LE BLOG D’UN ICONOCLASTE – Épisode n°4

Interview fictif du Docteur Agnès Buzyn l’abuseuse, ancienne ministresse de la santé et toujours candidate à la mairie de Paris. Interview qui reprend les interviews et reportages depuis le 10 janvier au 20 mai 2020.

Qui êtes-vous Docteur j’abuse ?

Je suis Buzyn zinzin pour les uns, Buzyn la buse pour d’autres, Buzyn l’abuseuse pour certains et Buzyn tout court pour les miens. Et Ancienne ministre des solidarités et de la santé.

Docteur j’abuse, qu’avez-vous fait de votre vie depuis le 16 mars ?

Quand je suis rentrée chez moi, le 16 mars, je me demandais ce que j’allais faire de ma vie. J’étais seule, effondrée, enpleurs, et mes larmes n’avaient rien à voir avec celles d’émotion et de déchirement, essuyées entre deux sourires lors de la passation de pouvoir au ministère de la santé. C’était des larmes lourdes, de fatigue, d’épuisement, mais aussi de remords.

Quand j’ai quitté le ministère, je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. J’étais en plein désarroi : fallait-il abandonner mon poste en pleine tempête, alors que je devinais le drame à venir ?

Docteur j’abuse, avez-vous délibérément ignoré le principe de précaution ?

Dès le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation, pointant du doigt une certaine "inertie". Lorsque j'ai appris l'émergence du conconavirus, j'ai eu "l'intuition" qu'une épidémie pouvait ne pas se cantonner à la Chine. J'ai exprimé mon inquiétude depuis le premier jour parce que c'était mon rôle. J’ai de nouveau averti le Premier ministre dès le 30 janvier que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir.

Docteur j’abuse, le 24 janvier n’avez-vous pas déclaré que le risque d'importation du conconvirus était pratiquement nul et le risque de propagation très faible ?

C’était à la sortie du conseil des ministres et à ce moment-là, le conconvirus semblait essentiellement toucher la Chine avec 800 malades avérés et 27 morts. D'autres cas étaient signalés dans six autres pays mais il s'agissait de personnes revenant de la région de Wuhan. De son côté, l'OMS espérait que les mesures prises par la Chine suffiraient à stopper la transmission et qu’il était trop tôt pour déclarer l’urgence internationale …

Docteur j’abuse, vous continuez fin janvier, malgré vos intuitions, de minimiser la pandémie, pourquoi ?

Je précisais que tous les voyageurs venant de Chine, sont « contrôlés et dirigés aux urgences ». Les SAMU, laboratoires de virologie, hôpitaux sont informés du risque et vont chercher les personnes pour quelles ne soient pas en contact avec le reste de la population. Je me suis toujours efforcée de rassurer les français ! 

Docteur j’abuse, le mensonge est-il pire que l’incompétence ?

Le 14 février, je répondais aux journalistes que la question n'est pas de savoir si je suis inquiète ou pas, mais de rester vigilants, d’anticiper et renforcer la coordination européenne. Lors de la réunion du Conseil des ministres européens du 30 janvier, nous avions ainsi envisagé une meilleure coopération dans l'échange d'informations, dans la prise en charge des cas contacts ainsi qu’un renforcement dans la préparation et l'achat d'équipements, avec un marché qui sera passé par l'Union européenne pour l'achat de masques, plutôt que chaque pays s'équipe séparément. Mais je n’ai pas été suivie !

Docteur j’abuse, à la question de savoir si vous anticipiez le pire, n’avez-vous pas menti de nouveau le 27 février, en rassurant les français ?  

J’ai précisé que ce qui fonctionnait, c'est d'isoler et de mettre en quatorzaine les cas contacts, pour éviter la diffusion du conconvirus. Nous appliquions cette stratégie d'isolement des cas, et tous les pays étaient d'accord pour ces mesures barrières qui étaient efficaces. J’ai même souligné que notre problème était le manque de données robustes pour établir des modélisations afin d’anticiper et de prendre des mesures pour les différents scénarios…

Or vous ne sembliez pas « inquiète » sur la gestion de la crise du conconvirus par le gouvernement chinois alors que l'ampleur de l'épidémie était largement sous-estimée ?

Je n’ai fait que dire la vérité … À l’époque et encore aujourd’hui, les mesures prises visant à tarir la source et éviter la circulation du conconvirus étaient les bonnes ! 

Docteur j’abuse, pourquoi continuer à faire semblant, durant votre campagne à Paris ? 

 On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée.

Curieux n’est-il pas pour un médecin au curriculum vitae si bien rempli de n’oser clamer la vérité qu’au lendemain du mauvais résultat du premier tour ?

Oui j’ai confié après le premier tour des élections municipales, mes regrets quant au maintien de ces élections.

Docteur j’abuse, vous avez qualifié la tenue du 1er tour des élections municipales de mascarade. Pourquoi dès lors y avez-vous participé comme si de rien n’était ?

J’ai fait tout ce qu’il était possible de faire. On m’a même reproché, une semaine à peine après la polémique sur la pris en charge de la crise sanitaire liée au conconvirus, d’avoir été recrutée par Unicancer en tant que conseillère en charge des affaires stratégiques et de la gestion de la crise. Et j’ajoute que j’ai accepté ce poste à titre gracieux. D’ailleurs, j’avais déjà travaillé avec Unicancer pendant que je présidais l’Institut national du cancer. J’étais donc la bonne

Docteur j’abuse, en sus de la pandémie du conconvirus, vous avez conscience de déclencher un véritable tsunami avec vos déclarations. Est-ce de votre part un sauve qui peut ?

Je suis consciente d’avoir déclenchée un tel tourbillon politique. Mais c’est la décision de maintenir le premier tour des élections municipales qui a amplifié la polémique et la colère de l’opposition qui militait pour son report. Le Premier ministre avait consulté toutes les forces politiques et personne n'avait alors pensé qu'il fallait les reporter.

Intuition, inquiétude, instinct, inertie, … mais toujours silencieuse. Docteur j’abuse, en tant que médecin et professionnelle de la santé, vous n’avez pas alerté les Français. Le regrettez-vous aujourd’hui ?

OUI ! Surtout depuis que trois médecins, représentants d'un collectif de soignants, ont porté plainte contre le Premier ministre Édouard Philippe et moi-même ! Nous accusant de nous être "abstenus" de prendre à temps des mesures pour endiguer l'épidémie de Covid-19. Ils osent nous accuser d’avoir eu conscience du péril et de disposer des moyens d'action que nous aurions choisi de ne pas exercer.

Bas les masques Docteur j’abuse, votre politique anti conconvirus a été un vrai fiasco. Pourquoi n’avoir rien dit ?

La presse ne nous a pas épargné et a tiré à boulets rouges sur le gouvernement : “Mensonge d’État.” ; Le fiasco du gouvernement à propos des masques de protection“ ; “Une incurie cachée par l’exécutif grâce au prétexte d’un débat scientifique sur l’utilité de ces protections pour la population.“ Rien ne fut simple. Tout s’est compliqué. Durant cette pandémie, j’ai fait part de mes doutes et de mes intuitions. Les experts étaient divisés et ce conconvirus imprévisible. La situation de quasi-pénurie a désormais été reconnue par le gouvernement, qui s’est employé ensuite à commander des masques à la Chine. 

Reconnue, mais pas assumée pour autant. Docteur j’abuse, les stocks étaient-ils trop bas ?

Il a été décidé à un moment de ne pas reconstituer le milliard de masques car les experts ont considéré qu’un stock de masques pour la population n’était pas si important que ça. Et qu’il serait toujours temps d’en faire fabriquer. De fait, le discours du Directeur général de la Santé a profondément évolué avec une position différente chaque mois car on en découvrait chaque jour sur le conconvirus et ses effets …

Selon Emmanuel Macron, la réforme du système de santé menée par vous, ne portait pas assez de sens. L'actuel ministre de la Santé s'engage à prendre les choses en main, avec l'adoption de mesures d'ampleur. Docteur j’abuse, vous sentez-vous désavouée ?

Le président de la République a fait son mea culpa le 15 mai, lors d'une visite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où il a promis une forte revalorisation des salaires pour les personnels médicaux. Emmanuel Macron a déclaré avoir sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée il y a deux ans, en faisant référence à la réforme du système "Ma santé 2022". Par ses déclarations, je me sens au contraire totalement dédouanée…

Docteur j’abuse, allez-vous renoncer au deuxième tour des élections municipales ?

Je sais que les spéculations vont bon train au sein de La République en Marche. N’oublions pas que j’ai été désignée pour remplacer au pied levé, Benjamin Grivois. Et si notre liste a été distancée par celles d’Anne Hidalgo et de Rachida Dati, j’en suis une victime collatérale. Aujourd’hui, j’ai renfilé ma blouse blanche pour venir en aide à mes confrères, en première ligne de la lutte contre le Covid-19. Je suis redevenue médecin à 100%.

Entre le professeur Didier RAOUFFE et vous, le torchon brûle-t-il toujours ?

C’est un jaloux ! À part chez certains politiques comme le maire de Nice ou le Président Trump, qui sont des personnalités contreversées, je rappelle que ce traitement à l'hydroxy chloroquine ne fait  pas l’unanimité comme le démontre l’étude internationale publiée dans le revue « The Lancet ». Comme d’habitude, RAOUFFE fait du RAOUFFE et il s’est récemment réjoui d'apprendre que j’avais prescrit son traitement : "Je suis content pour elle qu'elle soit restée un médecin“ alors que mon patient ne souffrait absolument pas du Covid-19.

Docteur j’abuse, avez-vous ou non des regrets ?

Oui pour mon mari qui doit quitter fin mai, ses fonctions de conseiller d’État extraordinaire auprès du gouvernement.

Pour  mon métier ; j’avais rejoint l'unité Covid-19 de l'hôpital militaire de Percy, à Clamart, qui a désormais fermé. Je suis donc en attente d'une éventuelle nouvelle affectation. 

Pour les muncipales car à la demande de LREM, je m'entretiens avec mes colistiers et tente de recoller les morceaux, puisque le second tour est programmé le 28 juin.

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Née, le 1er novembre 1962 à Paris ;

Mariée à Yves Lévi ;

Profession : Médecin, enseignante et chercheure à Paris V, spécialiste d’hématologie et d’immunologie des fumeurs ;

Hobbies : Femme politique qui occupe de nombreuses responsabilités dans diverses sociétés scientifiques et organismes publics, liés à la médecine et au nucléaire - membre du conseil médical et scientifique de l'Établissement français des greffes – de celui de l’agence de biomédecine - du conseil scientifique de l’établissement français du sang - du conseil d'administration de la Société française de greffe de moelle et de thérapie cellulaire  - préside le conseil scientifique de 2008 à 2015 - préside le conseil d’administration de l’institut de radioprotection et de sûreté du nucléaire - nommée membre du conseil du comité de l’énergie atomique du commissariat à l’énergie atomique - membre puis présidente du conseil d’administration de l’institut national du cancer -  membre du conseil d'administration de la fondation pour l’université de Lyon - présidente du collège de la Haute autorité de santé jusqu’en mars 2016 -  conseillère en charge des affaires stratégiques et de la gestion de la crise chez Unicancer et toujours candidate aux municipales de Paris.

Signes particuliers : cumularde.

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