LE BLOG D’UN ICONOCLASTE – Épisode n°7

Interview fictif et irrespectueux réalisé à partir de vrais extraits d’articles et de reportages agrémentés de menus rajouts et comme faux interviewer, le Président François Hollande des trois mousquetaires de gauche (qui sont quatre) : Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Arnaud Montebourg, Manuel Walls, prêts à rempiler au sein de n’importe quel ministère.

« Vous-même, Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Arnaud Montebourg, Manuel Walls tentent de vous emparer de l’étendard de la gauche, à terre depuis l’élection présidentielle de 2017, pour sortir du duel annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais sans succès pour chacun. Aussi merci Monsieur le Président de réaliser cet interview de quatre de vos anciens ministres qui se disent prêts à rejoindre … un “gouvernement d’union nationale“. »

 

Je les connais très bien pour les avoir “fréquentés“ et “subis“ pendant plus de trente ans. J’en profite pour critiquer Macron pour sa gestion de crise du conconvirus mais aussi pour son manque d'élégance, et surtout de reconnaissance à l’égard de Ségolène Royal qui aurait mérité de pouvoir poursuivre sa mission d'ambassadrice des pôles. Ségolène montre au contraire sa grandeur d’âme en acceptant un poste de ministre que l’on ne lui a pas proposé dans le futur nouveau gouvernement de Macron.

 

Pourquoi mes amis vouloir rejoindre un Président inefficace et dépassé ?

C’est au dépassement de tout clivage que j’appelle de mes voeux. Moi, Ségolène, je me considère de gauche bien évidemment, mais il faut aller bien au-delà.

Par rapport aux problèmes qui se posent aujourd’hui et demain en France, je suis dans une dynamique de rassemblement républicain. Macron est un « idéologue » et c’est pour ça que le débat politique est intéressant. Parce qu’il y a vraiment un choix de société, un choix de cohérence et un choix d’histoire par rapport à notre identité.

Aujourd’hui directrice France de l’ONG One, mais aussi en tant qu’ancienne ministre de l’éducation nationale, je plaide également pour un retour à une souveraineté économique sans tomber dans le souverainisme. Si le caractère inédit de la crise conduit à tempérer certaines critiques, on a quand même vu une pratique du pouvoir assez solitaire, parfois opaque et manquant d’humilité. Et c’est pourquoi, Moi Najat, j’offre aussi mes services et mon corps à Macron et à la France.

Selon un sondage Odoxa paru fin 2019, un quart des personnes interrogées souhaite voir Manuel Valls (25%) représenter la gauche à la prochaine élection présidentielle de 2022, devant Arnaud Montebourg (21%) et Najat Vallaud-Belkacem (16%). Nous sommes donc parfaitement cohérents de vouloir sauver la France et rejoindre le gouvernement. Moi Arnaud Montebourg, je suis prêt à sacrifier mes merveilleuses abeilles pour cela !

Voilà plusieurs jours que moi, Manuel Valls, suis au centre de rumeurs politiques qui murmurent que je pourrai être nommé au gouvernement après un possible remaniement par Emmanuel Macron. Honnêtement, je pense que c’est indécent même si les Affaires étrangères me tantent …On est encore en pleine guerre du conconvirus même si on n’en est presque sorti. C’est pourquoi j’ai décidé d’accepter cette non-proposition de rentrer dans un gouvernement de redressement national. 

 

S'il est un trait de caractère dont ma chère Ségolène Royal ne manque pas, c'est le toupet. Tes ex-collègues ministres se souviennent tous de cette manière de jouer des coudes, de leur marcher sur les pieds si nécessaire pour te faire une place au soleil. Alors pourquoi ce changement de ton et cette soudaine humilité ?

J’ai décidé d'inaugurer une nouvelle posture, celle de l'humilité. S'il faut en passer par là pour trouver ma place dans le nouveau monde, ce n'était pas cher payé ! En tant que présidente de Désir d'avenir pour la planète, ancienne ministre de l'écologie et ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007, j’ai réfléchi : nous rentrons dans une nouvelle phase ; ce n'est plus le moment de critiquer ou de polémiquer !

 

Cher Manuel, mon ancien petit premier ministre, pourquoi as-tu décidé de quitter Barcelone, la Catalogne et l’Espagne pour te les geler à Paris ?

 Pas question pour moi que l'on croit que je profite de la situation pour une sorte de come-back sur la scène politique française. Les uns et les autres, on se pousserait du corps en disant Et moi. Et moi ! Ça n'a aucun sens. Mais évidemment, si je peux à un moment ou l'autre aider mon pays, je le ferai de mille manières. Jappelle toutefois le président à prendre « le bon chemin ». Ça ne doit pas être une manœuvre politique mais une stratégie sur le monde, l'Europe et la France. 

 

Ma Belle Kacem qui a disparu depuis trois ans, pourquoi cette soudaine effervescence ?

C’est vrai que le Président Macron m’a fait croire que j’étais la seule personne à ses yeux qui comptait. Mais comment faire de la politique sans se serrer la main, sans saluer les gens, sans être ministre …

 

Ma Ségolène, après avoir été si critique avec le traitre Macron, pourquoi ce revirement ?

Nous avons aujourd'hui besoin de faire converger l'ensemble des énergies pour que la France rattrape son retard et puisse se relever assez vite. Nous rentrons dans une nouvelle phase où on a besoin de l'énergie de tous, ce n'est plus le moment de critiquer ou de polémiquer, même si ces critiques ont été très utiles et auraient dû être mieux entendues. Tout a été dit à la fois sur les choses positives qui ont pu être faites, notamment sur les décisions économiques, et sur les failles et les manquements. J’ai notamment pointé assez tôt dans la crise du conconvirus, le manque flagrant de masques disponibles en France. Le monde entier a vu les difficultés de gestion de la crise en France, et par conséquent nous avons désormais besoin d’union pour que la France puisse se relever rapidement.

 

Najat, quel regard neuf portes-tu sur l’action du gouvernement contre le conconvirus ?

Il est vrai que le manque de transparence dans l’information publique, la faiblesse de la délibération collective ont fini par créer une vraie suspicion dont les tergiversations sur
les masques et les tests sont symptomatiques. Ce n’est pas sain car ça amoindrit la portée des politiques publiques et la confiance dans l’action étatique. Mais cette crise a aussi éclairé une certaine vision du monde du gouvernement qui n’a pris conscience qu’avec beaucoup de retard des ravages humains et sociaux. Moi Najat, je peux et je veux apporter ma pierre philosophale à l’édifice gouvernemental !

 

Ce fourbe Macron a quand même mis en place le chômage partiel. Qu’en penses-tu ?

C’est une bonne chose pour ceux qui ont un emploi mais pour les autres … Il y a comme un impensé. Prenez l’attestation de sortie téléchargeable sur Internet : les autorités ont oublié que la fracture numérique empêchait énormément de gens d’y accéder et que plus de 2 millions de Français souffrent d’illettrisme. Même chose avec le refus de la gratuité des masques quand on sait combien cela pèse dans le budget d’une famille qui est à 10 €uros près. Alors pour que cela change et que l’humain soit enfin intégré dans le paradigme jupitérien, je suis désormais disponible.

 

Crois-tu que ce perfide Macron puisse refaire un virage à gauche ?

À quoi ressemblera l'«après-crise» ?  J’ai mon scénario idéal qui passe par un véritable virage social, afin de repenserde nouvelles solidarités ! La méthode doit être collective. Il ne s'agit pas d'attendre un homme ou une femme providentielle, mais de réunir un nouveau Conseil national de la Résistance. Je fais le vœu d'un gouvernement d'union nationale.

 

Alors Arnaud : adieu veau, vache, cochon et abeille ?

 J’avais dit quitter la vie politique en 2014 avant d'être candidat à la primaire de la gauche deux ans plus tard. Et même si j’ai juré que le désir de la politique m’a quitté et que je ne suis pas dans une candidature. Je suis moi-même comme je l'ai toujours été. Je reste citoyen, homme engagé, sans agenda politique, je peux encore être utile ! Certes, je suis dans les entreprises agricoles et je suis très heureux comme je le suis mais si la France a besoin de moi … En 2020, la question de moins dépendre de pays au bas-coût comme la Chine se pose de plus en plus. C'est toujours agréable d'avoir raison, même dix ans plus tard !

 

Et toi, Manuel : reviendras-tu, reviendras pas ? 

 C’est vrai que depuis l'hypothèse d'un nouveau gouvernement rassemblant des compétences et des noms connus, comme Manuel Valls et Ségolène Royal, chacun y va de son commentaire. J’ai reçu beaucoup d’encouragement et de soutien : "Manuel Valls, tout le monde s'en fout", ou “le recours à l’ex-premier ministre aboutirait à un gouvernement du Musée Grévin.“ ou “Manuel Valls divise politiques comme citoyens et ce n’est pas le choix de son déconfinement des Baléares qui devrait calmer les critiques“.

 

Arnaud, comment espères tu réussir là où tu as échoué comme ministre du redressement productif ? 

 J’ai toujours fait preuve d’une belle continuité. En 2011, ma campagne pour la primaire socialiste, était déjà placée sous le signe de la démondialisation. Pour moi, le protectionnisme n’est pas un gros mot ! Si je ne crois plus vraiment au concept de « gauche », je ne me sens également d’aucun clan. L’époque qui s’ouvre n’appartiendra pas aux calculateurs, mais à des personnalités audacieuses sachant s’affranchir des appartenances partisanes, nouer s’il le faut des alliances transgressives et au tempérament fort. Les bouleversements que provoquent cette crise sanitaire, notamment l’arrêt de la moitié des économies de la plupart des pays occidentaux pendant de longues semaines, sont incalculables. Personne ne connaît aujourd’hui l’état dans lequel l’Union européenne et l’€uro seront dans six mois. Et personne n’a d’idées sur ce que sera alors notre paysage politique. Donc pourquoi, pas moi !

  

On parle moins d’une seconde vague du conconvirus, mais les français ne vont-ils pas vouloir une seconde vague du dégagisme politique ?

Le risque est grand qu’ils souhaitent procéder à une deuxième vague de dégagisme aussitôt qu’ils le pourront. Il incombe à ceux qui pensent - souvent à juste titre - avoir fait les bons diagnostics depuis fort longtemps d’être à la hauteur de l’Histoire. Cette dernière n’est jamais tendre avec les esprits dénués de caractère et avides de petits calculs. Moi Arnaud, je me suis grandi depuis ces dernières années et suis prêt à servir de nouveau mon cher pays.

  

Manuel, comment envisages-tu ton retour politique ?

Je ne manquerai jamais d’être utile aux Français ! J’entends de nouveau faire entendre ma petite voix. C’est d’abord le débat politique en France qui me passionne car c’est ma vie. Je ne suis pas en exil, je n’ai pas disparu et viens régulièrement à Paris. Je n’ai pas rompu avec cette ville, ni avec la politique française. Avec Macron, nos rapports sont bons. J’échange régulièrement avec certains piliers de la majorité comme Richard Ferrand pour mettre en avant mon expérience politique. Je donne mon avis avec l'humilité de celui qui a gouverné et qui a été en première ligne.

 

Cela passe-t-il par de la flagornerie ?

À la différence avec toi, Macron n’en n’a pas besoin. Et je suis d'accord avec les grandes lignes annoncées. La crise de confiance profonde à l'égard du pouvoir est injuste. Rien n'est facile ! Emmanuel Macron a parlé de rupture, de remise en cause. L'opinion y sera sensible. D’ailleurs sur certains points, je me retrouve aussi dans les récents propos de Chevènement : “la nation reste l'espace dans lequel la démocratie s'exerce“. Concernant la « guerre numérique », je salue également les propos de DSK. Et le point qui me paraît essentiel dans son papier, c'est la question de la souveraineté numérique. Elle nécessite que les Allemands bougent sur la question d'Internet. C’est en bonne voie… Nous devons être capables de nous battre contre les Gafa. Enfin, je salue le grand virage d’Angela Merkel sur la dette européenne qui a finalement rejoint Macron dans sa politique ambitieuse de l’€urope face à celle agressive de “Little Dick Trump“. 

 

Et tu ne crains pas d’être accusé de faire un peu trop de l’œil à Macron ?

Je le soutiens « avec discernement ». Et je me tiens prêt à agir. Tous pour un et Un pour tous comme dirait Alexandre Dumas !

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