Thomas Cantaloube
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Billet de blog 20 mai 2015

Thomas Cantaloube
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Les remugles des cuisines du « Clintonworld » continuent de se répandre

La campagne présidentielle d’Hillary Clinton est à peine lancée (18 mois en avance du scrutin tout de même) que tout ce qu’il y avait à craindre d’une telle candidature est déjà là : conflits d’intérêts, gros sous et amis embarrassants.

Thomas Cantaloube
Journaliste à Mediapart

La campagne présidentielle d’Hillary Clinton est à peine lancée (18 mois en avance du scrutin tout de même) que tout ce qu’il y avait à craindre d’une telle candidature est déjà là : conflits d’intérêts, gros sous et amis embarrassants.

On pensait qu’après avoir écrit au début du mois de mai sur les financements troubles de la Fondation Clinton (celle de Bill, mais co-gérée pendant plusieurs années par Hillary et leur fille Chelsea), on serait à peu préservé pendant quelques semaines de toutes nouvelle affaire peu reluisante entourant la candidate favorite des Démocrates à la présidentielle américaine de 2016. Las…

Lundi 18 mai, le New York Times a publié une série d’emails envoyés à Hillary Clinton par Sidney Blumenthal, un des vieux amis du couple, lorsqu’elle était secrétaire d’État, de 2009 à 2013. Blumenthal est un ancien journaliste qui est devenu une sorte de garde-chiourme médiatique de la famille Clinton lorsque celle-ci occupait la Maison-Blanche dans les années 1990 : confident de Bill et d’Hillary, intellectuel de salon spécialisé dans la « troisième voie » chère à Clinton et à Tony Blair, et source de nombreux journalistes à qui il distillait des petites phrases, toujours favorables à son patron. La vingtaine de courriels qu’il a envoyé à Hillary lorsqu’elle pilotait la diplomatie des Etats-Unis concernent quasiment tous la Libye, une zone géographique sur laquelle il n’avait, jusqu’alors, guère d’expertise. Ces messages, qui prétendaient offrir des lumières ou des informations confidentielles sur le pays dans la foulée de l’intervention de l’OTAN, Hillary Clinton les a répercuté à différents membres de son cabinet ainsi qu’à plusieurs diplomates. Pour beaucoup des récipiendaires des courriels, leur contenu était soit douteux, soit un peu à côté de la plaque, comme le raconte le New York Times, mais comme il s’agissait de missives provenant de leur boss, personne n’a rien dit.

Cette histoire aurait pu être un cas très banal d’une personne haut placée qui fait plaisir à un ami en faisant circuler ses mémos un peu creux, mais bien intentionnés. Le problème est qu’à l’époque de ces courriels, Sidney Blumenthal travaillait aux côtés de plusieurs businessmen américain cherchant à s’implanter en Libye à la faveur de la chute de Kadhafi, notamment sur le marché, extrêmement lucratif de l’accueil médical des blessés de la guerre civile (près d’un milliard de dollars ont été dépensés, souvent de manière inconsidérée, par le gouvernement de transition pour soigner des blessés qui ne l’étaient pas toujours…). Dans le cas où ces entrepreneurs (ou doit-on dire « profiteurs de guerre » ?) seraient parvenus à leurs fins, ils auraient eu besoin de l’accord du Département d’État pour mener leurs projets à bien. C’est donc la raison pour laquelle Blumenthal, cet intime des Clinton, avait été recruté…

Rien dans les emails ne suggère qu’Hillary Clinton était au courant des affaires de son vieil ami, mais cette histoire rappelle, un nouvelle fois, le mélange de genres alambiqué et pervers du « clintonworld », où argent, amitiés, renvois d’ascenseurs, passe-droits et opportunisme politique se confondent.

Et, comme si une seule révélation ennuyeuse ne suffisait pas, voilà que le Center for Responsive Politics a calculé que la moitié de émoluments de conférencière d’Hillary depuis qu’elle a quitté le Département d’État, proviennent d’entreprises qui font du lobbying auprès du Congrès des Etats-Unis. En 2014, la première année complète en dehors de ses anciennes fonctions, elle a empoché 10,2 millions de dollars grâce à ses discours : 4,6 millions provenaient de sociétés engagés dans des opérations de lobbying : industries énergétiques, informatiques, pharmaceutiques…

Comme le dit Sheila Krumholz, la directrice du Center for Responsive Politics, citée par Time : « C’est énormément d’argent. Ces groupes dépensent de telles sommes parce qu’ils ont des intérêts bien plus importants qui dépendent de décisions gouvernementales qu’ils essaient d’influencer. Les entreprises ou les associations effectuent cet investissement (dans les conférences de Clinton) parce que tout le monde sait qu’Hillary Clinton restera pendant encore des années une figure incontournable des cercles de pouvoir, et que tout le monde savait depuis longtemps qu’elle serait de nouveau candidate à la présidentielle. »

Jusqu’à présent dans la campagne de 2016, les adversaires républicains d’Hillary se sont surtout distingués par leur talent à dire n’importe quoi et à trébucher sur les questions des journalistes (Jeb Bush, par exemple, a dû s’y reprendre à plusieurs fois avant d’admettre que « sachant ce qu’(il) sai(t) maintenant », il n’aurait pas envahi l’Irak comme son frère en 2003). Il est fort probable qu’eux aussi possèdent leur lot de casseroles financières et/ou politiques, mais la presse ne s’y est pas encore trop intéressé, certainement parce que ce mélange des genres est considéré comme plus « normal » chez les conservateurs.

Mais du côté des démocrates, où Hillary est donnée très largement favorite, cette accumulation de conflits d’intérêts peu ragoûtants risque de peser lourd, en éloignant les électeurs progressistes les plus à gauche ou les plus « éthiques ». Sachant que les présidentielles américaines, dans un contexte de forte abstention, se jouent sur la capacité de chaque camp à mobiliser au maximum ses électeurs avant d’en conquérir de nouveaux, ce n’est pas très bon signe.

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