Le partage du temps de travail: fausse bonne idée

Partager le temps de travail pour en finir avec le chômage revient souvent dans le discours public, mais sans étude sérieuse chiffrée quand un premier survol permet de douter de la pertinence de la mesure

https://www.inegalites.fr/Le-taux-de-chomage-selon-le-diplome-et-l-age Le taux de chômage des non-diplômés est quatre fois supérieur à celui des diplômés d’un niveau supérieur à bac + 2. 

https://www.pole-emploi.org/files/live/sites/peorg/files/documents/Statistiques-et-analyses/E%26S/es_25_statitiques_demandeur_emploi29869.pdf

Le niveau de formation des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi a continûment progressé depuis le milieu des années 1990 : 46 % des demandeurs d’emploi ont un niveau de formation supérieur ou égal au Bac en décembre 2015, contre 29 % en décembre 1996 Malgré l’augmentation du niveau moyen de formation des demandeurs d’emploi, la très grande majorité des demandeurs d’emploi sont employés ou ouvriers (87 % à fin 2015 comme à fin 1996 [graphique 5]). Ceci renvoie en partie aux disparités toujours observées sur le marché du travail : le taux de chômage au sens du BIT des employés et des ouvriers est trois à quatre fois supérieur à celui des cadres. Ainsi, en 2015, le taux de chômage au sens du BIT est d’environ 4 % pour les cadres, d’environ 10 % pour les employés et les ouvriers qualifiés et de près de 20 % pour les ouvriers non qualifiés.
 En vingt ans, la progression du chômage de longue durée semble avoir proportionnellement davantage impacté les plus diplômés et le plus qualifiés [tableau 1]. Ainsi, à fin 1996, la part des demandeurs d’emploi de longue durée était supérieure de 5 points chez les ouvriers et employés que chez les cadres ;alors que les proportions sont comparables vingt ans plus tard. De même, les disparités par niveau de formation se sont réduites, même si le chômage de longue durée continue de toucher plus fortement les moins diplômés.  

Le chômage augmente bien chez les diplômés, notamment les moins que BAC+2 mais il n'en reste pas moins vrai qu'il impacte bien plus les non qualifiés. Il faut juste comprendre que diplôme ne vaut pas obligatoirement qualification. 

Alors essayons d'appliquer la proposition de partage du temps de travail dans les chiffres:

Taux de chômage d'environ 4% pour les cadres, donc il suffirait théoriquement que chaque cadre réduise son activité de 4% pour pouvoir la partager. Or on remarque que statistiquement les cadres sont déjà largement au delà de la durée légale du travail qui ne s'applique pas à leur statut. Donc, il semble que la mesure serait largement réalisable au niveau des cadres, mais il reste à déterminer si et comment il serait possible d'organiser le partage au niveau des tâches des cadres. Peut-on imaginer un ingénieur partager 10% de son temps de travail sur un projet, ou imaginer partager le nombre de projets. Je pense qu'il faudrait une autre étude pour mieux cerner les possibilités et difficultés. https://www.lesechos.fr/economie-france/social/malgre-les-35-heures-les-cadres-travaillent-presque-autant-que-dans-les-annees-1970-1149176  L'étude de l'INSEE montre que 40 % des cadres dépassent les 40 heures de travail hebdomadaires, et que 24 % vont au-delà des 45 heures.

10% de chômage pour les employés et ouvriers non qualifiés: donc il suffirait en théorie de réduire de 10% la durée légale du travail pour créer le nombre de postes désirés. En clair, passer la durée légale de 35h à 32h ou 31h comme on l'avait fait en passant la durée légale du travail de 39h à 35h. Or les différentes pages sur le sujet sur Internet établissent une création total  de 350 000 emplois suite à cette mesure alors qu'on est à 6.4 millions de demandeurs d'emploi. Il y a néanmoins un beug dans les chiffres à expliquer parce que les personnes qualifiées représentent 27% de la population en emploi soit 7.2 millions de personnes et il faudrait donc que la mesure crée 720 000 emplois rien que dans cette qualification pour être efficace théoriquement. Théoriquement parce que, contrairement à ce que j'ai prétendu, c'est à 57% des demandeurs d'emplois le plus gros contingent, supérieur aux demandeurs d'emploi non qualifiés 28%. donc 3.6 millions de demandeurs. Données 2015  https://www.pole-emploi.org/files/live/sites/peorg/files/documents/Statistiques-et-analyses/E%26S/es_25_statitiques_demandeur_emploi29869.pdf    C'est donc la qu'il y a un gros beug entre une stat qui donne 10% de chomage chez les ouvriers et employés qualifiés quand une autre révèle qu'ils forment 57% des demandeurs d'emploi. Grosse différence.

Concernant les demandeurs d'emplois non qualifiés, ils représentent donc approximativement 28% des demandeurs d'emplois, avec un taux de chômage de 20%. Il faudrait donc passer la durée légale du travail de 35h 0 28h pour théoriquement créer le nombre de postes nécessaires à résorber le chômage mais avec la même limite que pour la catégorie des qualifiés, à savoir que l'expérience des 35h a démontré qu'il  n'y avait pas de corrélation statistique entre la baisse de la durée légale du travail et la création d'emplois supplémentaires.

En tout état de cause, qualifiés ou non employés et ouvriers représentent 85% des demandeurs d'emploi quand près de la moitié des emplois sont des postes d’employés (26,8 %) ou d’ouvriers (19,6 %), dont deux sur cinq sont non qualifiés. En clair ce serait à 45% de la population de partager son temps de travail pour employer 85% des demandeurs d'emploi soit à 12 millions de salariés de partager son emploi avec 5 millions de chômeurs donc de sacrifier 40% de son temps de travail.

En résumé, la mesure quoique bénéfique ne semble pas en mesure de satisfaire ses promesses, de résorber l'intégralité du chômage de masse d'autant qu'il faudrait affiner les statistiques par région et par emploi. Et sans même compter les 3 millions de travailleurs précaires qui aspirent à un emploi de meilleure qualité. Par ailleurs, reste à traiter du problème du financement de la mesure. Diminution du temps de travail légal avec maintien du plein salaire ou décote partielle et totale. Quelle incidence sur les couts des entreprises, la consommation et l'inflation ?

Donc jusqu'à preuve du contraire, je continue à prétendre que la garantie universelle à l'emploi permettrait bien plus efficacement d'en finir avec le chômage de masse.

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