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Billet de blog 12 févr. 2021

Abolition de la prostitution ? et la liberté de disposer de son corps ?

Les programmes du PCF et de LFI prônent tous deux l'abolition de la prostitution, en fait son interdiction, alors qu'ils défendent le droit à l'avortement au titre du respect de la femme à disposer de son corps. A mon sens une contradiction.

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Je ne partage pas du tout ce point contenu par les deux programmes de LFI et du PCF et je vais m'en expliquer. Tout d'abord, notons la petite manipulation sémantique bien connue de tous les intellectuels qui font dans l'idéologie, à savoir s'approprier la charge affective d'un mot. Donc comme on a inventé le libéralisme qui n'est que la liberté pour le renard de bouffer les poules sans que le fermier ne lui mette un coup de fusil, nos intellectuels de gauche ont choisi de parler d'abolition de la prostitution, ce qui entend libération, alors qu'en fait il s'agit d'une simple interdiction que contestait déjà les slogans de mai 1968 :o). 

Par simplification, je vais utiliser "prostituée" au féminin, mais sachant que dans mon esprit j'inclus tous les genres.

Ce qui rend le sujet pour le moins curieux c'est de défendre le droit à l'avortement au prétexte du droit de la femme à disposer de son corps, mais de lui en interdire le libre usage dès qu'il s'agit de prostitution. Ce qui entraîne donc de facto une condamnation morale de la prostitution sans même en débattre. On va retrouver le même sujet avec le christianisme, Jésus ayant pardonné à la prostituée rencontrée chez le pharisien et à son amie Marie-Madeleine "que celui qui n'a jamais pêché lui lance la première pierre". D'aucuns d'ailleurs de penser que Marie-Madeleine à peut-être déniaisé Jésus, ce qui ne manquerait pas de sel. :o) En tout état de cause le fait que Jésus pardonne à la prostituée démontre que se prostituer serait un péché aux yeux de Dieu, ce qui ne me semble d'ailleurs pas très logique avec l'empathie prônée par les évangiles, et j'en causerai à Dieu dès que je le rencontrerai. Néanmoins il ne semble pas que Jésus se soit posé la question de savoir si elles avaient des circonstances atténuantes. Donc la prostituée est pécheresse. Ce qui a modelé nos esprits et nous oblige aujourd'hui à un effort pour reconsidérer la portée morale d'un mot qui ne devrait pas en avoir plus et même moins que "politique" sachant que prostituée ou péripatéticienne définit une travailleuse du sexe, quand "pute" définit une mentalité et qu'on en rencontre dans tous les milieux, tous les genres, et de plus en plus au fur et à mesure qu'on s'élève dans l'échelle sociale et notamment dans les milieux de la grande finance et de la politique.

D'aucuns, des démocrates, ont donc décidé, seuls, que la prostitution était un esclavage et qu'il fallait en libérer la femme. Il aurait été plus cohérent d'abolir la pauvreté, cet esclavage qui jette de nombreuses femmes dans la prostitution, ce qui aurait été une vraie libération, la pauvreté relevant rarement d'un choix personnel, mais plus souvent d'injustices. Par ailleurs quand un footballeur vend ses pieds très cher, personne ne trouve rien à y redire, alors que si une femme vend son cul, bien moins cher,  c'est obligatoirement mal et condamné. En fait, il semble bien que ce soit le rapport au sexe et à une certaine morale bourgeoise judéo-chrétienne qui soient le maître d'œuvre de cette proposition et c'est assez étonnant quand elle provient de défenseurs de la liberté et des droits de l'homme, en outre assez souvent contempteurs de la religion. Eh voui, le fameux formatage social qu'on a tellement de mal à maitriser si on n'y fait pas attention.

Le proxénétisme est déjà interdit, mais ce qu'on devrait en fait interdire ce sont toutes les contraintes qui poussent un être humain à se prostituer, dont évidemment les conditions économiques qui sont peut-être le facteur le plus déterminant. Que quelqu'un soit obligé de se prostituer, quelle qu'en soit la raison est insupportable, mais si c'est de sa volonté propre, cette décision ne regarde que lui et nul n'est légitime à le censurer ou lui reprocher. Je n'ai pas vu dans les programmes de LFI et du PCF la revendication de la garantie universelle à l'emploi qui assure à chacun son droit constitutionnel à un travail. Je n'ai pas vu non plus la revendication du salariat du parent au foyer qui permettrait aux mères en déshérence de pouvoir gagner leur vie en continuant à s'occuper de leurs enfants. Je n'ai pas vu non plus assuré aux étudiants un revenu d'existence* (j'expliquerai l'astérix plus tard). En ce sens, vouloir interdire la prostitution, sans même avoir abordé la nécessité d'accorder à chacun les conditions nécessaire à une existence décente, art 11 du préambule de notre constitution, est une faute, doublée d'une hypocrisie bourgeoise.

Et du coup, je vais aller plus loin et défendre la prostitution et les prostituées, qui font un travail difficile, ingrat et dangereux mais indispensable à la société. Si la prostitution est le plus vieux métier du monde et si il y a toujours eu des prostitué(e)s c'est qu'il y avait une nécessité indispensable. Tout d'abord, les prostituées assument la satisfaction du désir sexuel, et ce désir sexuel est un facteur indispensable de notre équilibre. Tous les humains ont besoin d'assumer leur sexualité, et on peut voir les dégâts de cette interdiction chez les prêtres, par ex. Certaines populations, comme des travailleurs immigrés, saisonniers, handicapés, religieux, et tous ceux qui sont en situation de frustration sexuelle, cas de nombreux hommes mariés ou séparés,  ont besoin de professionnelles pour assumer leur sexualité. De quel droit déciderait-on de leur nier. On devrait plutôt se poser la question de l'origine de la frustration sexuelle de nombreuses personnes traumatisées par les exigences de la publicité, la pornographie et peinant à trouver un conjoint, même pour un simple moment. 

Par ailleurs, il ne faut pas réduire la prostitution à un simple service sexuel. Les prostituées peuvent aussi combler un vide affectif ou égotique. Elles peuvent être une écoute, permettant à un homme de se sentir exister en racontant ou imaginant sa vie. Rien ne cantonne expressément la prostitution au seul rapport sexuel et bien au contraire, la relation peut-être bien plus que cela. La question n'est pas de comparer, la question est de comprendre et de respecter la liberté de chacun.

En ce sens, je dénonce les dernières lois qui ont aggravé la précarité des prostituées. Je suis partisan d'un statut de travailleur du sexe avec les droits à la sécurité, la lutte contre le proxénétisme, au libre choix d'exercice, et à la santé avec des examens périodiques et traitements gratuits par simple souci de santé publique, des évaluations psychologiques, (comme pour les policiers)  et l'impôt à payer comme tout citoyen. Par ailleurs, rien n'interdit non plus de créer des programmes pour aider celles qui voudraient sortir de ce métier, mais je pense que si la garantie universelle à l'emploi était assurée, le problème serait en passe d'être réglé, puisque plus rien n'obligerait un être humain à se prostituer.

Donc j'apprécierais beaucoup voir remettre en débat cette proposition de LFI et du PCF et revenir à la notion de liberté individuelle et mieux j'apprécierais de voir débattu un statut du travailleur du sexe.

Merci à ceux qui voudraient commenter de bien vouloir le faire avec courtoisie et respect.

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