LE BLOG D’UN ICONOCLASTE – Épisode n°6

Cet interview fictif est réalisé à partir de nombreux articles et reportages consacrés à l’affaire… durant le premier tour des Présidentielles 2017 et récemment lors du procès de François et de Pénélope. Il s’agit donc d’une interprétation irrévérencieuse d’une famille politique (au double sens du terme) qui a beaucoup servi et s’est généreusement servie …
Pénélope FUYONS, simple femme au foyer, est discrète et effacée, qui parle peu et palpe beaucoup.

Qui êtes-vous Pénélope FUYONS ?

Je suis une femme mariée au foyer, mère de deux grands enfants, vivant à Sablé-sur-Sarthe.

Est-ce facile au XXI° siècle d’être une femme au foyer ?

Franchement, ce n’est pas si facile d’être une femme au foyer. C’est un travail à plein temps. Comme vous le savez, je suis d’origine britannique, plutôt réservée et préférant cultiver tranquillement mon gazon anglais, simplement entourée des miens et de mes animaux.

Que pouvez-vous nous dire de l’affaire Pénélope ?

Quelle affaire ? J’ai été étonnée comme François d’ailleurs ! Je me rappelle du soir où il a appris par téléphone « la soi-disant affaire » sortie par le Canard et j’ai encore ses mots résonnant dans ma tête : “C’est un coup de ce salaud de gnome qui n’a pas supporté que je l’écrase, cet infâme avorton, lors des primaires !“

En vous voyant à la télévision, on a l’impression que vous n’étiez pas au courant du travail effectué par vous pour votre mari ?

Quel travail ? Je suis la première surprise. J’ai quitté le pays de Galles pour la France afin d’accompagner ma sœur qui allait se marier et souhaitait ne pas être seule dans ce pays étrange et étranger. Elle m’a mise carrément dans les bras de François pour que je reste à ses côtés. Parlant mal français, encore assez timide, j’étais heureuse chez moi avec ma sœur.

Mon mari m’a fait signer des papiers, a rempli mes déclarations d’impôts, ouvert pour moi plusieurs comptes bancaires, …, cela pour simplifier ma vie quotidienne.

 

Cela ne vous posait pas un problème d’éthique pour un “non travail“ très bien rémunéré ?

Pour moi, le travail de François, c’est avant tout de la représentation. Je l’ai toujours vu se préparer et s’habiller comme un acteur pour jouer un rôle. Il m’a toujours dit que l’important est de flatter l’électeur … pour que ce dernier vote en retour pour vous.

Son job, c’est inaugurer un foyer rural, une salle des fêtes, un concours de pétanques, mais aussi récompenser le vainqueur d’une course locale ou la gagnante du loto de la commune, …

Politichien, c’est avant tout paraître et serrer des mains, lire un discours écrit par d’autres, caresser la laine des moutons, embrasser des villageoises, cultiver son image de responsable politique et, bien sûr répondre positivement aux sollicitions de sa clientèle électorale.

Le travail d’un député et d’un sénateur ; c’est bien plus que cela, non ?

Vous croyez ? François que je sache, n’a jamais participé au travail législatif, n’a été présent à la moindre commission, ni déposé aucun amendement, ni examiné un projet de Loi, ni pris la parole pour défendre ou attaquer un article, ni pour interroger le gouvernement. Pour vous dire la vérité, je n’ai jamais remarqué que mon mari travaillait … Et quand il a été Premier Ministre, il bénéficiait d’un aéropage de collaborateurs qui œuvraient pour lui !

Quelle était votre activité en tant que sa principale et seule collaboratrice ?

Éreintante, vous ne vous rendez absolument pas compte du temps passé pour repasser tous ces costumes faits sur mesures, cirer et faire briller ses nombreuses paires de chaussures, ranger ses affaires, tenir notre gentille chaumière, préparer au dernier moment un repas pour une dizaine de convives, faire la potiche à ses meetings, saluer les femmes de ses amis comme de ses ennemies politiques, sourire à la moindre blague et, rester digne à chaque occasion !

Mais quid de votre fonction “politique“ auprès de votre mari ?

Mais je viens de vous l’expliquer …

Lors d’un ancien interview de la BBC, vous sembliez « effectivement » loin de la vie politique et de ses affaires ?

J’ai en effet rencontré une compatriote galloise sympathique et nous avons parlé à bâtons rompus comme des amies, en dégustant une excellente tasse de thé.

Cet entretien est malheureusement revenu comme un boomerang et cela a vraiment contrarié François qui m’a tenu des propos désobligeants et grossiers : « Mais qu’est-ce que tu peux être c… ; ce n’est pas possible d’être si n…… ; tu pouvais pas te taire, espèce d’i…… ».

Comment vous a-t-il expliqué l’affaire ?

Qu’il n’y avait justement pas d’affaire et que tout était légal. Que chaque député et sénateur faisait pareil. Que c’était une pratique “courante“ et très commune d’engager sa femme ou ses enfants ou sa maîtresse. Et qu’il avait trouvé plus réaliste de m’embaucher.

Cela lui permettait simplement d’arrondir ses indemnités parlementaires !

Cela ne vous a pas étonnée ?

Je suis galloise et j’ai encore du mal à comprendre les “us et coutumes“ des français. J’ai cru ses explications en bonne épouse.

La suite a dû vous surprendre ?

François n’arrêtait pas de répéter qu’il s’agissait d’un coup monté du cabinet noir de Hollande orchestré par Macron et alimenté par le nain puant.

J’avoue que je ne comprenais pas pourquoi les gens accueillaient François au son de casseroles et nous demandaient de rembourser des millions d’€uros ?

Comment avez-vous géré la crise ?

Difficilement car chaque semaine, un nouveau feuilleton alimentait la campagne. Cela faisait enrager François qui n’arrêtait pas de maudire ce sale petit rat de Paul Bismuth de manigancer tous ces racontars. Puis, un de ses conseillers lui a soufflé l’idée de déclarer qu’il se retirerait si jamais il était mis en examen, ce qui n’arriverait jamais.

 

Et c’est arrivé !

Je nous croyais alors à l’abri et j’espérais retrouver le calme de mon jardin secret. Mais hélas François a pété les plombs, criant haut et fort qu’il allait tuer de ses mains l’odieux pygmée qui lui était un véritable voleur qui avait détourné des dizaines de millions d’€uros avec l’aide d’un Pygmalion !

Comment imaginiez-vous la fin de cette histoire ?

Je m’inquiétais surtout pour mon mari qui assis à son bureau, marmonnait : « Le lilliputien m’a tuer ! » puis son directeur de campagne l’appelait pour préparer les prochains meetings et là, après avoir raccroché le téléphone, il hurlait dans la maison, fou de rage : « je vais piétiner cette étron nauséabond et son avocat de m… qui m’a piégé avec ses costumes à la c… ».

Et vous, comment réagissiez-vous ? ?

Totalement dépassée. Je lui ai proposé de rembourser les sommes dues mais j’ai cru qu’il allait alors me trucider ! Puis est apparue la péripétie de mes fiches de lecture. J’avais l’habitude pour la bibliothèque de Sablé d’en rédiger pour faire un résumé succinct afin que les lectrices puissent choisir leurs livres, en toute connaissance de cause. La revue des deux mondes m’avait demandé d’en faire de même pour leurs abonnés.

Et je m’étonne encore de la polémique qui en a résulté.

Avez-vous subi des pressions ? 

Oui, François m’a forcée à l’accompagner à ses meetings où les gens scandaient mon nom en me disant de tenir bon. J’ai même dû monter sur la scène en tenant fermement mon sac à main pour saluer cette foule qui m’applaudissait mais je ne savais pas pourquoi ?

Alors que l’on croyait que votre mari renoncerait au profit de son ami Juppé, savez-vous pourquoi il a finalement fait volte-face ?

Le vendredi et le samedi précédent le discours du Trocadéro, il était “calme“ et même serein. Il a passé son temps au téléphone avec divers barons de son parti. Le matin, au lever du lit, il m’a regardé et s’est exclamé : « Non, je ne céderai pas aux désidératas de tous ces c… car cela ferait trop plaisir à l’andouille bordelaise et au ridicule petit schtroumpf de Neuilly ! »

Quel fut votre état d’esprit à la fin du premier tour ?

Fatiguée, bafouée, confinée mais libérée. Enfin, je le croyais jusqu’à ce maudit procès où tout a recommencé, sans compter François et ses avocats qui n’arrêtaient pas de me faire répéter sans cesse ma plaidoirie.

Et le soir, j’avais droit aux remontrances de mon mari et co-accusé : « Mais quelle empotée. Ce n’est pas vrai ce que tu peux être c…… ! J’ai dû sans arrêt intervenir pour tenter de rattraper tes erreurs. Tu n’es même pas capable de réciter sans te tromper les leçons que mes avocats t’ont apprise, nom de D… ! »

Quel est votre avenir désormais ?

À mon âge, je prépare ma retraite et c’est pourquoi pour obtenir tous mes trimestres, je me suis présentée à la mairie de Sablé-sur-Sarthe, où j’espère bien être élue le 28 juin.

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 Née Tête à Clarke, le 31 juillet 1955 à Llanover au pays de Galles ;

Profession : Épouse d’un Homme politique ;

Hobbies : Nombreux ;

Signes particuliers : a joué un rôle important lors de la présidentielle de 2017 ;

Ex-conseillère municipale de Solesmes (Sarthe). Ex-conseillère particulière de 1993 à 1998. Puis ex-attachée parlementaire de son mari de 1998 à 2002 puis de 2007 à 2012, et de son suppléant Marc Julot de 2002 à 2007. Ex-plume à la revue des deux mondes.

 

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