Fin de règne pour Yves CALVI

Ce que j’ai pu voir hier soir (jeudi 31 janvier - C dans l’air « La France des Fonctionnaires ») et bien d’autres fois depuis quelques temps me conduit effectivement à penser qu’Yves CALVI est en bout de course. S’il continue à faire autorité sur le plan de la linguistique (français correct et compréhensible), il commence sérieusement à faire penser au « ravi de la crèche » sur le fond. Depuis le temps qu’il anime cette émission, il devrait commencer à maîtriser le sujet. A l’inverse, il donne l’impression d’être une caricature de patient atteint par la maladie d’Alzheimer.  Un intervenant peut dire d’une façon qui peut lui (et nous) paraître convaincante un jour, il l’aura totalement oublié le lendemain quand quelqu’un dira doctement l’inverse. Il a pourtant sa carte de journaliste et il devrait pouvoir lui-même porter la contradiction. Au lieu de cela, on observe sous couvert de pluralité de point de vue, un choix de plus en plus contestable d’intervenants qui ne serait acceptable que s’il était prêt à porter lui-même la contestation sur la base de son expérience accumulée.  

Pour en revenir plus concrètement à cette émission sur les fonctionnaires, j’ai été abasourdi par la mauvaise foi d’une majorité d’invités. Passons donc ceux-ci en revue :

  • Luc BERILLE, secrétaire général de L’U.N.S.A.,
  • Yves THRÉARD  directeur-adjoint de la rédaction du Figaro,
  • Agnès VERDIER-MOLINIÉ, directrice de la Fondation pour la Recherche sur les Administrations et Politiques Publiques (iFRAP),
  • Bernard VIVIER, Directeur de l’Institut Supérieur du Travail.

Cela nous donne donc un syndicaliste, un journaliste et deux spécialistes de la matière. Dit comme cela, le choix des intervenants peut paraître éclairé.

Pour le syndicaliste, pas de problème, c’est un syndicaliste et l’on sait à quoi on s’attend si ce n’est que ceux-ci défendent toujours leurs adhérents avec une rhétorique plus ou moins bonne et argumentée. Personnellement, je n’ai pas été impressionné par Luc BERILLE. Il se trouve aussi que l’UNSA n’appelait pas à la grève des fonctionnaires.

En ce qui concerne le journaliste, il n’y a pas de surprise, Yves THRÉARD est bien du Figaro, journal appartenant à ce « grand » patron par hérédité, à savoir Serge DASSAULT. On n’imagine fort bien que dans ce journal, on est d’autant mieux vu du patron qu’on véhicule une pensée libérale de bon aloi et que l’autonomie du journaliste se double d’autocensure si l’on n’est pas parfaitement convaincu de la justesse des thèses du patron. Il faut bien vivre et comme les journaux ne gagnent pas ou peu d’argent et réduisent les effectifs, il vaut mieux faire plaisir au patron.

Agnès VERDIER-MOLINIÉ en tant que « spécialiste » nous gratifie d’un raisonnement implacable s’appuyant sur des chiffres sans doute vrai faisant penser à cette fameuse maxime « Les statistiques sont comme les bikinis, elles montrent (presque) tout mais elles cachent l’essentiel ».

Bernard VIVIER, autre « spécialiste » véhicule la même dialectique : on ne peut et Hollande ne pourra pas donner quoi que ce soit aux fonctionnaires et devra tenter de montrer qu’on essaiera de donner mieux en qualitatif.  

On apprend ainsi précisément (Agnès VERDIER-MOLINIÉ) que depuis 2007, la fonction publique d’Etat a été augmentée de 4% et le privé  de -1% (hors inflation). Cela serait dû au fait qu’en échange de moins de fonctionnaires, on a décidé de revaloriser les autres fonctionnaires, en particulier avec les heures supplémentaires. Plus précisément, le salaire moyen privé en 2006 serait de 1 938 € et 2 082 € en 2010 (soit presque +2 % hors inflation). Pour la fonction publique d’Etat, on part de 2 180 € pour arriver à 2 459 € en 2010 (soit près de 13 %, toujours hors inflation).  Les salaires moyens sont donnés par Mme VERDIER-MOLINIÉ et j’ai calculé les pourcentages correspondants hors inflation, le différentiel est de près de 11 % entre les deux sphères et après inflation … c’est la même chose vu que c’est la même inflation pour tout le monde. Bref, la dame Agnès donne sur un ton très professoral des chiffres bidonnés alors qu’elle ne les citait même pas de mémoire et lisait son papier.

Avant même de faire ces constatations sur le fragrant délire de mensonge, je trouvais ces propos très libéraux et partiaux (pléonasme). On occulte avec ces chiffres que les salariés âgés sont en principe mieux payés que les jeunes embauchés. Nous observons ensuite deux mouvements quasi-inverses entre fonction publique d’Etat et privé. Dans le privé, on a tendance à se débarrasser des salariés plus âgés et trop payés pour embaucher des jeunes au SMIC en regrettant que celui-ci soit encore trop élevé (certains reparlent d’un SMIC jeunes). Dans la fonction publique d’Etat, c’est l’inverse, on embauche peu de jeunes et on se garde les anciens alors que le salaire fin de carrière est parfois proche du double du salaire de début. De plus, si vous avez besoin du même nombre de professeurs et que vous ne remplaciez qu’un professeur sur deux partant en retraite, vous payez des heures supplémentaires (défiscalisées avec notre ancien président) à des vieux profs pour compenser le manque de recrutement de jeunes profs, ce qui bêtement coûte plus cher mais vous pouvez vous faire mousser de manière virile en laissant croire que vous vous attaquez au grave problème de la fonction publique pléthorique qui coûte cher. C’est nul, faux, archi-faux et même en n’étant que journaliste, cela devrait pouvoir titiller les neurones. Ce propos n’est même pas de l’économie, c’est du simple bon sens .

Du coup, je me suis demandé qui étaient précisément ces « spécialistes » censés nous élever intellectuellement. C’est édifiant !

iFRAP d’après Wikipédia :  « L'Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques a été créé en 1985 par Bernard Zimmern sur le modèle des think tanks anglo-saxons, et dissout en 2011.

Il est remplacé par la Fondation iFRAP, marquée à droite, qui publie la revue mensuelle Société civile. »

J’ai lu aussi dans Bakchich dans un article du 19/07/2010 intitulé « Donnez, l'Etat vous le rendra » :

« Cette manœuvre a été appuyée par un think tank ultralibéral, l’Ifrap. « Mesure pour laquelle nous avons fait œuvre de pédagogie et de persuasion depuis 2003 auprès de nos élus », assume le club de gens de bonne compagnie sur son site Internet. Une aubaine puisque, depuis novembre, l’Ifrap est reconnue « fondation d’utilité publique » par décret ministériel. Ce qui lui permet de toucher enfin les précieuses donations. Et d’envoyer aux députés cette recommandation, le 25 mai : « Plus que deux semaines pour soutenir la fondation avec votre ISF ! » Alléluia ! »

Bref, cette dame gagne sans doute pas mal d’argent pour faire du lobbying pour des gens qui ont beaucoup de moyens et qui ne veulent pas partager. Quand bien même penserait-elle le contraire de ce qu’elle dit qu’elle n’aurait plus aucun moyen. C’est comme pour les visiteurs médicaux, ils sont là pour vendre les produits de celui qui les nourrit, même si cela peut gravement nuire à la santé. Le principal, c’est que cela profite bien à celui qui nous finance.

Encore mieux :

Institut supérieur du travail d’après Wikipédia : « L’Institut supérieur du travail est un organisme de formation et d'études en relations sociales et syndicales, fondé en 1969 avec des financements patronaux par le militant d'extrême droite Claude Harmel.

L'IST ne doit pas être confondu avec l'Institut des sciences sociales du travail (ISST) de Bourg-la-Reine, qui dépend de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Descriptif

L'IST est à l'origine proche du patronat de la métallurgie réuni au sein de l'UIMM.

Son fondateur, Claude Harmel (pseudonyme de Guy Lemonnier), collaborationniste durant la Seconde Guerre mondiale, se met, à partir des années 1950, au service du patronat en dispensant des formations et en publiant de la documentation, une fois qu'il fut devenu directeur des études sociales syndicales (1955-1983) et rédacteur d’Est-Ouest. ».

Au début des années 1970, l'IST recrute plusieurs personnes issues de l'activisme d'extrême-droite anti-soixante-huitard (par exemple le futur ministre Hervé Novelli).

Bénéficiant de quatre permanents, l'Institut Supérieur du Travail conduit des actions de formation aux règles du droit social et à la pratique des relations sociales, destinées à des cadres dirigeants d'entreprise, et mène des actions de conseil auprès d'entreprises.

L'IST est dirigé par Bernard Vivier, qui a siégé à la section du travail du Conseil économique, social et environnemental. ».

Bref, je ne vais pas continuer à disserter sur le sujet, c’est trop navrant. J’ai quand même du mal à penser qu’Yves CALVI ne sache rien de tout cela et soit réellement le ravi de la crèche. Peut-être trouve-t-il lui aussi un intérêt à promouvoir ce discours nauséabond. Je trouve qu’il se DEPARDIEUSISE. Pour l’embonpoint (et sans doute le cholestérol), c’est visible, il s’arrondit. Peut-être qu’un jour il râlera aussi pour la fiscalité et voudra voyager en jet privé grâce à des économies d’impôts.

Je suis très déçu et franchement, personnellement,  je ne vais pas hésiter à zapper Yves CALVI.

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