Le revenu universel: fausse bonne idée

Le revenu universel en prétendant s'attaquer à la pauvreté ne se préoccupe que du facteur financier et aggrave plutôt qu'il ne règle la destruction du lien social

Quand on parle de revenu universel ou de revenu de base, la droite ou la gauche le défendent pour des idées contraires. La droite le défend pour une économie administrative de la lourde gestion des aides sociales. Le RSA pompe 10 milliards de frais pour 10 milliards d'allocations et le chômage dépense 66 milliards pour distribuer 34 milliards d'allocation. La droite propose donc le plus souvent de déterminer un revenu de base pour solde de tout compte en supprimant toutes les autres aides, avec l'idée bien entendu de faire des économies et de limiter voire rogner ce revenu au prétexte qu'il ne faut surtout pas installer les pauvres dans le confort si on veut qu'ils s'en sortent. Pour la gauche, le revenu universel c'est évidemment en finir avec la misère, voire la pauvreté, mais c'est aussi rendre les gens libres et leur permettre de mieux négocier avec leurs employeurs, parce que moins dépendants du salaire. C'est aussi l'idée que le revenu de base permet de financer une autre vie, de faire ce que l'on a envie et qui n'est pas forcément rentable, de s'investir dans de l'associatif, se former, tenter un projet personnel, faire du théâtre etc...

Ces motivations sont tout à fait respectables, mais elles me semblent illusoires et détachées du réel pour toutes les raisons suivantes

- Il faudrait déjà s'entendre sur le montant du revenu universel, parce qu'avec 800€ à Paris, personne ne peut s'en sortir. Alors que dire à 400€ ? Il serait logique que le revenu de base soit au niveau du salaire minimum, avec un delta en fonction du coût de la vie locale, SMIC dont on sait déjà qu'il ne permet pas toujours d'assurer le minimum, à tel point qu'il faut toute une batterie d'autres aides pour ne pas jeter dans la précarité les smicards. En aparté, j'estime que lorsque la collectivité doit assurer un complément financier pour que des salariés puissent vivre normalement et décemment de leur travail, c'est la preuve que le travail est insuffisamment rémunéré et que les aides sociales sont en fait une prime aux entreprises.Donc avec un revenu de base inférieur au SMIC, on ne peut se passer d'un travail et on ne règle pas le pb du chômage. Pire avec 8 millions de personnes en mal d'emploi face à une offre très basse, on se retrouve de fait dans un système concurrentiel, ou le revenu de base va permettre aux chômeurs d'accepter des offres plus basses; c'est aussi un encouragement au travail clandestin. Et pour ceux qui ont un emploi, le revenu de base sera en fait un argument pour le patronat à pousser les salaires à la baisse et ne pas rémunérer le travail à son juste prix.

-Pour ma part, je prétends que le travail est un élément fondamental du pacte social, parce qu'un emploi, ou une activité si on élimine le facteur du salaire, doit permettre de s'accomplir, générant ainsi un sentiment de dignité et d'utilité sociale. Le travail est par ailleurs source d'une grande partie, si ce n'est de la plus grande partie des indispensables relations sociales. Un problème des chômeurs est justement ce sentiment de dégradation de l'estime de soi, parce qu'elle va de pair avec le jugement et la reconnaissance des autres. Ce sentiment d'inutilité est destructeur et complique toutes les relations, familiales, amicales, sociales. Le chômeur se retrouve désocialisé, exclu, et de ce fait avec encore plus de difficultés à retrouver un emploi, parce que loin de tous les bons coups et les bons tuyaux. Je ne crois pas que le revenu de base peut régler ce problème, je crois plutôt qu'il ne peut que l'aggraver. Ce que j'écris la, les gens de tous bords qui ont rédigé le préambule de la constitution on jugé le travail tellement important pour l'individu et la société qu'ils ont édicté le droit de chacun a un emploi et l'obligation de chacun de travailler. Or, on a les emplois à pourvoir, si on sort de la sphère marchande pour passer sur la sphère sociale et la qualité de la vie et on a largement de quoi financer le plein emploi. cf les chiffres ici https://blogs.mediapart.fr/thierry-verson/blog/250918/le-plein-emploi-cest-faisable-la-garantie-universelle-lemploi

-Les défenseurs du revenu de base émettent l'idée que la personne ainsi sécurisée pourrait se passer d'un emploi et aurait donc à cœur de faire ce qu'elle veut. Je trouve cet argument particulièrement déconnecté de la réalité, parce que si des gens, instruits, formés, rigoureux et autonomes peuvent décider de leur vie, beaucoup de gens ne le peuvent et surtout pas les plus précaires. Il suffit de regarder ces halls d'immeubles avec des jeunes en train de passer le temps, pour comprendre qu'ils ne peuvent et ne savent organiser leur temps. 

-Si on mettait en place un revenu de base qui permet de vivre sans emploi, à mon avis on aurait alors comme en Arabie Saoudite, une société à deux vitesses avec d'un coté ceux qui travaillent et d'un autre côté ceux qui profitent en contradiction complète avec le principe d'égalité qui reste un pilier de notre démocratie. Donc ressentiment, tensions et conflits, ce qui ne va pas dans le sens d'une société égalitaire, harmonieuse, juste et donc pacifique. 

En conclusion, j'estime que le revenu universel est une fausse bonne idée, parce qu'en voulant s'attaquer à la misère, elle oublie la dimension individuelle et sociale en ne retenant que la dimension financière. Je trouve qu'il est bien plus important et productif de se préoccuper du travail pour tous, de la qualité du travail, ou plus largement de l'activité si on veut dissocier la nécessité d'un rôle social et celle d'un revenu.

 

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