aurait pouvoir à choisir quelle partie des dettes publiques échues elle doit détruire pour limiter la demande. Par ailleurs, je ne crois pas un instant que ce soit les dettes des états qui soient l'élément pour maitriser la demande, mais celles créées par le financement des marchés et des ménages par les banques privées, dont on voit bien que ce n'est surtout pas leur motivation actuellement. Donc encore une fois le propos me parait à côté de la plaque, parce qu'il pourrait faire une bien meilleure argumentation, mais surtout de nouveau parce que là n'est pas le problème. Le problème est de prétendre que l'annulation serait utile parce qu'elle ouvrirait des capacités d'emprunt supplémentaires.

27:09 sur les planches à billets et la création monétaire des banques privées, il s'agit de nouveau d'un argument d'autorité, non démontré. Même pas une video ou un lien pour reporter le lecteur au sujet. On est dans le dogme et comme pour ma part, je ne l'ai pas compris, je le récuse.

28:05 sur le rachat de la dette publique par la BCE (QE). Pourquoi ne pas préciser que la BCE étant publique, c'est en fait maintenant une dette de la collectivité sur la collectivité, alors que ce serait un argument pour l'annulation, puisque la dette est fictive, sauf à considérer les différences entre les traitements des nations que ce concept implique quand certains états, les plus riches et les plus voleurs bien sûr,  ne veulent pas de solidarité financière entre eux et en veulent pas voir les pays les plus pauvres, donc prétendument les plus laxistes profiter inégalitairement de cette annulation. C'est le débat de la motivation de la construction européenne qui se pose en fait.

30:20 sur l'indépendance de la BCE, pourquoi ne pas relever justement qu'il peut paraître anormal qu'il n'y ait pas un contrôle démocratique sur le bien et instrument public qu'est devenu la monnaie. Penser la BCE démocratique, tout en comprenant que le sujet est technique et qu'une approche démagogique serait extrêmement risquée et préjudiciable, doit simplement amener à débattre des termes qu'on doit graver dans la constitution pour protéger le fonctionnement monétaire, mais aussi des conditions de sa réforme éventuelle pour éviter la démagogie tout en gardant la démocratie. Problème crucial, mais qui relève d'un débat démocratique, parce que personne n'est au-dessus du peuple et que si le peuple veut déconner c'est son droit puisque c'est lui qui est payeur en dernier ressort.

38:11 Tout ce qui compte c'est la quantité de richesses produites. C'est exactement l'argument qui justifie que l'emprunt finance l'investissement donc la richesse et non la dépense qui est une perte.

43:30 Prétendre que les financiers ne savent pas pourquoi ils prêtent à l'état est un peu gonflé. C'est en fait l'auteur de la video qui ne comprend pas qu'un financier finance un déficit d'investissements parce qu'il y a transfert de richesses, qui le garantit, mais n'est pas chaud pour financer un déficit de fonctionnement qui signe un appauvrissement de l'état et donc une menace de défaut. C'est en pensant ainsi qu'on peut comprendre qu'il serait possible de faire avaler le financement d'une dette COVID pour rembourser les états de leurs dépenses, surtout si en sus elle est rachetée aussitôt par la BCE, parce que l'accident de la pandémie n'affecte pas le système et la capacité des états à équilibrer leur budget. C'est juste un accident, donc le cantonnement d'une dette COVID me semble tout à fait possible et de bien meilleur augure que les incontournables politiques d'austérité qui s'annoncent pour équilibrer les budgets de fonctionnement. C'est aussi en pensant ainsi que les stupides règles de limiter les états à 60% de dettes rapportée au PIB ou ne pas dépasser 3% de déficit sans faire de distinguo entre déficit d'investissement et déficit de fonctionnement n'a comme seul but non avoué de bloquer les investissements des états et de les obliger à passer par les entreprises du grand capital pour investir à leur place et leur louer ensuite le bien. Les fameux et juteux PPP partenariats publics privés dénoncés comme dispendieux par la cour des comptes. Bien plus juteux qu'un emprunt à intérêt négatif... 

48:00 Prétendre que le bénéfice des uns est obligatoirement le déficit des autres, ne me semble pas correspondre avec le fait que la création monétaire ne respecte pas la partie double d'une opération comptable et injecte des liquidités sans contrepartie. Peut-être l'affirmation correspondrait-elle mieux à la définition des flux monétaires. Le propos ne me parait pas évident, mais je ne suis pas sûr. Le propos en haut/en bas ne me convainc pas. A débattre.

55:35 A plusieurs reprises a été dit que l'entreprise pouvait aussi de refinancer sans problème. Ce n'est pas totalement vrai. Si les plus grosses le peuvent d'autant mieux qu'elles accèdent au financement boursier, pour nombre d'entreprises c e n'est pas le cas. La dette finance un investissement et doit se rembourser, mais les nouveaux investissements sont censés pouvoir être financés et c'est bien plus difficile que ce qui est annoncé parce que dans les cas du financement aux entreprises les créancier sont bien plus facilement confrontés au risque de défaut pour un profit qu'il juge dérisoire, habitués à utiliser l'argent central pour spéculer. Financer directement les états par la BCE obligerait peut-être les marchés à reconsidérer leur position quant au financement des ménages et des entreprises, puisque privés du financement des états, mais ce n'est même pas sûr quand on constate que les marchés préfèrent un intérêt négatif que de courir le risque du financement privé. Si il faut arriver à ce que les prêts privés soient garantis par la puissance publique, alors c'est peut-être une raison de plus d'envisager la collectivisation des opérations financières et le développement d'un pole bancaire public, qui raisonnant sur l'intérêt collectif et non plus sur le rendement et le risque pourrait bien mieux accompagner les entreprises et surtout les entreprises non capitalistes, très souvent confrontées au problème du financement, faute de capitaux.

1:01:00 Parler du ratio dettes/PIB sans dénoncer son manque de base économique quand il n'y a pas audit de la dette pour la comparer avec les richesses crées par cette dette est étrange. Qui emprunterait 20% de son PIB pour couvrir des dettes de fonctionnement et n'aurait pas d'acitf disponible serait bien plus suspect de défaut que celui qui est riche de ses investissements passés couverts par la dette souscrite et voudrait emprunter 10% de son PIB pour financer de nouveaux investissements, étant capables d'équilibrer son budget de fonctionnement avec ses ressources propres. C'est le problème de AEC qui prévoit de financer son programme via l'emprunt à un pôle bancaire public, mais ne différencie pas ce qui relèverait de l'investissement et ce qui relèverait de la dépense. On pourrait certes concevoir un déficit de fonctionnement exceptionnel couvert par un emprunt pour remettre les services publics et les prestations sociales à l'équilibre, mais on ne pourrait comprendre que ce mécanisme soit pérenne parce qu'il signerait l'appauvrissement constant de l'état, si on ne règle pas la politique fiscale pour apporter les ressources nécessaires. J'ai du mal à imaginer une BCE créant chaque année de la monnaie pour financer les déficits de fonctionnement des états, mais j'ai peut-être tort, n'arrivant pas à appréhender tous les mécanismes de la macroéconomie. Je vois mal comment la situation pourrait rester gérable si il n'y avait pas de règles et si tous les états pouvaient faire toutes les dépenses et tous les déficits qu'ils veulent. Pourrait-on fonctionner sans impôts, dans une surenchère perpétuelle des prix et des salaires au fait que la BCE finance sans rien dire ni regarder les déficits ? 

1:01:31 "du fait de la pandémie on maintient les entreprises à flot par la dette".  Ben non, je n'ai pas cette vision, parce que justement une dette serait une bonne chose. J'ai l'impression que le gouvernement finance mais va se retrouver avec un déficit explosé qu'il va devoir équilibrer par des impôts et une politique d'austérité, justement parce qu'il n'a pas accès l'emprunt pour financer ces dépenses, comme je l'ai proposé plus haut. A preuve le plan de relance à partir du financement de 40 milliards de la BCE est basé sur des investissements, censés doper l'économie mais qui ne seront pas rentables de suite et ne pourront couvrir les dépenses engagées par l'état sur 2020 et 2021 https://www.caissedesdepots.fr/blog/article/plan-de-relance-europeen-francais-et-de-la-caisse-des-depots  

https://www.economie.gouv.fr/plan-de-relance/lancement-plan-relance-3-septembre-2020#:~:text=Le%20Gouvernement%20lance%20un%20Plan,et%20cr%C3%A9er%20de%20nouveaux%20emplois.&text=Il%20vient%20renforcer%20la%20mobilisation,le%20d%C3%A9but%20de%20la%20crise.

1.03.30 à propos des investissements et de leur rapport tardif et éventuel sur le PIB. Le propos est juste, mais pourquoi ne pas enclancher plutôt un débat sur la nécessité de modéliser le schéma d'un monde plus sobre et plus juste ne fonctionnant plus sur le PIB et la croissance et en prélevant aps plus sur la planète que ce qu'elle peut régénérer. En profiter pour prétendre qu'annuler la dette publique est destinée à améliorer un ratio dettes/PIB que personne ne respecte pour pouvoir emprunter davantage quand en fait il n'y a aucune limite à l'emprunt tant qu'il finance des investissements est faux, mais prétendre éduquer des créanciers à l'annulation de la dette quand on annule une dette qui est notre et non pas leur, et qui n'aura aucun effet, c'est surprenant (pour ne pas employer un jugement de valeur :o)).

1:05:00 on revient de nouveau au schéma du remboursement de la dette publique par l'état alors que ce mécanisme n'est absolument pas avéré, l'état refinançant toutes ses dettes, et cette dette étant la sienne, puisque dette de sa filiale la BCE sur lui-même. C'est vraiment la où ça coince, parce que je ne peux absolument pas comprendre comment on peut nier cette simple évidence. Toute l'argumentation repose sur le remboursement de la dette publique par l'état, alors que le scénario n'est pas écrit ainsi. Il suffit que la BCE garde cette dette sans la réclamer à échéance pour qu'elle soit de facto annulée, mais en aucun cas en libérant une quelconque possibilité supplémentaire, puisque les emprunts de l'état ne sont en rien limités tant qu'il s'agit de financer des investissements. Tout le problème est de baser le scénario de l'annulation sur le remboursement, alors qu'il n'est absolument pas programmé. Il me semble que c'est vraiment tirer des plans sur la comète et il y a des débats bien plus urgents et bien plus importants à mener.

1:06:55 Il y aurait moins d'intérêts à payer.... mais non puisqu'on emprunte à taux négatif. Même à considérer qu'on paye encore un petit intérêt moyen du fait des anciennes dettes souscrites à taux d'intérêt positif.

1:09:05 l'état emprunte chaque année 120 milliards pour rembourser les dettes échues, mais on n'a jamais parlé de rembourser la dette publique de la BCE puisque la BCE est publique et n'a pas vocation à en exiger le remboursement. Au pire, il faudrait la rembourser que ça ne serait que la somme de plus à emprunter comme avec les autres dettes. Quel serait donc le problème d'une dette non exigible, ou d'une dette qu'on refinance sans aucune limitation d'un quelconque ratio ? Débat lunaire, à mon sens...

1:07:30 Notre ami oublie de retirer le 1.9% d'inflation de 1995 au 6.2% du taux d'intérêt. Un petit détail, mais autant rester exact. 

1:09:00 Toujours la même argumentation sur une annulation qui ne change rien. A son calcul d'investissement dans les deux cas, qu'importe, au pire de réemprunter 30 milliards pour rembourser la BCE puisque qu'on emprunte à taux négatif et sans limite. Les situations sont en fait identiques. C'est la ou le débat me semble lunaire, parce qu'on parle de la même chose au pire et au mieux on base un scénario sur un remboursement de la dette publique de la BCE qui n'est pas avérée. La BCE est publique, et filiale des états, donc si les états imposent de ne pas rembourser cette dette, ce qui normalement devrait être du ressort du parlement, la BCE se couche. Je ne vois vraiment pas l'intérêt de se monter un cinoche dramatique quand il n'y a aucune raison qu'il advienne et qu'au contraire on camoufle ainsi des débats bien plus importants, notamment celui du financement direct des états par la BCE ou celui de l'harmonisation fiscale. A se demander si ce débat n'a pas été lancé pour faire diversion, en fait.

1:15:40 Quitte à prétendre que les financiers sont prêts à entendre le discours sur les besoins en services publics, c'est à dire penser qu'ils sont prêts à financer du déficit de fonctionnement, ce qui ne me parait pas vraiment évident, alors encore plus facile de les convaincre d'accepter le principe d'une dette COVID pour rembourser les états de leurs dépenses et encore mieux que cette dette soit de suite rachetée par la BCE, qui en deviendra propriétaire et pourra la cantonner, donc ne pas en exiger le remboursement... comme toutes ses autres dettes publiques. Aucun intérêt pour la BCE à exiger des remboursements pour détruire de la monnaie alors qu'on n'est à la limite de la déflation et bien loin de l'inflation. 

11:17:30 La règle des 3% de déficit sans exprimer qu'elle devrait être déficit de fonctionnement et non déficit d'investissement et sans relever qu'au contraire de ce qui est souhaité précédemment, elle va bloquer les énormes investissements rendus nécessaires par la reconstruction écologique et la transition énergétique.

1:19:30 Prétendre que ce sont les marchés qui bloquent les investissements des états, alors qu'ils sont à vouloir prêter 2.5 fois les sommes demandées ne me parait pas judicieux quand en fait ce sont les libéraux qui ont organisé l'Europe et ses traités pour soumettre les états aux marchés et au grand capital. Quant à parler sans cesse de la schizophrénie des financiers, c'est un peu facile. Il ne m'a jamais semblé que les financiers étaient fous, juste cupides. Alors la bonne question c'est de chercher où en fait ils trouvent leur intérêt... peut-être dans les conditions annexes et sournoises que leur offrent leurs amis politiques, dont les privatisations, les exemptions d'impôt et autres cadeaux évalués à plus de 200 milliards vers les entreprises du CAC 40 en ce qui concerne la France... Autre débat de l'utilisation de l'argent public dans le financement des entreprises privées. 

1:20:05 Débat intéressant du contrôle de la monnaie, sauf que ce n'est pas aux états de le faire, mais au parlement européen, seule instance réellement démocratique, même si on peut aussi débattre d'améliorer le fonctionnement de la démocratie représentative et du passage à la démocratie directe.

Au final, même si je suis critique de nombre de propos, et notamment de l'intérêt d'annuler la dette publique détenue par la BCE, cette video a le mérite de provoquer des débats et la discussion et d'aider donc à la compréhension des mécanismes économiques, si on la regarde de manière critique. En fait, en discuter permet de poser des débats qui sont autrement plus importants, mais globalement on est dans le même camp et la même attente démocratique me semble-t-il

 

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